[INTERVIEW] Raphaël Balzary : “Aujourd’hui ça va mieux”

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“Plus que tout dans la vie, j’aime être sur scène. La meilleure des thérapie est probablement là.”

L’envie de créer de la musique ne s’arrête jamais pour les artistes. Ils savent rebondir ou renaître de leurs cendres pour recréer à nouveau. C’est le cas de Raphaël Balzary (ex-We Hate You Please Die) qui revient avec son nouveau supergroupe Isolation, avec à ses côtés les membres de Cheap Teen et Elliot M. Selwood de Purrs qui produit le groupe. Après avoir sorti leur premier EP Creature Lies le 1er mai et enflammé le Supersonic, Raphaël se livre pour en savoir un peu plus sur son retour tant attendu par les fans.

Comment s’est monté Isolation ?

Raphaël Balzary : Isolation c’est la suite spirituelle de mon ancien groupe We Hate You Please Die. Dans l’aventure Enzo, Julien, Cyprien et Lounès, qui ont déjà un projet qui se nomme Cheap Teen se sont joint à ma proposition de s’assembler. On forme désormais ISOLATION, les cavaliers de l’apocalypse (du moins on le croit dans nos têtes). Après, pour la version moins dark, on avait déjà joué sur une date commune avec nos groupes respectifs. J’avais eu un bon crush sur eux. On s’est revu des mois plus tard au bar du Supersonic à Paris, l’idée de l’alliance est venu d’une discussion houblonnée et passionnée.

Raphaël Balzary - Isolation - Interview
Isolation par Tim.

Isolation est une continuité de ce que tu faisais avec WHYPD ?

Oui et non. Oui car pour l’instant on joue encore pas mal de choses de l’ancien répertoire de We Hate You Please Die du temps où j’y étais. Ce sont des chansons qui sont très importantes pour moi, et plus que jamais d’actualité et très cathartique. Ca aurait été un crève cœur qu’elles ne soient plus incarnées. On pourrait penser que c’est vivre dans le passé mais c’est plus un besoin justement de pas l’oublier ce passé, c’est le but d’une chanson je pense d’être intemporel; et non une intention d’actualité.
C’est aussi une continuité dans les valeurs et le besoin d’être engagé. Après voilà le groupe à 5 mois, c’est une nouvelle formation, un nouveau projet un peu patchwork, qui petit à petit prendra son identité singulière au fil du temps. On a déjà hâte de bosser sur de nouvelles choses. Le feeling est là, et c’est génial.

Qu’apporte Elliot M. Selwood en tant que producteur ?

Elliot apporte sa mélancolie, lui aussi étant en proie à des troubles psychiques qui le taraudent. On était dans le même mood. Il faisait les tracks, je posais le chant. Un coup de mix et on fige tout ça pour sur un EP improvisé assez vite. C’est très brut. Ca devait finir sur un projet avec lui mais finalement les prods sont devenues celles d’Isolation.

Isolation – Creature Lies

Le premier single Creature Lies a signé ton grand retour le 17 avril dernier. Comment a-t-il été accueilli par les médias ?

Plutôt cool! Je me suis essayé au boulot d’attaché presse DIY pour l’occasion, c’est sacrément chronophage mais je suis content qu’on ait eu des retours. C’est chouette d’avoir un peu d’avis de la part de la presse et de passionnés, des plus gros médias aux blogs confidentiels. Et puis ça m’a permis de sympathiser avec certain.es. C’est touchant de lire des chroniques de ton CD faite par des aficionados.das de musique! De voir ce que leur évoque ta musique chez ces personnes qui en écoute en permanence.
D’ailleurs , on pense pas assez à remercier les médias indés qui sont pour la plupart du temps bénévoles et qui se défoncent pour digguer, mettre en avant et faire découvrir un océan de nouveautés ( et dieu sait que y’en a tous les jours). Du coup bah : Merci à elleux.

Quels sont les termes abordés dans les 4 titres de ce premier ep ?

L’EP est un peu un reflet d’une période assez sombre de ma vie. Il cristallise mes peurs les plus fortes, la peur de l’abandon, la solitude et la crainte d’évoluer dans un monde qui est pas spécialement mieux psychiquement parlant. Il y a une chanson sur le mensonge et le danger qu’il peut représenter dans la destruction de vie entière. Il y a aussi le point de vue de la personne qui ment, coincé dans sa créature, elle ne peut plus faire machine arrière, ou alors c’est très rare. Il y a des chansons sur l’importance des souvenirs, du fait qu’ils sont nos trésors les plus précieux, matériel ou mental, ils définissent notre identité. Ce thème m’est venu lorsque j’ai vu que mon ancien groupe avait effacé absolument de partout les photos de notre aventure a quatre. Des photos et vidéos de souvenirs perdus que je ne pourrais pas retrouver je pense, ça m’a traumatisé. Et enfin, une chanson nommé Sanisme, parle de validisme et de psychophobie. Le fait de prendre les gens handicapés, mentales, psychiques ou moteur comme des nuisances est difficilement encrable dans une société, pas très en avance sur ces sujets. Les maladies de l’invisible étant à elles même un vrai combat car les gens ont souvent des apprioris, des peurs, et souvent quand i-elles ne comprennent pas, i-elles vont marginaliser et exclure les personnes souffrantes atteintes.

Tu avais besoin de mettre ces maux en musique ?

J’avais besoin de re-chanter surtout. D’avoir la gorge déployée, de hurler, chanter et improviser dans un premier temps. C’est un projet que j’ai pas mal avancé pendant mon hospitalisation en psychiatrie (gros avantage là-bas, quelqu’un qui hurle dans sa chambre, ça choque personne (rire)). Mais oui, ce sont des chansons pansements pour cette période rude qui a durée 2 ans mais ressenti 2000 ans en enfer. Aujourd’hui ça va mieux, beaucoup mieux, même si quand on est dans le fond on a du mal à l’imaginer, mais pourtant oui, ça va mieux.

Isolation - Creature Lies
Pochette de l’ep réalisée par 666 Biche.

En plus de revenir avec un nouveau groupe. Le label Before Collapse Records dont tu fais parti, a vu le jour l’année dernière. Peux-tu nous en parler ?

C’est un tout nouveau label fondé avec des amis de Paris et Rouen. On voulait un label plein de valeurs, au taquet sur le bien être et la santé mental de ses artistes. On a sorti le projet des jeunes Rouennais Dirty Cloud (indice: ça défonce) et de Intrusive Thoughts (indice: ça défonce, oh lala qu’elle DA de fou ce jeune label (rire). Et isolation, les dark sasuke de Maison Alforts. J’aime bien le coté label dans la prod, je trouve que c’est formateur comme métier, t’apprends tous les jours dans un secteur qui évolue tous les jours. On a trouvé le nom du label un peu éméché, alors qu’on se demandait à quoi ressemblerait la culture dans le “monde d’après l’effondrement”.

Intrusive Thoughts – The Sphere

Le 8 mai a été une date très importante pour le groupe. Car en plus de fêter la sortie de votre ep, tu remontais sur scène pour la première fois depuis ton départ de WHYPD. Comment s’est passée cette soirée ?

C’était une vrai folie, j’étais pas mal ému et stressé car ça faisait un an et demi que j’avais pas fait de scène. Premier coup de caisse claire c’est parti en pogo, les gens étaient au taquet absolu et chantaient les chansons du répertoire de mon ancien groupe. C’était le premier concert mais on a joué comme si c’était le dernier. C’était agréable de découvrir l’alchimie avec mes nouveaux compagnons, ça match terriblement bien ! Les retours aussi ont été grave cool, j’étais vraiment aux anges. Je crois que plus que tout dans la vie, j’aime être sur scène. La meilleure des thérapie est probablement là. Cette soirée, c‘est vraiment un souvenir que je chérirai longtemps.

Raphaël Balzary - Isolation - Interview
Concert au Supersonic du 8 mai 2024.

Le public était venu voir Isolation ou le retour de Raphaël Balzary sur scène ?

Il y avait des gens qui me connaissaient de mon ancien groupe, d’autres qui connaissaient Cheap Teen, je pense que les gens étaient curieux de voir le mélange. Les deux groupes ayant un petit public sur Paris. Ils venaient voir la fusion, comme dans Dragon Ball. Oui j’ai 36 ans… (rire)

Tu réalises aussi les clips du groupe. Où trouves-tu l’inspiration pour mettre tes idées en vidéos et être en phase avec la musique de Isolation ?

Au départ je ne voulais pas de clip pour Isolation. Il en sort tellement et c’est tellement procédurier: un single doit obligatoirement avoir sa vidéo, c’est ronflant. Je voulais juste sortir la musique. J’ai souvent préféré par le passé collaborer avec d’autres artistes vidéastes, ça ouvre un spectre cool de voir d’autres personnes mettre en image leur vision de ta musique. Pour isolation, il n’y avait pas d’argent pour un clip dans tous les cas. Puis je me suis rappelé qu’il y’avait des choses que je voulais tester depuis des années et qui pouvait concorder avec l’ambiance sombre de l’EP. J’adore les expérimentations vidéos et les clips bizarre (je bossais dans ce milieu avant), du coup je suis partis sur l’idée de bidouiller des clips DIY un peu chelou, et puis maintenant y’a pleins de logiciels et applis balèzes pour s’ouvrir l’imaginaire et éviter de tomber dans le clip un peu cliché où l’on voit les musiciens avec leurs instruments.

Isolation – Sanism

Est-ce que ce premier ep est le début d’une nouvelle aventure ?

C’était une entrée en matière. Un petit EP rempli de mélancolie pour refermer un sombre chapitre de ma vie. Il y a du sale qui va arriver vite, ça va être différent encore, mais toujours avec la formule de faire des compos éclectique et catchy, avec divers séquences dans une même chanson. Je déteste les chansons répétitives ou les tracks ennuyeuses.

Et si on parlait des compilations Sick Sad World que tu as réalisé pendant la pandémie?

Sick Sad World Compilation

Sick Sad World, voilà 3 mots qui en disent long sur le monde dans lequel on vit mais qui deviennent magiques lorsqu’on les assemble pour créer une œuvre caritative. C’est là que Barbara, Henry et  Raphaël ont eu l’idée de lancer des compilations de covers des années 90/00, réalisées par une grosse partie de la scène rock française avec en lien une cagnotte Leetchi afin de récolter de l’argent aux profits de Secours Populaire.

Comment vous est venue l’idée de lancer l’initiative Sick Sad World ?

Raphaël Balzary : Pendant la première pandémie ! C’était le confinement, je me sentais frustré d’une part de pas pouvoir tourner avec mon groupe, mais je me sentais surtout impuissant face à la détresse extrême des gens les plus précaires qui se mangeaient la crise en pleine face. J’avais un besoin viscéral de faire quelque chose pour me rendre utile, et si possible que ça soit fun. L’idée de la compilation est née. Le concept, des groupes qui enregistrent avec les moyens du bord, une reprise aux choix dans les périodes bénis que sont les années 90-2000. Que ça soit un tube ou un truc plus confidentiel, si ça rentrait dans les dates, c’était ok! Ce qui donne du coup une proposition et des approches variées.

Madam – Fell in Love with a Girl

Combien de temps vous ont pris chaque compilation avant de les sortir en digital sur Bandcamp ?

Alors la première j’étais tout seul ça m’a pris 2 semaines et demie, mais c’était le confinement, et les artistes groupes l’étaient aussi, donc dispo, du coup ça été assez fluide. Il y avait 42 groupes pour cette première édition. J’ai été aidé pour le graphisme et le mastering. A partir de la 2 j’ai recruté une équipe plus large, histoire que ça soit pas ma vision auto-centré du projet; c’est bien de partager les idées, et c’est plus fun en équipe. Ainsi de suite à chaque édition, on a refait l’équipe, travaillé avec des programmteur.ices et graphistes différents. Mais à titre de comparaison, le volume 1 était prêt en 3 semaines, le volume 4 avec ces 100 groupes a mis 1 an. Costaud. Finalement la première compilation est arrivée en pleine pandémie en 2020 où les associations étaient le plus en besoin d’aides.

Pourquoi votre choix s’est arrêté sur le Secours Populaire ?

Le Secours Populaire fait de l’action de terrain et était très impliqué pendant le covid auprès des foyers les plus précaires. Les inégalités se creusent encore plus en temps de crise comme celle-ci et il y avait une certaine urgence. J’ai pris pas mal de temps pour décider car je voulais une association clean, car toutes les ONG ne le sont pas… Le Secours Populaire est vraiment investi et la communication est cool avec elleux. Donnez au Secours Populaire! (Si vous le pouvez)

Combien avez-vous récolté de fonds avec ces 4 compilations ?

Ah, tu veux de la data! Alors Sick Sad World c’est 4 volumes, 238 groupes, étalés sur quatre ans. Au total on a récolté environ 10 000 euros. J’aurais aimé avoir le gros chèque en carton comme on voit aux jeux télés mais bon, c’était peut être qu’une lubie.

Dirty Deep – I’m Broken in the Head

Comment réagissaient les groupes lorsque vous les contactiez pour participer aux compilations ?

Ils étaient sur-emballés. C’était comme ouvrir une boite de pandore pour eux, genre le kiffe de choisir la track parfaite, trouver comment l’arranger, comment l’enregistrer. Au premier covid (volume 1) c’était une vrai bulle d’air pour s’occuper. Ielles devaient juste respecter les normes de Sanitaires. En deux semaines c’était plaqué. Ensuite la compilation a pris en notoriété et des groupes venaient d’eux même se proposer.

Pourquoi avoir choisi de faire des covers des années 90/00 ? Y a-t-il déjà une certaine nostalgie de ces 2 décennies ?

J’ai l’impression que c’était deux décennies où le champs des possibles étaient très aventureux musicalement. Il y avait comme une sorte de légèreté et de fun dans les propositions, peut importe les genres. C’est peu être biaisé parce que j’ai fait mon enfance et adolescence dans ces années là et qu’on était moins confronté aux problèmes sociaux politiques, peut-être mais j’en garde un souvenir d’une époque moins sous pression. Une sorte de joie d’expérimentions entre la chute du mur de Berlin et le 11 septembre, avec entre deux la coupe du monde 98 et Dorothée. Et aussi internet arrivait, prêt à changer les règles.

Quelles sont les covers les plus décalées et déjantées ?

Alors c’est pas facile ,je te fais une select des plus zinzins:
Johnnie Carwash – À Chaque fois qu’on se touche/ Everytime we touch (Cascada)
Johnny Mafia -Intervilles
L’ambulancier – You is what I love you (Les Inconnus)
Vera Daisies – Jurassic Park Theme

Last Night We Killed Pinneaple – Boss of me (Générique de Malcolm)

Les Punks Idiotes – Harder Better Faster Stronger (Daft Punk)

Praïm Faya – Axel F (Crazy Frog)
Archi Deep – Sancho le cubain /Cuban (Du film The Mask)
Acid Gras – Dj la vibe avec ma meth (Diam’s)
Princesse Näpalm – L’Agitateur (Jean Pascal)
TH Da Freak – Crazy In Love (Beyoncé)
MSS FRNCE – Jean-Paul Belmondo (Gorillaz)
Clavicule – Moi Lolita (Alizée)
LN-VR – Hey Ho (Tragédie)
Dye Crap – Monster Men (Les zinzins de l’espace Theme by Iggy Pop)
Servo – Mambo N°5 (Lou Bega)

MSS FRNCE – Jean-Paul Belmondo

Y aura-t-il une suite ou est-ce que la 4ème compilation a clôturé définitivement l’aventure ?

En principe on a annoncé la fin avec ce 4eme volet, mais je me garde quelques idées sur le coude mais qui seront sur des thématiques différentes, genre un spécial cover que sur ABBA, des génériques TV, une autre décennie, je sais pas encore, du moment que c’est débile c’est bon. Il y aura des soirées SSW, aussi mais ça arrive doucement!

Raphaël Balzary - Sick Sad World - Interview
Sick Sad World – 2019/2024

Merci Raphaël d’avoir répondu à nos questions et à bientôt sur la route du rock!

Ecoutez l’ep d’Isolation ici.

Et les compilations Sick Sad World sur Bandcamp.

Si vous voulez faire un don à Secours Populaire, c’est par ici.

Gian, juin 2024.

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