Chuck Berry, le premier d’une longue lignée de guitar-heroes

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Le 18 mars 2017, Chuck Berry s’en est allé à l’âge de 90 ans rejoindre une longue légion d’héritiers l’ayant devancé dans l’art de disparaître prématurément. Il fut à la fois l’incarnation de la guitare électrique, et la fibre originelle d’un genre ayant révolutionné l’histoire de la musique.

Une éclosion tardive

Charles Edward Anderson Berry alias Chuck Berry naît le 18 octobre 1928 dans la ville de Saint-Louis (Missouri). Un endroit idéal pour débuter une carrière musicale. Pourtant, et c’est bien ce qui le différencie des autres pionniers du rock’n’roll, quand cette musique explose à la face du monde, Chuck a déjà 26 ans !

Ses parents appartiennent à la classe moyenne, son père est diacre et sa mère institutrice. Chuck grandit dans un quartier prospère, facteur sensé favoriser sa réussite et son épanouissement. Mais dans la musique, plus qu’ailleurs, les voies des seigneurs sont impénétrables

le jeune Chuck Berry
Chuck Berry enfant

A 13 ans, il rejoint ses parents dans la chorale de l’église, et intègre celle de son école où il s’initie à la guitare. Tout semble aller pour le mieux dans la vie du jeune Chuck Berry. Arthur Rimbaud disait « On n’est pas sérieux quand on a 17 ans. » Le premier guitar-hero de l’histoire, surnommé un temps « le poète », semble en avoir pris acte. En 1944, il est arrêté complètement ivre à Kansas City. Il va passer quatre ans dans une maison de correction pour vol de voiture et braquage. Il en profitera néanmoins pour apprendre la boxe, et travailler le chant au sein d’une chorale.

« J’ai grandi en pensant que l’art était forcément une image, jusqu’à ce que je fasse de la musique et que je me rende compte que j’étais un artiste qui ne peignait pas. » Chuck Berry

En 1950, marié et père d’une petite fille, il cumule les emplois pour subvenir aux besoins du foyer, arrondissant ses fins de mois au sein de groupes de blues dans les juke joints de Saint-Louis, comme celui du pianiste Johnnie Johnson. Son style s’inspire beaucoup de celui du guitariste T- Bone Walker.

TBone Walker
T-bone Walker

La country et Chess Records

C’est alors que Chuck fait la rencontre de Muddy Waters lors d’une visite à Chicago. Ce dernier, musicien chevronné, semble s’épanouir chez Chess Records et le recommande à sa maison de disques. Léonard Chess, conscient que le courant rythm & blues est en passe de s’essouffler, repère un morceau original dans le répertoire de Chuck Berry. En effet, le guitariste a la singulière habitude de mettre de la country dans son blues. Comme sur cette reprise de Bob Wills, « Ida Red » rebaptisée…

Chuck Berry – Maybellene

Chuck bénéficie de la présence à ses côtés du pianiste Johnnie Johnson, et du compositeur et contrebassiste Willie Dixon dont le répertoire alimentera grandement par la suite, celui des Rolling Stones, de Led Zeppelin et de nombreux groupes de rock des sixties.

L’idole des jeunes

En 1955, au milieu de la vague rockabilly, son phrasé issue du blues et des quartiers de Saint-Louis tranche dans le vif. Sa maîtrise de la country-music, sa cool-attitude et son fameux pas de canard, lui ouvrent les portes d’un large public.

Chuck et son célèbre pas de canard

Pourtant, c’est bien son talent de guitariste, ses solos récurrents, et ses riffs reconnaissables entre mille qui vont devenir son atout majeur. En 1957, quand paraît son premier opus, la légèreté des thèmes abordés (malgré son âge avancé), lui garantit un auditoire jeune et enthousiaste…

Chuck Berry – School Days

L’année suivante, Chess Records publie son second opus, One Dozen Berrys, d’où émergent quelques titres :

Chuck Berry – Sweet Little Sixteen

Ainsi que ce standard inépuisable du genre dont je vous propose une version live avec la tigresse, Tina Turner !

Chuck Berry – Rock’n’roll Music

Chuck Berry ne fait pas dans l’esbroufe et la surenchère, et semble tenir une recette imparable. En vu d’un troisième opus, il enregistre des titres qui ne vont pas tarder à passer à la postérité. Celui-ci fera le bonheur des Stones

Chuck Berry – Carol

Et si vous cherchez une explication à son surnom « Crazy Legs », là-voici dans cette scène tirée du film Go Johnny Go !

Chuck Berry – Little Queenie

Certains de ses titres sont devenus de telles références qu’ils constituent même la clé de voûte du rock’n’roll. Comme l’incontournable et flamboyant…

Chuck Berry – Johnny B. Good

Chuck Berry n’avait pas de goût prononcé pour l’alcool, et n’était pas un adepte des drogues. Il n’avait qu’un seul vice… les filles ! Il était en passe de devenir la plus grande vedette noire-américaine de toute l’histoire de la musique, lorsqu’il fut arrêté une première fois à la frontière mexicaine en compagnie d’une jeune-fille de 17 ans. Plus tard, soupçonné de viol, une de ses employées portera plainte contre lui. Malgré des témoignages divergents et douteux, Chuck sera finalement condamné à 20 ans de prison ferme.

Au cours de son long séjour, il écrit ce titre marquant et réactualisé en 1994 par Quantin Tarantino dans son film Pulp Fiction…

Chuck Berry – You Never Can Tell

Le retour à la vie

Sorti au bout de cinq ans pour bonne conduite (ou insuffisance de preuves…), il mettra de longs mois à se remettre de cette incarcération, durant laquelle Chess Records publie des compilations faîtes de standards et d’inédits.

« Si on devait rebaptiser le rock’n’roll, on l’appelerait Chuck Berry ! » John Lennon

Quand Léonard Chess met la clé sous la porte, Chuck Berry signe un contrat chez Mercury. Encore une fois, il va surprendre son monde. Généralement la quintessence d’un artiste se définit à travers un ou deux albums particulièrement inspirés. En 1967, en pleine vague psychédélique, Chuck Berry ré-enregistre ses titres majeurs de la fin des années 50 au sein d’une compilation intitulée sobrement Golden Hits. Un ouvrage rendant enfin justice à ses créations. Un hommage parfait à ce guitar-hero nonchalant, père spirituel de Keith Richards, et source d’inspiration de nombreuses générations lui ayant succédé.

Chuck Berry’s Golden Hits

Serge Debono