Cadillac Records, jolie petite histoire du Chicago Blues

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Cadillac Records (2008), un film de Darnell Martin, avec Adrian Brody, Jeffrey Wright, Beyoncé Knowles, Columbus Short, Gabrielle Union et Mos Def.

Cadillac Records

Cadillac Records, c’est l’histoire du Chicago Blues. Une période dorée de la musique américaine.  C’est aussi un biopic sur Leonard Chess, fondateur de Chess Records. Et ses fabuleuses découvertes, Muddy Waters et le virtuose Little Walter. La divine et sulfureuse Etta James, le charismatique Howlin’ Wolf, ou encore le guitar-héro Chuck Berry.

Leonard Chess, un rêve en blues

On dit souvent que le rock’n’roll est né à Memphis, dans les studios Sun Records, un jour de juillet 1954. Et même si sa filiation avec le blues est aujourd’hui mondialement reconnue, il est rare d’entendre l’histoire de ce que j’appellerais “le chaînon manquant”. Le blues du début des années 50. Celui de Chicago. Inspiré du deltablues évolué de Robert Johnson. Avec son électrification révolutionnaire, il entraina pourtant l’éclosion du rock’n’roll…

Cadillac Records

L’histoire de Cadillac Records est narrée par le trop méconnu Willie Dixon (incarné par Cedric The Entertainer), contrebassiste et compositeur de la majorité des titres édités chez Chess Records. Mais c’est avant tout l’histoire de Leonard Chess. Durant les années 40, ce juif d’origine biélorusse, gère un night-club de Chicago où se produisent essentiellement des musiciens de blues. Se moquant éperdument de la mentalité ségrégationniste qui perdure à cette époque et passionné de blues, il va se mettre en quête de talents. C’est ainsi qu’il découvre Muddy Waters

Cadillac Records – I’m a Man

De son côté, Muddy Waters vient de quitter les plantations de son Mississippi natal et s’est installé dans le centre de Chicago, où il distrait les badauds en bas de son immeuble en jouant sur son petit ampli. Il fait alors la connaissance d’un prodige de l’harmonica, le jeune Little Walter

Rencontre entre Muddy Waters & Little Walter

Avec le talent de compositeur de Willie Dixon, ces trois-là vont bâtir la légende du blues et celle de Chess Records. Gravant au passage, des titres impérissables et fondateurs comme Hoochie Koochie Man ou Rollin’ Stone.

“Les gens ont commencé à comprendre que si vous saviez manier une guitare et sortir vos tripes sur scène, vous pouviez avoir le monde à vos pieds. Et ça, c’était un sentiment incroyable pour un noir dans les années 50.”
Willie Dixon.

Leonard Chess est un jeune père de famille, féru de blues. Il a vu son night-club périr dans un incendie, et se retrouve miraculeusement en possession d’une grosse somme d’argent remboursée par l’assurance… Nul ne sait s’il a cédé à la tentation de tout brûler et ainsi pouvoir se lancer dans la production. Le fait est que Leonard Chess en rêvait. D’ailleurs, bien que marié et père d’un enfant, il injecte la totalité de son argent dans la construction des Studios Chess Records.

C’est ici que la légende démarre. Inutile de vous dire que la bande-son de ce film est une merveille. On passe des saillies électriques de Muddy Waters (Jeffrey Wright) au magnétisme animal de Howlin’ Wolf (Eamonn Walker). Sans oublier la divine Etta James, jouée par une Beyoncé très convainquante, le dandy Chuck Berry (incarné par Mos Def), et le virtuose maudit Little Walter (Colombus Short).

Beyoncé (Etta James) – I’d Rather Go Blind

Willie Dixon (Cedric The Entertainer) hérite du rôle de narrateur et témoin, pour sa grande contribution au répertoire de ces artistes. Comme à celui des rockers des sixties (Back Door Man, Bring it on Home, Little Red Rooster et bien d’autres).

Alors bien sûr, narrer la biographie d’un producteur et celle de ses artistes dans un film de 1H45 min n’est pas chose facile. Le scénario en souffre indéniablement. On est en droit d’attendre à l’avenir, un film, ou une saga plus complète sur le sujet. Cadillac Records reste un vrai bonheur pour tous ceux qui aiment l’histoire de la musique. Car il offre des moments d’anthologies en pagaille. Jamais il ne se cantonne à l’histoire d’un homme. D’ailleurs, si le talent de Jeffrey Wright (Muddy Waters) finit presque par éclipser la star du film, Adrien Brody et son personnage central (Leonard Chess), comme un bon leader de groupe, il sublime ses partenaires.

Cadillac Records Bande Annonce (VO)

Le film de Darnell Martin fait la part belle au talent de ces artistes hors pair. Malgré les injustices, on est happé par cette époque d’éveil et de changement. Les décors enchanteurs et l’esthétique des 50’s n’y sont pas étrangers. En fait, on a l’impression d’assister à une reconstitution historique. Celle-ci est rehaussée par la qualité cinématographique de la réalisation, et une sublime photographie. Tout cela baigné dans le blues produit un effet sepia envoutant. Un bel hommage aux “acteurs” du blues et du rock’n’roll. A voir, et à revoir.

Cadillac Records
Les véritables Leonard Chess, Muddy Waters, Little Walter et Bo Diddley

Quant aux Cadillacs, c’est le cadeau que Leonard Chess aimait offrir à ses artistes. La plupart d’entre eux étant noirs, dans un monde encore dominé par l’homme blanc, cet excellent producteur (mais piètre gestionnaire) s’efforçait de leur procurer par ce biais, un peu de respectabilité.

Serge Debono

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