Elvis Presley et les Sun Sessions, l’aube du rock’n’roll

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Au commencement, il n’y avait rien. C’était la nuit. Jusqu’à ce qu’une lumière jaillisse d’un petit studio de Memphis, le 5 juillet 1954.

Elvis in the beginning - sun sessions
Elvis Presley par José Correa

Même s’ils étaient déjà quelques uns dans le sud des Etats-Unis à pratiquer cette musique du diable, l’aube du rock’n’roll s’est levée sur le monde avec The Sun Sessions. Quand Elvis Aaron Presley chantait le rockabilly comme personne. Quand le King était le roi du rock’n’roll

«Si je trouvais un Blanc qui ait le son noir et la sensibilité noire, ça pourrait me rapporter un million de dollars».

Voilà ce que répétait régulièrement Sam Phillips, patron de Sun Records, à sa secrétaire et réceptionniste Marion Keisker. En 1953, sans le savoir, cette dernière avait déjà fait la rencontre du futur phénomène venu gravé la chanson « My Happiness » pour l’anniversaire de sa mère.

Initialement, quand Elvis Presley arrive en studio le 5 juillet 1954 avec Scotty Moore (guitare) et Bill Black (contrebasse), c’est pour enregistrer la ballade country I Love You Because. En toute fin de séance, sentant le producteur quelque peu déçu, il se met à triturer de vieux airs blues et country, les transformant en morceaux new age inspirés du hillbilly de Memphis. That’s All Right Mama est le premier. Sam Phillips est en lévitation, il tient enfin son trésor…

Elvis Presley – That’s All Right (Mama)

Le lendemain, malgré l’euphorie qui règne dans le studio, le producteur rappelle à l’ordre son trio en réclamant une face B. Sur le premier titre, ils ont modifié un blues rapide du malheureux Arthur Crudup. Le jeune producteur leur demande alors de porter leur choix sur un titre orienté country. Sans doute afin de ne pas envenimer la révolution qu’il s’apprête déjà à déclencher…

Blue Moon of Kentucky

Le groupe enchaîne quelques reprises de bluegrass, sans parvenir à trouver l’étincelle. Elvis décroche un moment, et c’est pour passer le temps que Bill Black se met à jouer le titre Blue Moon of Kentucky… Chambreur, le contrebassiste adopte une voix haut perché (falsetto), singeant ainsi le chanteur Bill Monroe et arrachant quelques rires éreintés à ses partenaires. L’orfèvre de la six cordes Scotty Moore n’est pas contre un peu de distraction, il cale sa rythmique sur son acolyte. C’est un Elvis souriant et fringant qui le rejoint au micro. Le Roi dans sa prime jeunesse. La voix est là, brute, trépidante, avec cette envie d’en découdre. Son énergie est palpable rien qu’à l’écoute, et on le sent avide d’empiler les prises.

Le premier chien de fou du rock’n’roll cloue sur cette face B, une version d’anthologie, et un des tous premiers standards de rockabilly. En quatre prises, il enregistre son deuxième tube de l’année 1954…

Elvis Presley – Blue Moon of Kentucky

Trop grand pour Sun Records

20 000 exemplaires sont vendus dans la seule région de Memphis. Elvis Presley quitte à reculons la maison Sun Records pour les disques RCA en août 1955. Son producteur ne peut plus assumer les commandes affluant de tout le pays. Sur un titre signé Junior Parker et Sam Phillips, le King délivre un dernier joyau avant son départ. Imprimant à travers ce « train mystèrieux » le nouveau rythme de la planète, celui du rockabilly…

Elvis Presley – Mystery Train

« Il n’y a qu’un chanteur comme ça par siècle, malheureusement c’est tombé sur le mien. »

Franck Sinatra

Son premier album finalisé chez RCA compte encore quelques titres incontournables du rock naissant. Blue Suede Shoes de Carl Perkins, I Got A Woman de Ray Charles, ou encore Money Honey de Jesse Stone qu’il parvient à se réapproprier avec un feeling étonnant. Et une voix de plus en plus impressionnante…

Elvis Presley – Money Honey

Mais parler d’Elvis, c’est un peu comme parler de James Brown, sa musique ne brille pas par sa profondeur ou sa quête d’originalité, elle brille par sa pureté. Et dans ces cas-là, rien ne vaut l’écoute…

Elvis Presley – Trying to Get to You

Une pochette légendaire

La pochette de son premier album paru en mars 1956 fait aujourd’hui figure de réference originelle. C’est la génèse du rock’n’roll synthétisée dans une image. Le phénomène est saisi en pleine envolée, la guitare en avant, arme symbolique d’une jeunesse avide de liberté. The Clash, fleuron du mouvement, réutilisera la teinte, les couleurs et le lettrage, pour la publication d’un album tout aussi légendaire, London Calling (1979).

Elvis Presley – I Got A Woman

Bien sûr, quelques standards du rock suivront, comme Shake, Rattle and Roll ou Jailhouse Rock, mais si vous n’êtes toujours pas convaincus par les talents du King, il ne me reste qu’à vous orienter sur The Sun Sessions. Leur publication en intégralité devra attendre que le punk ramène le rock à ses fondamentaux pour voir le jour en 1976. L’écoute de sa génèse, témoignage intégrale et historique. Elvis dans la fleur de l’âge, un talent brut et incomparable…

Elvis Presley – The Sun Sessions

Serge Debono