THE GOOD, THE BAD & THE QUEEN : leur premier album

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London’s Burning !

The Good, The Bad & The Queen
The Good, The Bad & The Queen : Paul Simonon, Damon Albarn, Tony Allen, Simon Tong

Dans les années Soixante et Septante, comme diraient nos lecteurs Belges, on appelait déjà ça un supergroupe, au hasard Cream ou le Jeff Beck Group. En 2006, Damon Albarn, le leader de Blur et Gorillaz, multi activiste génial ou tête à claques pour certains, projette un album en solo avec l’aide du batteur de Fela Kuti, l’inventeur de l’Afrobeat, Tony Allen. Un autre sbire, Simon Tong, le guitariste émérite de The Verve, qui a déjà travaillé sur des chansons de Blur et au sein de Gorillaz, est également de la partie. Enfin, le producteur et musicien Brian Burton alias Danger Mouse doit peaufiner les morceaux. Après quelques prises au Nigeria, Albarn fait écouter ses démos à… Paul Simonon, le mythique bassiste de Clash, vite séduit par la perspective de coller à la batterie d’Allen et de rejoindre la fine équipe. On ne parle plus de solo mais de groupe. D’ailleurs, quel patronyme ? Aucun ! Pourtant, en Octobre 2006, sort Herculean, le premier extrait, sous le nom de The Good, The Bad & The Queen. Encore un clin d’œil aux westerns de Sergio Leone ?

The Good, The Bad & The Queen – Herculean (2006)

D’emblée, cette création nous plonge dans un univers sonore so british, plus proche des scénettes de Ray Davies dans les albums conceptuels des Kinks que des démonstrations de power chords de la Britpop. La prédominances des claviers en tout genre joués par Albarn et  Burton – piano, orgue, synthés -, la rythmique faussement nonchalante – cette manière qu’a Allen de glisser sur le temps pendant que Simonon tisse sa trame -, les chœurs mélancoliques puis grandioses, la guitare en fuzz discrète, et même une section de cordes accompagnent la voix souvent traficotée. Le chanteur présente les images d’un Londres de fin de règne : canal sombre, usines, et amours funestes.

DOUZE MINIATURES

L’album paraît finalement le 22 Janvier 2007 avec uniquement l’appellation The Good, The Bad & The Queen. Il comporte douze titres, douze miniatures londoniennes. La pochette affiche d’ailleurs une illustration d’un grand incendie de Londres, comme en 1666, une création du Paulo, peintre à ses heures. Quand on sait que le Clash chantait déjà en 1977 London’s Burning

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History Song ouvre le recueil tel un parfait condensé : intro avec les arpèges de l’acoustique rouillée de Simon Tong, la voix éraillée de Albarn, la basse Fender en infra dub du Clash Man, de l’orgue de foire, du piano de bar et les battements atypiques d’Allen. Le tout s’achève dans un délire néo psychédélique que n’aurait pas renié le dandy Kevin Ayers.

History Song – The Good, The Bad & The Queen (2007)

80s Life évoque plus une ballade rock des années 50 par ses accords de piano martelés et de guitare. Mais une autre gratte à la Syd Barrett déglingue quelque peu le morceau. Notons aussi le boulot des chœurs. Albarn évoque la police dans les rues, une guerre, peut-être le conflit des Malouines avec l’Argentine en 1982. Des visions de l’Angleterre sous Thatcher et sous hallucinogènes.

80s Life

La troisième plage (sic), Northern Whale, a tout d’une étrange comptine mélangeant électro discrète, percus et slide encore floydienne en écho. Cette fois, on visite l’estuaire de la Tamise où une pauvre baleine s’était égarée avant de succomber malgré les efforts déployés. Belle allégorie…

Northern Whale

Autre single, sorti une semaine avant le LP, Kingdom Of Doom s’avère l’un des meilleurs titres. L’entame de la guitare acoustique, le percutement d’une réverbération à ressort – un truc d’Ennio Morricone -, le piano, le mellotron (?) et la 6 cordes électrique toujours psyché  accompagnent une superbe mélodie. Le chanteur déguisé en prophète du Malheur imagine un Londres en guerre submergé par les flots. Le contexte de la participation de la Grande-Bretagne au conflit irakien à partir de 2003, malgré une forte opposition – dont celle d’Albarn et d’autres artistes -, y est sans doute pour quelque chose… Curieusement, la seule vidéo de l’album nous invite à un breakfast en compagnie de ces gentlemen.

Kingdom Of Doom

Après Herculean, Behind The Sun et The Bunting Song (Morceau du  début de la seconde face en vinyle.) pourraient figurer parmi des ballades abandonnées de Magical Mystery Tour ou de The Piper At The Gates Of Dawn, avec toujours ce spleen très britannique et ce regret d’un paradis perdu…

Behind The Sun

Nature Springs et A Soldier’s Tale fourmillent encore d’allusions plus ou moins guerrières ou même sous-marines : Everyone is a submarine, Looking for a dream far away. La rencontre des différents univers des musiciens, d’une section de cordes et de multiples références tels des sifflements renforce l’expérience sonore inédite.

Nature Springs

S’il y a un défaut dans le déroulé du disque, c’est le manque de tempos plus enlevés, plus véloces. Heureusement, la dixième étape, Three Changes relève le propos. Après une intro de ducasse à la Mr. Kite, le quatuor sort des merveilles du chapeau haut de forme tandis que Allen joue en roue libre, avant un final Simonien rappelant les glorieux reggae de la bande à Strummer and co. Incontestablement, un autre sommet.

Three Changes.

A l’origine, Damon Albarn avait bossé sur une démo pour Marianne Faithfull, un brouillon vite oublié paraît-il car le gars ne semblait pas des plus sobres ce jour-là. La chanteuse iconique l’enregistra ensuite sous le titre Last Song.

Marianne Faithfull – Last Song – Before The Poison (2004)

En réécoutant la chose, le quatuor décide de la retravailler en modifiant aussi les paroles. Une bonne idée car Green Fields devient ainsi l’un des bijoux de cette collection et le 3e échantillon en single. Sur un air nostalgique, tournoyant en valse pendant les refrains, le chanteur dessine à nouveau un monde disparu.

Green Fields

L’éponyme The Good, The Bad And The Queen clôt en majesté ce recueil. Après une intro de piano bastringue et une courte séquence vocale, les quatre augmentés de la section de cordes se lancent dans un long crescendo épique et dingo, montant vers une improbable acmé.

The Good, The Bad And The Queen

ÉPHÉMÈRE

Cette nouvelle entreprise rencontrera pourtant un accueil contrasté des esthètes, entre enthousiasme convaincu et déception, “tout ça pour ça” écriront même hâtivement les grincheux… Les chanceuses et chanceux qui assisteront aux restitutions publiques ne partagent sans doute pas cet avis au vu de l’intensité des performances.

Three Changes Live At St Denis (2007)

Avec le recul des années, ce premier LP demeure une œuvre attachante et différente, dépassant la simple addition des talents du quartet. Ne négligeons pas la production fine et personnelle de Danger Mouse, pour beaucoup dans l’unité et l’originalité sonores de ces douze vignettes. Le collectif au début éphémère d’après les propos des musiciens eux-mêmes, sera prolongé à l’occasion d’un second volume – Merrie Land – onze ans plus tard, en 2018, nouvelle chronique mi-douce, mi-amère d’une Albion en plein Brexit. Après une dernière tournée en 2019, l’aventure de The Good, The Bad & The Queen se terminera à la mort de Tony Allen en Avril 2020. Albarn conclut dans Green Fields :

All we ever need is destiny

All we have is dreams

Bruno Polaroïd

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