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TELEVISION : MARQUEE MOON par Xavier Martin

Les nuits de la pleine lune

TV par POUP
TV par POUP

C’est une nuit de l’été 1977. Peut-être une nuit de la pleine lune. L’animateur des Nocturnes sur RTL présente un extrait de American Stars ‘n Bars, le nouvel LP de Neil Young, l’épique Like A Hurricane. Puis il enchaîne comme l’on dit, avec une intro au tempo moyen, toute en guitares, une descente d’arpèges mélodiquement mémorable. Un gars, d’une voix inédite, à la fois nasillarde, froide et fragile, déclare « Venus de Milo ». Suit un festival de cordes inouï, une sorte de jeux de questions / réponses entre les deux guitaristes. Ce morceau est un mirage. « Le premier album de Television : Marquee Moon ! » annonce-t-on dans le poste. Pour les rares témoins, estomaqués, le disque, mal distribué en France, sera malheureusement difficile à trouver…

Television – Venus – Marquee Moon (1977)

Pour raconter l’histoire de ce chef-d’œuvre dans la passionnante collection Discogonie, Xavier Martin évoque d’abord les premières années de Thomas Miller, futur Tom Verlaine et en parallèle, celles de Richard Meyers, bientôt Richard Hell. Puis il aborde leur amitié et leurs ambitions artistiques, marquées chez Verlaine par sa passion pour les poètes symbolistes, le Rock mais aussi le Jazz, et son passage – heureusement – du saxo à la guitare électrique.

Television : Marquee Moon par Xavier Martin
Television : Marquee Moon par Xavier Martin

L’auteur rappelle ensuite leur arrivée dans le New York des années 70, ville à l’époque aussi glauque que fascinante. S’ensuivent des rencontres essentielles, dont Patti Smith, un temps l’amoureuse rimbaldienne de Verlaine, et l’essai musical initial des deux gars, les Neon Boys, déjà avec l’excellent batteur Billy Ficca.

The Neon Boys – Love Comes In Spurts (1973)

Un échec, avant la création de Television, et l’entrée en lice du guitariste prodige Richard Lloyd, l’autre héros de Marquee Moon. D’ailleurs, celui-ci aurait peut-être mérité également quelques paragraphes biographiques. La suite est connue : le chanteur / bassiste Hell, plutôt Sex, Drugs And Rock’n’roll, s’avère incontrôlable pour le projet de Verlaine. D’où son départ et le débauchage de Fred Smith – disparu récemment – alors 4 cordes émérite de Blondie, d’autres locataires du CBGB. Avec une section rythmique idéale, et un comparse de Fender, Verlaine peut passer à son Grand Œuvre…

Television – Friction – Marquee Moon (1977)

Xavier Martin étudie finement et méthodiquement les structures géométriques des huit titres de Marquee Moon – plus le single étendard Little Johnny Jewel – ainsi que les textes poétiques de Verlaine. Un exploit pour ce dernier point car l’auteur / compositeur n’a jamais vraiment donné de pistes sur sa poésie urbaine en quête d’élévation. On reste cependant réservé sur l’hypothèse d’une spiritualité proche du bouddhisme, à situer plutôt dans les dernières années de Tom Verlaine, d’après les témoignages a posteriori lors de son décès en Janvier 2023 (Le 28), donc anachroniques en 1977.

Television – Elevation – Marquee Moon (1977)

Pour ce qui est de l’introspection musicale, les amateurs de six cordes à jamais innovantes trouveront également notes, accords et tours de main des deux sculpteurs de mélodies soniques. De même, on peut louer Xavier Martin de signaler constamment le compagnonnage de Smith et Ficca (Sur basse Fender et batterie Camco, Xavier ?), indispensable aux broderies électriques de Verlaine et Lloyd. Une symbiose à son zénith dans le magistral titre générique, l’un des sommets de notre musique fétiche.

Television – Marquee Moon – Marquee Moon (1977)

Cela dit, les maniaques de ce disque – dont votre chroniqueur – regretteront que certaines parties ne soient pas plus développées. Ainsi l’analyse de la pochette n’explique pas le geste de Tom Verlaine sur la photo centrale, attitude qui a laissé interrogatif plus d’un ado en 77… Surtout, dans la conclusion, hormis le sempiternel Bowie, quelques citations de musiciens, dont les guitaristes, bouleversés par Marquee Moon à l’époque de la dite Nouvelle Vague, ou même plus tard, auraient illustré et honoré son impact intergénérationnel, plus particulièrement pour les néophytes. Mais ces quelques tatillonnages ne doivent pas entacher les qualités certaines du livre de Xavier Martin, à lire en (re)découvrant ce 33t sans équivalent dans l’Histoire du Rock.

 

Bruno Polaroïd / Illustration par POUP

Television : Marquee Moon par Xavier MartinCollection DISCOGONIE – Éditions Densité (Leur site)– 128 pages – 12,90 Euros – Disponible depuis le 11 Février 2026

Ps : Et pour les fans ou les curieux, notre chronique Adventure, l’autre grand album de Television

The Tensions – L’Entre Potes, Chartres – 20 février 2026

The Tensions – L’Entre Potes, Chartres – 20 février 2026

Tensions

Les Kroniks and Roll de l’Entre Potes

Boujou sur les deux joues à Tramber, El Loco Audiovisuel Man, pour les photos et les vidéos.

Ami du Rock and Roll…

… et des musiques énervées réunis, as-tu déjà, aux sommets des pylones électriques, empoigné à pleines mains une ligne à haute tension ?

Non ?

Alors ami…

… tu ne sais pas encore ce qu’un concert des Tensions veut dire…

Tensions

The Tensions…

… Robin, Maël et Lucas. Trois gars de Mont-de-Marsan. À croire que ce chef lieu des Landes a le Punk Rock dans le sang. Oui, souvenez vous, et là je m’adresse aux tempes grisonnantes au fond de la salle, réglez les sonotones sur 10, ok ? Vous m’entendez ? Allez on remémore, 1977, le premier festival Punk en terre franchouillarde. Eddie and the Hot Rods, Damned, Little Bob et j’en passe. Tout ça a du laisser des traces dans l’ADN musical local car un demi-siècle plus tard des p’tits gars à l’aube de leur trentaine portent haut le flambeau d’un Rock and Roll High Energy sans concessions.

    Tensions Tensions Tensions

Parce que là, attention…

… The Tensions ça ne rigole pas. Du genre droit au but. Du brutal. J’ai même connu une polonaise qu’en écoutait au petit déjeuner, c’est dire…
Et ils ont mis l’Entre Potes à genoux les filous. Un set d’une heure. Comment ça c’est tout ! Attendez attendez… Because question temps morts et causette entre les morceaux, z’ont pas l’air d’être adeptes les lascars. Ca enchaîne à la Ramones, aussi sec. Une plombe de riffs tendus à mort, merci Maël, de basse qui gronde comme un gros moteur en surrégime, chapeau bas Lucas, de batterie cataclysmique pied au plancher, gloire à Robin qui, non content d’assurer un tempo implacable, officie itou au chant principal. Du cardio l’animal. Soixante minutes donc de compos originales avec pour conclusion classieuse une reprise atomisée du « Search and Destroy » des maîtres Stooges.

Là, comme ça…

… ami du Rock and Roll et des musiques énervés réunis, peut-être supputes-tu quelque approche bourrine dans l’affaire ?
Gravissime méprise…
Car chaque morceau, même si il joue la carte du rentre-dedans, regorge de breaks futés, le tout assaisonné des choeurs de Maël qui ajoute une touche Power Pop des plus sympathiques.

Alors, ami du, etc…

… si tes tympans se languissent de Real Fuckin’ Rock and Roll, si l’art des Buzzcocks, des Hüsker Dü et autre Lemonheads ravissent tes esgourdes, et si The Tensions visite tes contrées, ne les loupe pas, c’est pour toi.

Pour info, le groupe sort un album en mai.
Heureuse nouvelle car ils tourneront plus que jamais pour défendre leur baby.
Peut-être un nouveau passage par la case Entre Potes ?
À suivre…

Pour en savoir plus :
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THE OUTER SPACE : nouveau single !

THE OUTER SPACE : une histoire de rencontres

Bruxelles a ses secrets. Dans l’ombre des Abattoirs, entre deux verres à Saint-Gilles, quatre musiciens ont tissé une toile sonore qui traverse les décennies sans prendre une ride. The Outer Space, c’est d’abord une histoire de rencontres.

The OUTER SPACE band LIVE

Matteo Bocci pose sa guitare et sa voix. Il vient des excellents I Fenomeni, splendides renégats beat/psych italiens. Yvan tient la batterie. Autour d’eux, Flupke et François Huet viennent sceller un pacte musical qui fleure bon le son Garage nourrit par des harmonies vocales à tomber. Une rythmique qui tient debout, des guitares qui s’épousent, et cette évidence qui ne se commande pas.

45 Tours THE OUTER SPACE : deux pépites

Leur deuxième single en trois ans vient de sortir chez Teen Sound records. Enregistré aux mythiques Decca’s Jet Studio de Jette, l’endroit même où tant de disques bruxellois ont pris vie.

Deux titres, deux pépites. « (We’re Having No) New Girls » ouvre la marche. Dès les premières mesures, les guitares carillonnent comme aux plus beaux jours de la côte Ouest. On ferme les yeux, on pourrait être en Californie 1967, sauf que le ciel est gris et que ça n’enlève rien au charme.

« Beautiful And Fragile » lui répond en écho. Les voix s’entrelacent avec une élégance rare, et cette mélancolie lumineuse fait son œuvre. Celle qui faisait les grands disques de Big Star ou des Byrds. Celle qui vous prend au creux du ventre sans prévenir.

The OUTER SPACE  : ceux qui savent…

  • Miriam Linna, figure historique du rock underground, n’a pas mâché ses mots :

« Alors que la foi commençait à vaciller, The Outer Space revient avec ce double face à couper le souffle — absolument de tout premier ordre ! Deux tubes ! »

[Batteuse originale des Cramps, Miriam Linna dirige depuis 1986 le label indépendant Norton Records, basé à Brooklyn, avec son mari, le producteur et auteur-compositeur-interprète Billy Miller.]

The OUTER SPACE

  • Robin Wills [ The Barracudas ] , parle lui, de « pépites mélodiques irrésistibles ». Des compliments qui tombent juste quand on connaît le parcours de ceux qui les formulent.

Derrière ces chansons, il y a des vies qui comptent.

François Huet a traîné sa guitare chez les Snipers dijonnais dans les années 80, l’un des groupes du label New Rose. Il a partagé les scènes avec les Real Kids ou les Rythmeurs. Matteo quant à lui, a roulé sa bosse dans plusieurs formations italiennes, publié et chroniqué aux quatre coins de l’Europe. Des parcours de passionnés, d’irréductibles.

En 2025, les Snipers sortaient chez Smap Records une compilation culte. A cette occasion, nous avions rencontré François Huet pour une discussion historique sur cette période du Rock en France et bien sûr sur l’histoire des SNIPERS.

The OUTER SPACE : le 45 tours qui change la donne

Leur premier single autoproduit avait déjà tapé dans l’œil des spécialistes. Shindig! au Royaume-Uni, Rumore en Italie. Les connaisseurs guettaient la suite.
Ce nouveau 45 tours a été produit et mixé par Dom Mariani. Un nom qui parle aux amateurs de Garage Rock entre autres, et à ceux qui collectionnent les vinyles comme d’autres les timbres. Et ce petit plus, fait aussi la différence…

« Alors que la foi commençait à vaciller », comme l’a dit Miriam Linna, voilà que The Outer Space surgit du brouillard. Quatre types dans un local près des Abattoirs, une poignée de chansons, et ce son de guitare qui carillonne si fort qu’il réveillerait tout un quartier endormi. On l’entend déjà rebondir contre les façades de Saint-Gilles, grimper jusqu’aux toits, se mêler à la fumée des cheminées. Un rayon de soleil inattendu dans la grisaille de ce début d’année. On aurait tort de s’en priver.

https://teensoundrecords.bandcamp.com/album/the-outer-space

Woody Guthrie – Le voyage sans fin

Woody Guthrie – Le voyage sans fin

Woody Guthrie

Un petit moment déjà qu’il marche…

… D’un pas élastique, à grandes enjambées. Pas les moyens de se payer le bus, encore moins un taxi, ce jeune homme qui file entre les bourrasques hivernales. Il remonte le col de sa veste en daim élimée. Serre un peu plus fort la poignée de son étui à guitare cabossé, jusqu’à ce que ses phalanges blanchissent. « Merde, ça caille dur », se dit-il, passant une main glacée dans ses cheveux ébouriffés.

Passé un coin de rue…

… il aperçoit le grand bâtiment. Lugubre. L’hôpital. C’est là qu’il doit aller. Déterminé. Il arrive dans le hall. Se renseigne. Une infirmière, l’air fatigué, lui demande si il est un parent. « Non » dit-il. Elle semble se méfier de l’étui à guitare, veut regarder à l’intérieur. On dirait qu’elle se méfie de tout d’ailleurs, et surtout de cet escogriffe aux tifs en bataille, transi du froid de dehors, avec son allure de vagabond.

Et puis elle capitule…

… devant ce regard, à la fois perçant et innocent, tellement suppliant. « Suivez moi » lâche-t-elle en remuant à peine les lèvres. Des couloirs, des portes, tous semblables. Des ombres croisées, fantômes humains à la dérive, errant, accrochés à leur perfusion comme on se cramponne à une bouée de sauvetage. Et puis c’est la bonne porte. Et puis c’est la chambre. Un lit métallique. Dans le lit un homme. Le visage blanc, hâve. L’homme, étonné, regarde ce visiteur qu’il ne connaît pas. Le jeune homme s’assoit sur l’unique chaise posée à côté du lit. Il sort sa guitare de son étui.
« Hey, i’ve got a song for you »…

Guitariste
Dessin : Poup

Zoom arrière depuis la fenêtre…

… de cette chambre blanche et impersonnelle. Laissons dans ce moment suspendu cet homme au bout du rouleau, son étrange visiteur et sa chanson. « Song For Woody ». Ah oui, j’avais oublié de vous le dire. C’est le titre du morceau. Et le chanteur, un certain Robert Zimmerman, fraîchement débarqué à New York et qui commence, en cet hiver 1961, à se faire connaître sous le nom de Bob Dylan. Un Dylan en devenir tellement obnubilé par son idole qu’il est venu jusqu’ici, à l’hôpital de Greystone Park à Morris Plains, New Jersey, rencontrer pendant qu’il est encore temps une légende du Folk américain. Légende mourante à qui il veut rendre un ultime hommage en lui dédiant d’homme à homme sa « Chanson Pour Woody ». Woody Guthrie

Woody Guthrie

… Que n’a-t’on pas écrit…

… et bien écrit, sur le bonhomme. Sa naissance en 1912 en Oklahoma, dans une famille de fermiers. Les débuts difficiles de petits boulots en petits boulots, chassé sur les routes par la misère et les tempêtes de poussière, les « dust bowls » qui ravagent les récoltes. Sa découverte de la guitare par un oncle texan. Sa prise de conscience politique à la vue des conditions de vie des migrants jetés sur les routes par le jeudi noir. Et puis le succès qui arrive mais qui n’entame en rien sa fibre contestataire qui fera de lui un des inventeurs, si ce n’est l’inventeur de la protest song telle qu’on la connaît depuis le vingtième siècle. Un précurseur qui inspirera bon nombre d’artistes comme Dylan, bien sûr, mais aussi des Neil Young, des Bruce Springsteen et même des Joe Strummer en pleine tourmente Punky.

Woody Guthrie

Alors pourquoi…

… cette envie de parler de Woody Guthrie ? Peut-être après être tombé récemment, au long des méandres des réseaux sociaux, sur cette photo où on le voit posant avec une belle allure déjà bien Rock and Roll, entre fierté bien placé et arrogance intelligente. Sur sa guitare il a écrit : « This machine kills fascists ». La musique contre la haine, le verbe contre le flingue. Va y avoir du boulot. Et le taf est loin d’être achevé. À tel point qu’il doit en faire des bonds dans sa tombe du Highlands Cemetery, Oklahoma, ce pauvre Woody. Presque un siècle s’est écoulé depuis la composition de ses plus célèbres chansons. Presque un siècle depuis « This Land Is Your Land », son ode à une Amérique et à un monde auxquels il aspirait, comme une maison chaleureuse avec « Welcome » marqué sur le paillasson.

Woody Gutrhie
Dessin : Poup

Pour l’heure…

… la maison est plus froide que jamais et le paillasson s’est retrouvé au rebut à la cave parmi d’autres souvenirs utopiques. Mais d’aucun raconte que, la nuit, une ombre passe et repasse devant la maison aux volets clos. Un homme qui marche et qui fredonne un vieil air d’espérance, soutenu par sa fidèle six-cordes. Un fantôme ? Peut-être bien mais les paroles qui sortent de sa bouche dans un nuage de buée sont bien vivantes et n’en finissent plus de résonner dans notre aujourd’hui. Jusqu’au bout de la rue, et jusqu’au bout des autres rues, des boulevards, des avenues, et jusque tout là-bas dans les banlieues et les campagnes oubliées. Plus que jamais, terriblement actuelles.

Moment rare sur cette archive où Woody Guthrie interprète « John Henry » avec deux  légendes du Blues, Brownie McGhee à la guitare et Sonny Terry à l’harmonica.

Pour découvrir ou redécouvrir Woody Guthrie, une excellent compile, éditée par le label Vinyl Passion :

Woody Guthrie

THE BUGGLES : VIDEO KILLED THE RADIO STAR

Les Buggles : archéologie d’un futur rêvé

Tout commence par un 45 tours posé sur la platine, un sifflement synthétique qui perce le silence. Ce n’est pas une guitare qui envahit la pièce, mais un signal, un pouls électronique trop net, trop lisse. Une prophétie vient d’être gravée sur vinyle, au cœur d’un monde encore analogique qui ne sait pas encore qu’il va mourir… nous sommes en 1979.

Les Buggles ne sont pas des stars au sens classique.

Trevor Horn et Geoff Downes ressemblent davantage à des ingés son qu’à des héros de scène. Leur terrain de jeu : c’est le studio. Leur arme secrète : la console de mix, le magnéto multipiste, et bientôt cet objet quasi mythique : le Fairlight CMI. Une machine énorme pour l’époque, capable de capturer le réel — un souffle, un choc, un fragment de monde — pour le transformer en matière musicale. Bref, une boîte de Pandore numérique, ouverte bien avant l’heure.

HANS ZIMMER et The Buggles ?

En studio, ils côtoient d’ailleurs un autre jeune ingé son encore inconnu et âgé de 23 ans. Ce dernier participera à la réalisation du 45 tours… C’est un certain Hans Zimmer, aujourd’hui l’un des compositeurs de musique de film les plus connus au monde (Le Roi Lion, interstellar, Pirates des caraïbes…) , qu’on peut d’ailleurs apercevoir l’air nerveux, à 2 min 50 dans le clip !

Hans Zimmer et Video killed the radio star du groupe the buggles
Apparition furtive de Hans Zimmer dans le clip de « Video killed the radio star » du groupe the Buggles

Interrogé par The Guardian en 2018, Trevor Horn déroule le fil des hasards et des audaces qui l’ont fait glisser de la régie au micro… devant les projecteurs !

Trevor Horn : « Je sortais avec la chanteuse Tina Charles et j’étudiais alors la piste instrumentale de son tube « I Love to Love (But My Baby Loves to Dance) » pour m’inspirer en production. J’ai ensuite dû monter un groupe pour sa tournée et Geoff Downes fut le quatorzième claviériste que j’auditionnais. Un ami m’a également recommandé Bruce Woolley comme guitariste, et le courant est tout de suite passé entre nous. J’avais écrit les paroles et Bruce a composé la mélodie. C’est ainsi que nous avons écrit « Video Killed the Radio Star » . Quand Bruce a signé un contrat solo et nous a quitté, Geoff et moi avons formé les Buggles. »

L’album des Buggles « The Age of Plastic » qui va suivre dans la foulée n’est pas que le simple écrin pour un tube planétaire.

Dix morceaux qui auscultent avec une froide fascination l’avènement d’un monde synthétique. Living in the Plastic Age décrit des existences sous atmosphère contrôlée, I Love You (Miss Robot) explore les premiers frissons d’une romance homme-machine, tandis que Elstree regarde avec mélancolie les studios de cinéma, derniers bastions d’un enchantement artisanal en voie de disparition.

Trevor Horn : « L’idée de départ était que les Buggles – des Beatles robotisés – resteraient invisibles, mais dès notre premier tube, nous sommes devenus aussi anonymes qu’une explosion. Mes lunettes surdimensionnées dans le clip étaient inspirées de celles d’Elvis Costello . Je suis sorti de chez l’opticien avec ces grosses lunettes et j’ai dit à Geoff : « Je suis un Buggle maintenant. »

the buggles video killed the radio stars

Le 1er août 1981, à 00h01, MTV commence à émettre. Le premier clip diffusé de l’histoire est précisément Video Killed the Radio Star. La prophétie s’accomplit en direct. Les Buggles deviennent malgré eux les premières icônes d’une ère qu’ils pressentaient avec inquiétude.
Ironie parfaite : MTV rejouera le clip une dernière fois lors de sa fermeture le 31 Décembre 2025.

Et nos deux Buggles intégrèrent YES

En 1980, coup de théâtre inattendu, Horn et Downes rejoignent le groupe YES, monument du rock progressif, pour remplacer Jon Anderson et Rick Wakeman. Le choc esthétique est presque absurde. Pourtant, l’album Drama qui en résulte agit comme un pont improbable entre la rigueur progressive et la modernité New Wave. L’expérience sera brève, et assez mal digérée par les fans de YES.

YES DRAMA

Geoff Downes fondera en 1981 le supergroupe Asia avec d’anciens musiciens de Yes, Emerson, Lake and Palmer, et King Crimson.
Trevor Horn, quant à lui, deviendra l’architecte sonore majeur des années 80, façonnant un son massif et dominateur pour Frankie Goes to Hollywood, ABC ou Grace Jones.

ASIA

The Age of Plastic : vestige d’un futur pop égaré

Réécouter The Age of Plastic aujourd’hui, nous permet finalement de fouiller les vestiges d’un futur qui n’a jamais vraiment existé. Un futur lisse, coloré et aseptisé. Le nôtre est visiblement plus chaotique, plus organique, et paradoxalement plus chaud. Mais leur intuition, elle, a tout envahi. Intégrant comme quelques autres en cette fin des seventies, le studio comme un instrument, et la technologie comme langage émotionnel.

Alors, lorsque l’aiguille se lève enfin, demeure le silence. Sillon usé, témoin discret d’une première secousse. Sorte de sismographe d’une époque ayant enregistré le tremblement inaugural de la modernité pop.

Auguste Marshal

STILL CORNERS : rêves de duo

Par hasard…

Still Corners : Greg Hughes et Tessa Murray
Still Corners : Greg Hughes et Tessa Murray

Il y aurait beaucoup à dire ou redire sur les découvertes et les rencontres par hasard… Cet après-midi d’été, la radio de la voiture reçoit les ondes de La Première, la station belge équivalente à France Inter. L’animatrice annonce un titre de circonstances pour cette période de vacances. Dans les enceintes, le séquenceur amorce une boucle répétitive aiguë, suivie d’accords de guitare acoustique, d’une basse à la Cure et de la batterie. Le guitariste électrique déploie une mélodie aérienne avant l’arrivée d’une voix féminine qui raconte le voyage… Le cœur et les neurones s’interpellent devant les six minutes de ce morceau mystérieux. Heureusement la journaliste rompt l’énigme : « C’était Sill Corners avec The Trip ! »

Still Corners – The Trip – Strange Pleasures (2013)

Still Corners est un duo anglo-américain formé en 2007 par la britannique Tessa Murray, chant / claviers, et le texan Greg Hughes, guitares / production… Les deux se sont rencontrés par hasard lors d’un arrêt de train dans une gare de Londres. Un beau symbole car depuis, leurs créations offrent des invitations aux errances, géographiques ou intérieures.

Still Corners en concert
Still Corners en concert

Après quelques EP, Still Corners est remarqué puis signé par le label Sub Pop en 2011 pour un premier album Creatures Of An Hour. C’est surtout à partir du LP suivant, Strange Pleasures en 2013, que la public et les esthètes accrochent aux ritournelles atmosphériques de la paire. Qualifiée d’Electro Dream Pop, leur musique a également quelque chose des années 80 dans sa mélancolie et les basses à la Simon Gallup. On perçoit aussi dans certains thèmes les influences d’un autre couple onirique, Mazzy Star.

Still Corners – the Last Exit – Idem (2021)

Leurs chansons entêtantes, proches parfois des obsessions d’un David Lynch – qu’ils vénèrent -, se distinguent aussi par la voix évanescente de Tessa Murray et ses chœurs de sirène ainsi que les élégances de la Fender Stratocaster de Greg Hughes, un dialogue bienvenu notamment en concert…

Still Corners – The Trip Live (2019)

Tels certains groupes sans fracas ni potins, Still Corners suit sa route, avec obstination, au delà des modes et des disques, soutenu parfois par des citations dans des séries ou des films, attirés sans doute par les allures cinématographiques de leurs mélopées. Un sixième opus, Dream Talk, dévoilé en 2024 chez Wreckling Light, leur propre label, ne fait pas exception à cette règle de brume sensuelle et d’évasion…

Still Corners – The Ship – Dream Talk (2024)

 

Discographie de Still Corners (LP) :

Creatures Of An Hour (2011, Sub Pop)
Strange Pleasures (2013, Sub Pop)
Dead Blue (2016, Wrecking Light)
Slow Air (2018, Wrecking Light)
The Last Exit (2021, Wrecking Light)
Dream Talk (2024, Wrecking Light)

Bruno Polaroïd

Le Rock d’Ici à l’Olympia 1978

Le Rock d’Ici à l’Olympia : la Nuit où le Punk Français a détruit la Légende

le rock d'ici à l'olympia

L’Unique Captation d’une Scène Éphémère

À la fin des années 70, le punk français explose dans les sous-sols, mais ne laisse presque aucune trace sur disque. Contre toute attente, un album unique est gravé dans le sillon du vinyle. Il capture l’énergie pure et chaotique d’une scène déjà en train de disparaître. Ce disque, c’est  Le Rock d’Ici à l’Olympia, enregistré en juillet 1978. Plus qu’un simple concert ce fut un événement fondateur, une révolte organisée au cœur du temple de la variété française.

Nuit Mythique à l’Olympia : mais rappelons-nous le Contexte !

Philippe Constantin, éditeur visionnaire chez Pathé-Marconi, prend l’initiative de réunir une brochette de groupes représentatifs de cette nouvelle vague sur la scène la plus prestigieuse de Paris. Le but : documenter, une fois pour toutes, ce phénomène qu’on appelait « le rock d’ici ». On y retrouve des lyonnais Starshooter mais aussi Marie et les Garçons (Marie est à la batterie). Les Stinky Toys totalement dans « l’esprit punk », autour de Jacno et d’une Elli (pas encore Medeiros), Diesel, Bijou, Electric Callas ou encore Asphalt Jungle avec Patrick Eudeline. Les autres à découvrir en écoutant le disque… c’est le gratin d’une scène qui n’avait alors aucun autre lieu de consécration.

Fauteuils Arrachés et Strip-Tease Inattendu

La soirée bascule rapidement du statut de concert à celui d’événement historique, grâce à une série d’incidents devenus légendaires.
Kent, chanteur de Starshooter, lance à la salle une phrase qui restera :

« À l’époque de Bécaud, le public cassait les fauteuils ! »

La provocation est tentante et le public punk prend l’invitation au pied de la lettre. Les fauteuils rouges de l’Olympia sont méthodiquement arrachés et portés vers la scène, transformés en offrandes sacrificielles.

le rock d'ici à l'olympia compilation punk 1978

Marie-France, célèbre personnalité transgenre de la jet-set parisienne, monte sur scène pendant le set de Starshooter. Le chaos atteint alors son paroxysme lorsqu’elle exécute un strip-tease impromptu La révélation finale laisse le public punk, pourtant peu conventionnel, médusé. « On entendait les mâchoires tomber sur le sol », se souviendra le journaliste Philippe Manœuvre.

Même les coulisses sont explosives :

L’effervescence ne se limitait pas à la salle. En coulisses, les tensions explosent. Patrick Eudeline, leader d’Asphalt Jungle, raconte s’être battu avec une musicienne du groupe Lou’s à propos des horaires de passage. « Je lui ai dit que je ne tapais pas sur les filles, mais après son coup de pied dans mes c..uilles, c’était plus la même histoire… », résumera-t-il, ajoutant avec un sens certain de la formule : « Good time of Rock’n’Roll ».

La pochette d’une nuit Punk à l’Olympia

Aujourd’hui, l’héritage de cette nuit repose sur cet album et sa pochette devenue iconique. On y voit les fauteuils de l’Olympia, non pas en miettes, mais soigneusement alignés par paquets de quinze, comme des trophées de guerre ou une installation artistique involontaire. Cette image résume à elle seule l’esprit du moment : une énergie destructrice finalement canalisée, récupérée et exposée.

Compilation rock 1978 le rock d'ici à l'olympia

Le Rock d’Ici à l’Olympia demeure l’une des traces sonores les plus essentielles du punk rock français des années 70. Plus qu’une compilation, c’est un document historique. Sorte de boule à facettes brisée reflétant l’audace, l’humour, la violence et la vitalité éphémère d’une scène qui refusait tout, y compris de durer. Pour comprendre ce que fut cette époque, il n’y a pas de livre d’histoire plus éloquent.

▬  On pose le sillon, on monte le volume, et on se laisse submerger par le son d’une nuit unique où tout était permis…

Etienne FLT

GEORGE HARRISON : Isn’t It A Pity, ode à la gratitude

Une autre dimension spirituelle

George's Garden par POUP
George’s Garden par POUP

Ce jour-là de 1976, le copain invite à passer par chez lui. Bon, à quinze ans, chez lui, c’est plutôt la belle bicoque de ses parents… Évidemment, on discute Musique, et bien sûr Beatles, notre phare avec Pink Floyd à l’époque. Il sort un 45t de l’un des Fab Four en séparation, celui de George Harrison avec sa déclaration de dévotion. Pas le temps de l’écouter, il reste encore dix kilomètres en vélo, le poteau prête le single. Le soir-même, dans la chambre d’ado, décorée de posters des 4 de Liverpool et de Gilmour and co, on écoute la galette sur le tourne-disque stéréo orange, la couleur fétiche du moment, avec le marron.

George Harrison : My Sweet Lord / Isn't It A Pity - 45t français (1970)
George Harrison : My Sweet Lord / Isn’t It A Pity – 45t français (1970)

Face A, l’iconique My Sweet Lord et son accroche de guitare slide. Harrison, qui a toujours été un guitariste sensible, inventif et mélodique même s’il n’est pas un virtuose exubérant, développera cette approche originale des solos avec bottleneck après les Beatles, sans doute pour se démarquer de ses collègues et amis dont Eric Clapton. Ce son Harrison imprégnera la musique populaire des années 70. Que l’on écoute entre autres AmericaSister Golden Hair (1975) – ou Yves SimonDe l’autre côté de ton âme (1977) – et même les Wings du grand frère Paul. Pour le tube décoré de Hare Krishna, on ne reviendra pas sur la polémique de l’influence ou plagiat du He’s So Fine des Chiffons

George Harrison – My Sweet Lord – All Things Must Pass (1971)

Et la face B, côté trognon de la pomme. Une progression d’accords mélancoliques en mineur avec des guitares acoustiques – Harrison et les cordes de Badfinger – et des claviers – Billy Preston / piano, Gary Wright / piano électrique, Bobby Whitlock / harmonium – sur un tempo lent annonce la voix unique de George. D’emblée, comme pour l’autre face, il annonce le titre, une technique d’écriture dont usera souvent notre Gainsbourg national. Alors qu’arrive une section rythmique idéale – l’ami Ringo Starr à la batterie, Klaus Voormann à la basse, Mike Gibbins (Batteur de Badfinger) au tambourin -, le coproducteur, le génial mais tourmenté Phil Spector, dégaine son truc. Non, pas le flingue heureusement, mais son astuce sonique : réverb + écho court sur la voix. Tout de suite, les syllabes de George décollent et nous emmènent dans une autre dimension spirituelle.

George Harrison – Isn’t It A Pity – All Things Must Pass (1971)

Soudain, après deux minutes, une montée orchestrale de cordes et cuivres typique du style Spector porte l’un des plus beaux monologues du bottleneck agile d’Harrison, et transperce les petits baffles agrumes ! Mais quel son, et quelle émotion ! Puis, George, flottant au dessus du monde, et ses camarades reprennent le thème initial dans un long mantra, une pièce montée orchestrale avec chœurs – sous la direction de John Barham – et récital des glissements de la Fender Stratocaster… Plus de 7 minutes d’élévation ! Une acmé proche du Hey Jude de McCartney, notamment la durée, les interventions du grand orchestre et la chorale. D’ailleurs, on peut esquisser une réflexion sur les chorus de guitare d’Harrison ici développés jusqu’aux ultimes secondes, des interventions solo qui lui avait été refusé par Paul pour sa ballade épique…

George Harrison en 1970
George Harrison en 1970

Frustration

Pendant sa période Beatles, George Harrison, d’abord modeste apprenti auteur / compositeur a accumulé les chansons, souvent proposées au groupe mais toujours sous le coup du véto de Lennon et McCartney. A mesure qu’Harrison démontrera d’évidentes qualités et distinction d’écriture, les deux juges lui accorderont finalement deux places par album, sous réserve de leur avis. Ainsi, Isn’t It A Pity aurait été présentée plusieurs fois au tribunal, pendant les sessions de Revolver, de Sgt Pepper’s, de l’Album Blanc, puis de Get Back / Let It Be, soit tous les ans de 1966 à 1969 ! Avec à chaque fois un verdict négatif ! On comprend mieux la frustration du guitariste maintenant créateur affirmé et son désir de s’affranchir de cette prison dorée lors des derniers mois de l’entité Beatles.

George Harrison – Isn’t It A Pity Demo – Get Back Session (1969 / 2009)

Durant la réalisation de son album solo au milieu de 1970, le futur monumental All Things Must Pass, Harrison incorpore évidemment une sélection de chansons délaissées dont Isn’t It A Pity. Après une première version, grandiose, George, insatisfait, enregistre une seconde mouture, plus intime, avec Eric Clapton à la guitare solo, Carl Raddle à la basse, Ringo toujours à la batterie, Mike Gibbins avec son tambourin plus aux claviers Tony Ashton / piano et Bobby Whitlock / orgue, avec enfin un supplément de flûtes. Lui-même assure la guitare acoustique. La première version clôture la face 1 du triple album tandis que la seconde occupe l’avant-dernière de la 4e face studio… Double signe de son importance.

George Harrison – Isn’t It A Pity (Version Two) – All Things Must Pass (1971)

Quant au texte, comme toute chanson ouverte, chacun peut y coller son interprétation et son vécu. La confidence désabusée sur un amour perdu, la désillusion et la peine d’un ami délaissé, voire humilié – Harrison par rapport à Lennon et McCartney -, ou une réflexion plus universelle sur la gratitude ?

Isn’t it a pity, isn’t it a shame
How we break each other’s hearts, and cause each other pain
How we take each other’s love without thinking any more
Forgetting to give back, now isn’t it a pity…

N’est-ce pas dommage, n’est-ce pas une honte ?
Comme nous nous brisons le cœur, comme nous nous faisons souffrir ?
Comme nous prenons l’amour de l’autre sans plus réfléchir ?
Oubliant de rendre la pareille, n’est-ce pas dommage ?…

Conscient d’avoir enregistré un titre essentiel, Harrison choisit de le joindre au single étendard de l’album avec My Sweet Lord en Novembre 1970, le tout en format double face A, pour les States. Ailleurs, il sortira en face B, tel le 45t français du copain. La galette sera numéro 1 aux USA, au Canada et escaladera les charts un peu partout dans le monde. En accompagnant le tube d’à côté, Isn’t It A Pity représentera pour certaines et certains – dans l’ignorance ou le doute – la révélation du talent d’écriture du chanteur / guitariste. Et pour les heureux possesseurs du disque, non pas un habituel morceau de remplissage, mais bien un véritable cadeau surprise !

Etiquette centrale du single / Face B
Étiquette centrale du single / Face B

 

Quelques adaptations…

Isn’t It A Pity connaîtra plusieurs fois les honneurs d’une reprise. Citons entre autres dès 1972 l’interprétation par la grande Nina Simone. Une variation piano / basse / voix d’une intensité troublante en concert.

Nina Simone – Isn’t It A Pity – Emergency Ward ! (1972)

Les Rockers Indés et américains de Galaxie 500 – dont Dean Wareham, futur Luna -, oseront eux aussi une réécriture en 1989 sur leur LP On Fire. Mais leur volonté d’originalité, en changeant des accords mineurs en majeurs, modifie l’amplitude mélancolique de la version initiale, à tel point que le résultat pourrait figurer dans un recueil de fonds de tiroir du Velvet Underground période Loaded. Décevant.

Galaxie 500 – Isn’t It A Pity – On Fire (1989)

Heureusement, en 2014, le multi instrumentiste et producteur Californien Jonathan Wilson, en retrouvera l’esprit dans un bel hommage. Inévitable lorsqu’on connaît sa passion pour les Seventies et leurs musiciens, dont Pink Floyd

Jonathan Wilson – Isn’t It A Pity – Pity Trials And Tomorrow’s Child EP (2014)

Enfin, comment de pas évoquer la sublimissime reprise lors du Concert For George, après son décès en Novembre 2001. Ce soir-là, le 29 Novembre 2002, ses amis, dont Eric Clapton et Billy Preston – disparu ensuite en 2006 – et son fils Dhani Harrison, offrent une incroyable ode à la gratitude. Preston y imagine un magnifique solo d’orgue Hammond. Puis Clapton, toujours à son meilleur quand il est touché intimement, développe un long monologue poignant sur sa Stratocaster tandis que les chœurs mélangent la partition originale aux Na na na na de Hey Jude. Le tout sous le portrait d’un jeune George Harrison en devenir…

Eric Clapton / Billy Preston – Isn’t It A Pity Live – Concert for George (2002)

 

Bruno Polaroïd / Illustration par POUP

[EXCLUSIVITE] CASABLANCA dévoile son nouveau single « REACH OUT »

Casablanca s’est formé en 2022 et nous arrive du sud-ouest de la France avec Nico (basse/chant) et Olivier (guitare/drum machine). Les 2 musiciens sont de retour avec leur nouveau single « Reach Out » en attendant la sortie du 2ème ep qui verra le jour le 4 mars prochain. Si le premier ep sorti en avril 2024 sentait le cuir et transpirait le rock à la BRMC. Avec ce nouveau titre, le duo semble se tourner cette fois vers du post punk influencé par le début des années 80’s, et il est accompagné de son clip dans un magnifique décors. 

CASABLANCA – REACH OUT

 

Vous pourrez retrouver Casablanca en concert à partir du mois de mars à Cap Breton et Caresse, en mai à Biarritz et en juin sur la Capitale.

Photo : Emma David

Retrouvez l’actualité du groupe et aller écouter le premier ep ici.

 

Gian, février 2026.

Gattaca – L’Entre Potes, Chartres – 30 janvier 2026

Gattaca – L’Entre Potes, Chartres – 30 janvier 2026

Gattaca
Affiche : Poup

Les Kroniks and Roll de l’Entre Potes

Boujou sur les deux joues à Tramber, El Loco Audiovisuel Man, pour les photos et les vidéos.

— Mamie, Mamie, regarde ce que j’ai trouvé !
— Montre ma chérie… Mais… T’as trouvé ça où ?
— Là-bas, dans les ruines de l’Ancienne Cité… C’est quoi ?
— C’est… Incroyable… Un téléphone mobile…
— Un quoi ?
— Un téléphone, ça servait au gens à se parler à distance… Avant…
— C’est vrai ?
— Oui ma chérie, pourquoi Mamie te mentirait… Oh Mais attends… C’est dingue ! Il marche encore !
— Oh montre, montre Mamie ! Dis donc y a des images !

Gattaca— Oui… Et… C’est pas possible… Des vidéos… On dirait… Oui… Des musiciens… Un concert…
— C’est quoi un concert Mamie ?
— C’était des gens qui jouaient de la musique pour d’autres gens.
— C’est vrai ?
— Ah tu vas pas recommencer ma chérie… Enfin… Tiens, on dirait que ça se passait dans un bar…
— T’as l’air tout drôle Mamie.
— C’est rien ma chérie, ça me rappelle des souvenirs, cette musique…
— Qu’est ce qu’elle a la musique ?
— C’était super. Ca s’appelait du Rock and Roll.
— C’est vrai ?
— Tu sais dire que ça ? Tiens la vidéo… Elle a un titre…
— C’est quoi ?
— Gattaca…

Gattaca…

Léo
Léo

… Venu tout droit, non pas des confins galactiques, mais de la belle cité de Toulouse, investit ce soir l’Entre Potes à Chartres. L’Entre Potes, LE rade Rock and Roll de la capitale beauceronne. C’est dit. Pas à y revenir.

 

Mika
Mika

Rock and Roll mutant…

… C’est ce que les quatre compères affirment haut et fort. Et cela, ma foi, est fort bien vu, mesdames zé messieurs, tant ce Rock and Roll là mute à tour de bras. Tenter une définition ultime de la musique de Gattaca pourrait rapidement consister à attraper un savon mouillé dans une bassine d’huile. C’est que Gattaca ne se laisse pas apprivoiser comme ça. Gattaca vous file entre les doigts.

Vous avez cru…

David
David

… au détour d’un morceau, avoir décelé, tout fiérot de votre rockeuse érudition, un soupçon tribal des Cramps, un zest Surf hanté par Dick Dale ou bien une touche Rockabilly ? Ne vous réjouissez pas trop vite. Voilà-t-y pas que la compo suivante vous embarque dans une rythmique savamment élaborée par le jeu imaginatif et percussif de Léo, la basse souple et obsédante de Nico et des accords jazzy pimentés Garage que n’auraient point boudé un Richard Hell et ses potes Vovoïds.

 

Nico
Nico

Ce qui, tout de go…

… nous emmène  à New York, influence manifeste du quatuor dont le biberonnage musical semble avoir comporter moultes rasades de Television, de Talking Heads originel, de New York Dolls et de leur transfuge Johnny Thunders dont ils reprennent efficacement le « Chinese Rocks », tiens tiens… Cover de bon aloi ponctuant les deux sets où le chant de Mika, en bonne compagnie des choeurs de Léo et de David (guitare), balance entre rage tendue et nonchalance Lou Reedienne, comme quoi la Grosse Pomme est un fruit non défendu dans lequel Gattaca se plaît à mordre à pleines dents.

Gattaca – Butcher’s Son

Jamais là où on croit le cerner, Gattaca surprend, passionne et ne se rend jamais.
Surtout à l’évidence.
Celle-là elle peut toujours attendre…

Pour info, le combo a pondu deux excellents galettes :
« ADN Machine Drama », en 2018, et « Last Sunset Serenade », en 2025, chez le précieux label Pop Sisters.

Gattaca Gattaca

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