Chris Isaak et la mélancolie chromée de Silvertone

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Il était une fois un rocker 50’s perdu dans les 80’s…

La carrière de Chris Isaak démarre avec l’album Silvertone, paru en janvier 1985. Un titre qui en dit long sur son orientation musicale…

Chris Isaak

En effet, Silvertone est une marque de guitare très répandue durant les années 50 et 60. C’est aussi le nom du tout premier groupe formé par Chris Isaak. Un groupe de rockabilly qui va le suivre de nombreuses années dans ses aventures.

Enfin Silvertone en anglais, signifie argenté, une teinte en adéquation avec ses influences 50’s…

Chris Isaak – Gone Ridin’

Si on retrouve l’esthétique chromée des 50’s, l’insouciance frénétique de cette époque n’est pas présente dans son oeuvre. Chris Isaak empreinte sa moue boudeuse au King et à Ricky Nelson. Seulement, il émerge en plein milieu des 80’s, et son vague à l’âme est réel. Si bien qu’il embaume son rock anachronique d’un voile sombre, addictif, et peut-être plus en phase avec la réalité de son époque.

Chris Isaak – Unhappiness

Quand Silvertone atterrit dans les bacs de France et de Navarre, on s’imagine que ce crooner mélancolique au physique d’Elvis doit déjà cartonner outre-atlantique. Mais il n’y a guère que l’Australie et la France pour s’émouvoir de ses plaintes délicieuses…

Chris Isaak – Talk to Me

En Europe, sa voix noyée d’écho trouve son public. Le courant New Wave, et la mode des nouveaux romantiques, malgré une banalisation des sonorités synthétiques et électroniques, lorgne ostensiblement sur la candeur et l’esthétisme chromée des 50’s.

Et puis, heureusement, une mode n’est jamais tout à fait exclusive. En 1985, en France certains conduisent une 205 Turbo. Ils ont une cassette de Kajagoogoo dans l’autoradio, portent deux boucles d’oreilles, et un costume blanc manches relevées. Pendant que d’autres redressent le col de leur Perfecto, sculptant leurs cheveux gominés, en regardant dans le rétroviseur chromé d’une Triumph. Ceux-là écoutent Chris Isaak…

Chris Isaak – Tears

Comme on le sait, l’Amérique regarde toujours devant. Cela ne fait pas les affaires de notre crooner. Pour exister, le rock primal des Stray Cats est contraint de s’exiler en Angleterre. Aux Etats-Unis ce sont le Rock Fm et le Funk synthétique qui trustent le haut du Billboard.

Le single Dancin’ figure bien dans un épisode de Miami Vice, et Chris Isaak parvient enfin à se faire connaître sur ses terres… sans pour autant intégrer le top 100 !

Chris Isaak - Silvertone

Pourtant, avec son tempo hypnotique et sa guitare-sonar lancinante, ce titre à la fois divin et hanté, ne peut laisser indifférent. Lorsque la voix désenchantée nous narre son calvaire amoureux, et l’étrange danse mortifère qu’elle s’impose, on ne peut qu’épouser son chemin de croix…

Chris Isaak – Dancin’

Si le Boss (Springsteen) soutient la cause sur son album Nebraska, et sur quelques titres de Born in the USA (I’m on Fire), là-bas c’est plutôt dans le domaine visuel que la vague vintage opère. Le film Outsiders de Francis Ford Coppola, Retour vers le Futur de Robert Zemeckis, ou encore les clips de Michael Jackson (Billie Jean, Beat it, Thriller) et Madonna (Material Girl).

La voix et le son de Chris Isaak avaient pourtant de quoi bonifier quelques productions hollywoodiennes…

The Lonely Ones

Heureusement, ce chanteur d’un autre âge possède sur ses terres un fan de la première heure, le chanteur John Fogerty, ex-leader du groupe Creedence Clearwater Revival.

En 1986, l’ingénieux David Lynch et son film Blue Velvet finissent par offrir une oreille attentive et un peu de reconnaissance à Chris Isaak.

Chris Isaak – Livin’ For Your Lover (Blue Velvet)

Serge Debono

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