JOHNNY B. GOODE, deux notes et un riff entrés dans la légende

0
488
POP CULTURE RADIO La Culture POP a enfin trouvé sa RADIO !
Genres : radio
La culture se partage !

L’ambassadeur immuable du rock’n’roll

Johnny B. Goode de Chuck Berry est sans nul doute le plus célèbre standard rock de l’histoire de la musique. Au point d’incarner le genre à lui seul, et de devenir son ambassadeur le plus immuable. Sa création résulte de la culture et du vécu de son auteur, quant à sa légende, elle est le fruit d’une multitude de reprises. Dans tous les cas, l’héritage culturel est la raison d’être de son existence et de son immortalité.

En 1955, Chuck Berry quitte le Missouri pour rejoindre Chicago, la mecque du blues. Il y fait la connaissance de Muddy Waters, qui le recommande à Chess Records, sa maison de disques. Si les frères Chess apprécient essentiellement ses influences country, ils acceptent de le signer. C’est à cette époque que le guitar-hero compose le titre Johnny B. Goode. Il n’est publié que trois ans plus tard.

La légende prend sa source dans la tradition du blues, et sa transmission par l’écoute. En effet, Chuck Berry n’a pas inventé le célèbre riff de guitare qui le caractérise. Depuis l’aube du 20ème siècle, ce dernier est présent sur une vingtaine de titres, parfois joués au piano. Berry dit le tenir de Carl Hogan, guitariste de Louis Jordan sur le titre suivant…

Louis Jordan – Ain’t That Just Like a Woman (1946)

Pas de doute, l’intro jouée sur une corde est similaire. Sauf que Chuck Berry, influencé par son idole T-Bone Walker, ainsi que par les sonorités de guitare du rock naissant, décide de rendre le riff plus dense en jouant deux notes en simultané sur deux cordes. Cette initiative va faire toute la différence. Le texte dont il nourrit sa composition, également…

Dans les paroles, Chuck Berry évoque un guitariste doué et peu instruit venu des régions rurales de la Nouvelle Orléans. S’il transforme l’expression “black man” en “country man” pour les besoins de la diffusion, il s’agit selon lui d’un récit semi-autobiographique. Son succès, notamment auprès des autres musiciens, s’explique par le fait que Johnny B. Goode retrace un peu l’histoire de tout blues man, et de tout rocker vivant durant cette période. Un titre résumant parfaitement leurs espoirs d’ascension sociale par le biais de la musique.

Chuck Berry – Johnny B. Goode

Chuck Berry s’inspire du pianiste Johnnie Johnson, membre de son groupe depuis plusieurs années, à qui il conseille souvent d’éviter les ennuis lors de ses sorties nocturnes, en ajoutant : “Johnnie be good” (sous-entendu “Johnnie, soit un bon garçon”). Le pianiste n’est pas présent sur l’enregistrement final, c’est Lafayette Leake qui se charge des ivoires. Accompagné par Willie Dixon à la basse, compositeur prolifique pour Chess Records.

Johnny B. Goode
Johnnie Johnson

Le “B” de Johnny B. Goode laissant imaginer un second prénom, est en fait inspiré de Johnny B. Simple, un personnage de fiction créé par le poète militant Langston Hughes. Chuck Berry partage avec l’auteur un idéal de vie et d’ascension sociale pour les afro-américains. Enfin, le nom “Goode” est directement issu de l’adresse du lieu de naissance du guitariste. Chuck Berry a vu le jour au “2520 Goode avenue à St Louis (Missouri)”.

A sa publication, le 31 mars 1958, Johnny B. Goode ne connaît pas le même succès que le titre Maybellene (premier numéro 1 au Billboard de Chuck Berry). Le film Go, Johnny Go ! sortie en salle l’année suivante, et auquel il participe aux côtés de Eddie Cochran et Ritchie Valens, lui apporte une plus grande reconnaissance.

Johnny B. Goode

Mais ce sont surtout les héritiers Stones et Beatles qui vont permettre à l’oeuvre de Chuck Berry de perdurer. En 1972, dans The Mike Douglas Show, John Lennon présente son idole de la manière suivante :

“Si l’on devait donner un autre nom au rock’n’roll, il faudrait le rebaptiser Chuck Berry”

Chuck Berry & John Lennon – Johnny B. Goode

Si le nombre de reprises de Johnny B. Goode n’atteint pas celui de Louie Louie, depuis 1958 on compte plus de 150 versions publiées de manière officielle. En voici quelques-unes choisies de manière totalement arbitraire.

L’année de sa publication, on compte déjà deux covers aux Etats-Unis. Celle des Penny Rockets, et une autre plus swing signée Johnny Rebb & His Rebels…

Johnny Rebb & His Rebels – Johnny B. Goode (1958)

En 1961, Mickie Most, futur producteur des Animals, Donovan ou Terry Reid, est à la tête d’un groupe possédant une petite longueur d’avance sur les Beatles au Royaume-Uni. L’expérience est de courte durée, mais Mickie Most & His Playboys enregistrent quelques reprises élégantes de Buddy Holly, Elvis, et Chuck Berry…

Mickie Most & His Playboys – Johnny B. Goode (1961)

En 1962, les jeunes Rolling Stones donnent un concert à North Cheam, près de Londres. Ils effectuent plusieurs reprises de Chuck Berry, dont une de Johnny B Goode. Hélas la qualité d’enregistrement est bien trop mauvaise. Je préfère vous proposer celle publiée par Dion en single l’année suivante.

En 1959, le manque de moyens a empêché Dion DiMucci de périr dans le même avion que Buddy Holly et Ritchie Valens. La vie sauve, certes. En revanche, il reste le grand oublié du rock primal. En témoigne cette superbe reprise de Johnny B Goode, au doux parfum de rockabilly…

Dion – Johnny B. Goode (1963)

Les Beatles en livrent une version fidèle lors de leur passage au Saturday Club de la BBC…

The Beatles – Johnny B. Goode (1964)

La même année, le soir du réveillon de Noël, les Pretty Things délivrent sur la BBC une reprise de Johnny B. Goode d’une sauvagerie encore peu entendue jusqu’ici. Dick Taylor a quitté les Rolling Stones deux ans plus tôt, pour former ce groupe fan de Chuck Berry et Bo Diddley. A l’époque, souvent confondus avec les Stones, ils possèdent pourtant une énergie distinctive et un son totalement garage. Un style qui les tiendra éloignés du haut des charts, mais que le temps saura reconnaître…

The Pretty Things – Johnny B. Goode (1964)

Le Killer n’était pas avare en reprises, et s’acquittait souvent de la tâche de fort belle manière. En 1965, sur son album The Return of Rock, Jerry Lee Lewis imprime son boogie infernal à Johnny B Goode

Jerry Lee Lewis – Johnny B. Goode (1965)

Evidemment le courant garage-rock s’empare régulièrement du morceau. The Remains, en provenance de Boston, ont pour habitude d’enflammer leurs concerts avec ce titre…

The Remains – Johnny B. Goode (Live 1969)

L’évolution du rock’n’roll au cours des années 60, a vite fait de ringardiser les artistes les plus talentueux. La version des Pretty Things et sa sauvagerie grasse, incite des groupes comme les Who et Led Zeppelin à clôturer certains de leurs concerts par le standard de Chuck Berry.

La version de Bill Haley publiée en 1968 ne démérite pas, mais le tempo ralenti confirme que le rockeur commence à s’essouffler. A contrario, le Johnny B. Goode du King, en live à Las Vegas, extrait de l’album From Elvis to Memphis, brille par son énergie. Deux minutes de sprint rock. Une cover vitaminée au tempo très relevé, où comme souvent, Elvis donne le maximum et compense un instrumental devenu presque fade…

Elvis Presley – Johnny B. Goode (Live at Las Vegas 1969)

Entre 1969 et 1970, Jimi Hendrix connaît un gros passage à vide. Éreinté par les concerts à répétition et frustré de ne pouvoir se libérer de son contrat, sur scène il donne des signes évidents de lassitude. Jimi n’est pas fait pour la promotion. En revanche lorsqu’il s’agit de créer de nouveaux morceaux en studio, ou de les jouer sur scène pour la première fois, un sourire orne à nouveau son visage. Parfois, ce dernier revient avec un vieux blues ou un standard de rock, et fait renaître avec lui le Jimi de Monterey (1967)

Jimi Hendrix – Johnny B. Goode (Live at Berkeley 1970)

Johnny Winter était un puriste. Quand il a choisi le blues c’était un choix exclusif, une profession de foi. Jamais il ne s’est vautré dans un blues complaisant ou sirupeux. Et sa seule incartade est d’avoir adopté le seul fils légitime du blues… le rock’n’roll !

Johnny Winter – Johnny B. Goode (Live at the Fillmore 1970)

En 1973, le succès de Baby Come Back est déjà loin pour The Equals. La formation britannique multi-genres se cherche, d’autant que leur leader guyanais Eddy Grant tente de mener en parallèle une carrière solo dans le reggae. L’album Rock Around The Clock opère un retour aux sources, avec notamment des reprises de Little Richard, et Chuck Berry…

The Equals – Johnny B. Goode (1973)

S’il y a une version réunissant l’esthétisme carré de l’originale et la sauvagerie débridée du garage ou du psyché, c’est bien celle de Dr Feelgood. En 1976, alors que le punk rock se fait du rock primal un allié, cet enregistrement live saisit Lee Brilleaux et Wilko Johnson à leur apogée…

Dr Feelgood – Johnny B. Goode (Live 1976)

Pour l’énergie, et pour le fun, une version des Pistols à leurs débuts. L’instrumental balance bien, et on peut se délecter des impros de Lydon pestant sur le texte dont il ignore la majeure partie…

The Sex Pistols – Johnny B. Goode (1976)

Sans doute par souci d’originalité, à partir des années 70, rares sont ceux ayant intégré le titre Johnny B. Goode à un album studio.

Mais pour clôturer un concert, ou combler un rappel, le standard fait toujours son petit effet. Son côté dansant, voir frénétique une fois accéléré, a le don de survolter…

Twisted Sister – Johnny B. Goode (Live at Detroit 1980)

Avec ce genre de standard incontournable, il existe une forme de respect, parfois excessive. Semblable à une œuvre sacrée, il n’est que très rarement remanié.

Johnny B. Goode
Peter Tosh

La version de Johnny B. Goode publiée par Peter Tosh en 1983, fait partie des grandes réussites. Elle est due à l’audace d’un artiste insoumis, ainsi qu’à son talent de mélomane-conteur. L’ancien membre des Wailers parvient à se réapproprier le texte, le phrasé et les arrangements, pour une cover novatrice, jubilatoire, et aussi impérissable que l’originale.

Peter Tosh – Johnny B. Goode (1983)

Durant la première partie des années 80, la magie des 50’s nourrit quelques vocations.  The Stray Cats ont le vent en poupe, et on voit renaître des voix suaves comme celle de Chris Isaak.

Dans son film Retour vers le Futur, le réalisateur Robert Zemeckis propose une virée parfaitement rythmée au coeur de l’année 1955. Lorsque le personnage de Marty McFly (Michael J Fox) décide de faire danser l’assistance au bal de fin d’année avec Johnny B Goode (1958 !), on plonge alors en plein anachronisme. D’autant que le solo semble revisiter toute l’histoire du rock, de Chuck Berry à Van Halen. Notez que si Michael J Fox s’en sort très bien côté chant, et est par ailleurs un musicien honorable, c’est le guitariste de session, Tim May, qui s’active dans l’ombre…

Michael J Fox & Tim May – Retour vers le Futur (1985)

Voici une version acoustique de Johnny B. Goode, groove & jazzy, exécutée en direct-live dans le Grand Journal de Canal +, par le Kid de Minneapolis et ses choristes…

Prince (2011)

Pas facile de trouver une version au féminin, le titre est semble-t-il plus à même de séduire la gent masculine. Les autrichiennes de Mona Lisa Twins sont célèbres pour leurs covers des Beatles mais possèdent également un répertoire original tout aussi intéressant. Imbibées de vieux rock’n’roll, elles font honneur à toute une époque…

Mona Lisa Twins (2014)

Enfin, puisque ce titre émane d’un guitar-hero, je termine avec George Hinchliffe, membre du célèbre Ukulélé Orchestra of Great Britain. Son adresse et son feeling sur la petite guitare hawaïenne a peu d’égal. Ici, associé à la chanteuse Laura Currie, il redonne virtuosité et fraîcheur à ce bon vieux Johnny B Goode.

Laura Currie & George Hinchliffe

Outre les films Go Johnny Go ! et Retour vers le Futur, le cinéma a célébré Johnny B Goode à travers des films marquants sur la jeunesse. Comme American Graffiti (George Lucas), ou encore Le Péril Jeune (Cédric Klapisch).

Si le nom de Chuck Berry est synonyme de rock’n’roll, Johnny B Goode en est peut-être sa meilleure représentation. Un titre qui résume à lui seul l’origine du genre. Au point qu’en 1977, il figurait dans le Voyager Golden Record, un disque embarqué par la NASA sur la sonde Voyager 1, et censé contenir “les Sons de la Terre”. Seul titre rock, il figure aux côtés de Mozart et Beethoven.

Serge Debono

Did you enjoy this article?
Inscrivez-vous afin de recevoir par email nos nouveaux articles ainsi qu'un contenu Premium.

Laisser un commentaire