Space Oddity, l’album lunaire de David Bowie fête ses 50 ans

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Il y a tout juste 50 ans, le 4 novembre 1969, paraissait le deuxième album de David Bowie. Spécimen unique en son genre, Space Oddity est souvent défini comme une oeuvre « space-folk »…

Un long chemin jusqu’à la lune

En 1967, David Bowie enregistre son premier album, intitulé sobrement « David Bowie ». Malgré de bonnes compositions qui fleurent bon le cottage anglais, il paraît le même jour que le « Sergent Pepper’s » des Beatles… Le disque est un échec commercial. Dépité, Bowie envisage même de devenir moine bouddhiste après sa rencontre avec le lama Chime Rinpoché. Fort heureusement, le sage lui conseille de poursuivre ses efforts dans la musique ! Peu de temps après, on lui confie l’adaptation du titre « Comme d’habitude » de Claude François. Mais le délais qu’on lui octroie est trop court, c’est finalement Paul Anka qui s’en chargera…

pochette définitive
Space Oddity (Edition Américaine )

Le 16 juillet 1969, aux Etats-Unis, la mission Apollo 11 s’envole du centre spatial Kennedy pour un voyage qui durera cinq jours et verra l’Homme poser pour la première fois un pied sur la Lune. Quelques jours plus tôt, le 11 juillet 1969, sort le single « Space Oddity ». Très influencé par Syd Barrett, qu’il va régulièrement observer en concert avec son ami Marc Bolan (T.Rex), Bowie évoque dans ce texte à double sens, à la fois un astronaute largué dans l’espace, et le trip aérien d’un junkie. En Angleterre, la BBC fera le choix judicieux de l’utiliser comme générique des émissions consacrées à la Mission Apollo 11…

David Bowie – Space Oddity

La carrière de Bowie semble enfin décoller mais malgré le succès du single « Space Oddity », l’album enregistré dans la foulée est un échec commercial. Pourtant pourvu de somptueuses harmonies, d’une écriture intéressante, de mélodies novatrices et accrocheuses, certains titres majeurs préfigurant son oeuvre à venir resteront longtemps ignorés…Comme le premier, il est publié au Royaume-Uni sous le titre « David Bowie », tandis que sa version américaine s’intitule Man of Words/Man of Music… Ce n’est qu’en 1972 que RCA le réedite sous le titre « Space Oddity ».

Un album d’une grande maturité

Le titre éponyme ouvre l’album. Aussitôt suivi d’un morceau de folk-blues endiablé (Unwashed and Somewhat Slightly Dazed) comme l’artiste n’en produira plus par la suite. Même s’il l’affirmera plus clairement sur l’album Hunky Dory, ce titre témoigne déjà de l’admiration que David Bowie voue à Bob Dylan. Dans les deux premières éditions de l’opus, chez Mercury et RCA, l’interlude Dont Sit Down avait été écarté. La maison Philips finira par le réintégrer dans sa version CD…

David Bowie – Unwashed and Somewhat Slightly Dazed

David Bowie – Don’t Sit Down

David Bowie a tout juste vingt ans quand il écrit ces textes oscillants entre trip hippie, questionnement existentiels et sentiments amoureux. Il est donc bien normal de retrouver sur ce disque, un titre comme Letter to Hermione stigmatisant avec une pudeur très british, et un recul étonnant, les affres de l’amour d’adolescent. D’autant que le tout est porté par une douce ballade folk, où le grain délicat de cette voix devenue aujourd’hui légendaire, affiche déjà une maîtrise époustouflante…

David Bowie – Letter to Hermione

Dans cette période agitée de la fin des sixties, David Bowie fait partie d’une espèce d’avant-gardiste fleurissant sur le sol britannique. De jeunes gens à la sexualité débridée et aux moeurs mises à l’index par les anciennes générations et les communautés religieuses. Dans la rue et les commerces, il est fréquent que son look atypique et son physique androgyne provoquent insultes et quolibets. Bien que soutenu par son père, nul doute que dans un contexte pareil, une certaine propension à la culpabilité ait pu influer sur son écriture. D’autant que le titre suivant, une ballade folk à tomber, ne manque pas d’ironie…

David Bowie – God Knows I’m Good

L’album contient des pistes intéressantes comme l’unique titre rock Janine. Ou l’éthéré An Occasional Dream. Il trouve sa conclusion dans une ritournelle, ode au mouvement hippie qui agonise en cette fin d’année 1969 (Memory Of a Free Festival). Mais s’il est une pièce maîtresse dans cet opus homogène, c’est sans doute le titre Cygnet Committee

Au départ intimiste, le texte devient au fil du thème, incantateur et mystique. Une histoire de sauveur de l’humanité préfigurant déjà Ziggy Stardust, et conclue par une confession hurlée à pleins poumons. Une poésie non linéaire, une musique très visuelle, quasi cinématographique. Et cette beauté inquiétante… Celle-là même qui fera par la suite la grandeur des œuvres de David Bowie. Cygnet Committee est une composition d’une grande maturité. Un fabuleux crescendo de neuf minutes, clôturant la face B de la version vinyle de l’album…

David Bowie – Cygnet Committee

Renaissance avec Ziggy

La popularité dont jouit l’artiste dans son quartier de Bromley et le reste de Londres grâce au single Space Oddity ne rejaillit pas sur les ventes de son album. Véxé, il redoublera d’effort pour son troisième ouvrage, l’excellent The Man Who Sold the World (1970), avant d’atteindre le haut des charts anglais avec son chef d’oeuvre Hunky Dory (1971).

Tout le monde sait que David Bowie n’aimait pas regarder en arrière. Il préférait cultiver l’art de se renouveler. De ce fait, il portait généralement un regard sévère sur ses oeuvres passées. Considérant néanmoins la sortie de son deuxième album Space Oddity comme ses vrais débuts, il n’en faisait pas grand cas pour autant. Qualifiant notamment ses textes, de « bluettes naïves adolescentes »…

Il faudra attendre la tornade Ziggy Stardust en 1972, pour voir ressurgir l’album Space Oddity dans les charts anglais.

Serge Debono