RUBBER SOUL, quand les Beatles subliment la pop music

0
353

1966 marque le début d’une nouvelle ère. Celle d’une pop intelligente…

Betles - Rubber Soul

Rubber Soul est l’album ayant fait des Beatles une valeur étalon. Avant sa sortie le 3 décembre 1965, les Fab Four faisaient figure de phénomène de mode. S’ils occupent encore aujourd’hui une place de choix dans les anthologies de la musique du 20 ème siècle, ils le doivent autant à leurs talents qu’à la publication de cet album phare.

Durant les sixties, grâce à leur inventivité, ils vont faire avancer le rock et la musique pop, à une vitesse supersonique. Au fil du temps, Bob Dylan, Jimi Hendrix, David Bowie, Lemmy Kilmister, Michael Jackson, Chris Cornell, Alex Turner, tous revendiqueront leur héritage. Il faut dire qu’en l’espace de huit ans, et treize albums, ils ont fait grandir le rock, et nourri sa progéniture (la pop), de musiques éthniques et symphoniques.

Evidemment les douze autres albums du groupe méritent tout autant votre attention. Les Beatles ont joué un véritable rôle de boussole durant les années 60. C’est pourquoi, Rubber Soul fut un point de référence pour le courant psyché, et donc un tournant dans l’histoire du rock et celle du groupe…

L’envol créatif d’un groupe unique

1965, en pleine Beatlemania. Après la folie anglaise et américaine, le phénomène vire au culte, et se propage sur toute la planète. Cette dernière oubliant un peu vite que ces quatre garçons dans le vent n’ont pas encore 25 ans…

Au mois d’août, ils se produisent au Shea Stadium de New York devant 56 000 personnes. Un record ! Dix jours plus tard, ils sont reçus à Graceland par Elvis Presley. Après l’anoblissement du King, ils découvrent la douceur du cannabis en compagnie de Bob Dylan. Le tournage du film correspondant à l’album Rubber Soul sera d’ailleurs très coûteux en bandes, les Fab Four étant pris régulièrement de fous rires devant l’objectif.

« On a fumé une quantité diabolique d’herbe pendant le tournage du film. C’était génial. Ça rendait les choses encore plus drôles. »
Ringo Starr

Ringo Starr est aux anges. Paul McCartney ne se remet pas de sa rencontre avec Elvis. John Lennon a une révélation avec le Zim. Quant à George Harrison, il écoute Ravi Shankar ! C’est ainsi que le sitar fait son entrée dans la pop occidentale…

The Beatles – Norwegian Wood

Mais toute cette extase cache un mal être sournois, s’installant un peu plus après chaque concert. Les Beatles sont las de cette adulation démentielle à chacune de leurs apparitions. Conscients que leur image prend le pas sur leur œuvre, ils finiront d’ailleurs par mettre un terme à leurs tournées, le 29 août 1966 dans l’enceinte du Candlestick Park de San Francisco.

Ces quatres jeunes aux allures dilettantes sont trop futés pour ne pas voir la démesure et la dangerosité d’être élevés au rang d’icône. Inspirés par ce sentiment d’insécurité, ils insufflent à leurs créations un esprit plus mature que sur leurs albums précédents. Comme ce pamphlet sur le machisme et la célébrité, qui inspirera plus tard le Supersonic de Oasis

The Beatles – Drive My Car

Même le doux George Harrison adresse un texte réquisitoire, pointant l’égocentrisme et le manque d’empathie des puissants. L’instrumental et la mélodie sont également audacieux et novateurs.

The Beatles – Think For Yourself

Musicalement aussi, ils s’efforcent d’élargir leurs horizons. Leur rencontre avec les Byrds les incitent à se mettre au folk. Convaincus de n’avoir rien inventé d’impérissable, ils nourrissent également leur musique d’influences indiennes et rythm and blues. Tandis que leurs textes deviennent plus ambigus.

Le titre Girl par exemple, sous ses dehors gentiment mélancoliques, abrite une histoire d’emprise psychologique, ainsi qu’une critique du christianisme…

The Beatles – Girl

Dans Run For Your Life, titre clôturant l’album, John Lennon évoque dans un texte expiatoire, ses pulsions meurtrières contre une maîtresse sournoise…

The Beatles – Run For Your Life

Quant à Paul McCartney, il développe une analyse de ses problèmes de couple (alors avec Jane Asher) à travers deux titres de l’album, You Won’t See Me et Looking Through You. Bien que ne figurant pas sur l’opus, We Can Work It Out est publié en single le même jour que Rubber Soul. Ce titre met en valeur la brillante complicité du tandem Lennon/McCartney.

Rubber Soul

Le second met en scène son couple sous la forme d’un dialogue. Le pont est écrit par John Lennon et apporte une note philosophique en guise de médiation. N’étant pas parvenus à s’entendre sur le choix du single à publier, Day Tripper et We Can Work It Out figurent tous deux sur la Face A. Une première dans l’histoire du disque.

The Beatles – We Can Work It Out

L’histoire du titre de l’album a grandement attisé la légendaire rivalité Stones/Beatles. McCartney raconte que l’idée lui est venue en entendant un artiste noir-américain dire à la TV que Mick Jagger pratiquait une “Rubber Soul” (Soul au rabais). Cela sous-entendait, comme l’a confirmé Ringo Starr après la sortie de l’album, que les Beatles pratiquaient, eux aussi, une Soul au rabais. Un jugement sans doute excessif, mais humble.

Leur notoriété est alors telle, qu’ils se permettent le luxe de sortir une pochette anonyme. Une première, motivée par une démarche arty, et surtout le souci que leur nom n’éclipse pas leur oeuvre.

Rubber Soul (pochette)La nouvelle allait se confirmer durant l’année 1966 avec la sortie de l’album Revolver, ou le Blonde on Blonde de Bob Dylan. Mais plus encore en 1967 avec l’arrivée des Doors, la publication de Sgt Pepper’s, et l’émergence des Pink Floyd. Le phénomène rock venait d’entrer dans une nouvelle ère.

Souhaitant enfin être reconnus en tant que créateurs, au même titre que les peintres et les musiciens classique, les acteurs de la pop music finiraient par convaincre les critiques d’art de leur talent, et de l’intemporalité de leur œuvre.

Serge Debono

Did you enjoy this article?
Inscrivez-vous afin de recevoir par email nos nouveaux articles ainsi qu'un contenu Premium.