Vers le silence…
Stoned & Dethroned

Que faire après le sublime vacarme de leurs deux précédents albums (Lire The Jesus And Mary Chain : les albums Automatic et Honey’s Dead) ? Fin Août 1994 (Le 23), les frangins Jim – chant, guitare – et William Reid – guitares, chant – répondent au dilemme avec leur cinquième recueil : Stoned & Dethroned (Lapidés et détrônés !). Influencé par leurs tournées américaines, d’où les collages vidéo de la pochette, le disque se veut dépouillé, à l’os, quasiment acoustique.
The Jesus And Mary Chain – Never Saw It Coming – Stoned & Dethroned (1994)
Les aficionados et das connaissent les pépites de six cordes sans électricité qui émaillent les faces B des Brothers, ce depuis leurs débuts pourtant cacophoniques. Ils avaient même envisagé une série de concerts sans amplis ni distorsion lors de la promotion de Psychocandy dix ans plus tôt, évidemment par provocation.
The Jesus And Mary Chain – Between Us – Stoned & Dethroned (1994)
Bon, on retrouve ça et là les demi-caisses électriques fétiches de William et Jim Reid et quelques fuzzbass. Mais l’atmosphère générale s’affiche plus Folk rock et évoque parfois les ballades vénéneuses des Stones. A noter que cette fois, les frérots travaillent les compos avec leur section rythmique de concert, Ben Lurie – basse, guitares, harmonica, orgue – et toujours Steve Monti aux percussions. Une fois encore, Alan Moulder participe à la belle mise en ondes des dix-sept thèmes de cette collection aigre-douce.
The Jesus And Mary Chain avec Shane MacGowan – God Help Me – Stoned & Dethroned (1994)
Au départ, les Écossais souhaitaient la participation entre autres de Bob Dylan, Johnny Cash ou Leonard Cohen. Hélas, seuls le regretté Shane MacGowan des Pogues et la chanteuse diaphane Hope Sandoval de Mazzy Star répondront à l’appel, Shane dans le très émouvant God Help Me et Hope pour Sometimes Always, cette merveille rappelant le duo Nancy Sinatra / Lee Hazlewood. Que la Belle soit la p’tite amie à l’époque de William, le guitariste aux Mille Larsens, y a sans aidé…
The Jesus And Mary Chain avec Hope Sandoval – Sometimes Always – Stoned & Dethroned (1994)
Munki

Enfin, quatre ans plus tard, le 2 Juin 1998, les frangins présentent leur sixième LP : Munki. On peut dire que c’est en quelque sorte leur Album Blanc. Pendant les enregistrements, Jim et William ne se supportent plus. Long (69 min), créé dans la dispersion – le cadet d’un côté , l’aîné de l’autre -, très varié, ce double vinyle propose tous les aspects sonores du duo à l’instar de Birthday, Cracking Up, Virtually Unreal ou la paire I Hate Rock’n’Roll / I Love Rock’n’Roll – la dialectique selon JAMC -, dont la première version était déjà sortie en single auparavant, en 1995. Malgré toutes les mauvaises vibrations, les dix-sept morceaux – encore – de cet opus frôlent souvent l’excellence.
The Jesus And Mary Chain – Degenerate – Munki (1998)
Notons les interventions d’à nouveau Hope Sandoval qui fait « Miaou miaou » dans Perfume et de leur petite sœur, Sister Vanilla, pour le symbolique Moe Tucker. Quant aux accompagnateurs, si l’on retrouve le résistant Ben Lurie à la basse et pour quelques guitares, cette fois Nick Sanderson (Clock DVA, Gun Club, Earl Brutus) prend les baguettes, Terry Edwards soufflotte dans les cuivres, tandis que Dick Meaney et Alan Moulder – pour trois titres – agitent les manettes de la console…
The Jesus And Mary Chain – Black – Munki (1998)
Le plus étonnant, c’est que William Reid s’obstine à chercher des sons toujours innovants pour sa Gibson. Là encore il anime un festival d’effets inédits – et souvent plutôt fracassants – qui raviront ou affoleront, selon les cas, les guitaristes en apprentissage, voire les dentistes en manque de roulette. On laisse aux spécialistes le soin de distinguer les boîtes et autres bidules du bonhomme dans Commercial par exemple…
The Jesus And Mary Chain – Commercial – Munki (1998)
Quant au cadet Jim Reid, la grande diversité des thèmes lui permet de développer tous les aspects de son chant unique, à la fois typiquement pop ou pervers, désinvolte ou sincère, froid ou sexy. Sans oublier qu’il concède encore de prêter le micro à son aîné pour quelques confidences dans des tonalités plus graves…
The Jesus And Mary Chain – Cracking Up – Munki (1998)
Pourtant, lors de la tournée de promotion de Munki, la brouille dans la fratrie s’accentuera, jusqu’à une bagarre sur scène (!!!), entraînant le départ de William Reid en Septembre 1998 puis la séparation du groupe pendant près de dix ans, avant des premières tentatives de réconciliation en 2007, grâce à leur p’tite sœur… Comme disait le célèbre animateur radio José Arthur, « Le silence est la sieste du bruit. »
The Jesus And Mary Chain – I Hate Rock’N’Roll – Munki (1998)
Bruno Polaroïd












