Marianne Faithfull – L’Enfer et le Paradis

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Marianne Faithfull : qui est-elle vraiment ?

Marianne Faithfull et Mick Jagger

Deux livres et un CD nous la remettent en mémoire:

Elle a aujourd’hui 72 ans et vient de sortir un nouveau disque, Negative Capability. Pour coïncider avec l’événement musical, deux livres qui lui sont entièrement consacrés arrivent chez les libraires le 31 décembre : « Marianne Faithfull : un condensé de l’Histoire » de Michel Arouimi (cliquer ICI) et « Marianne Faithfull : la petite sœur du rock » de Didier Delinotte  (cliquer ICI).

Marianne Faithfull

L’année 1964

Fille d’aristocrates née en 1946, Marianne attire l’attention des Rolling Stones qui lui proposent d’enregistrer une de leurs compositions avant qu’eux-mêmes ne la publient, As Tears Go By.

Le succès est immédiat.

Marianne est même l’une des rares chanteuses anglaises à impressionner les Américains. Dans la foulée elle enregistre neuf chansons en français (« A bientôt nous deux », « Coquillages », « Les Parapluies de Cherbourg »…).

Un coup Dunbar, mars, et ça repart…

En 1965 elle épouse John Dunbar, un directeur de galerie d’art, et un loser : dans l’entourage des Stones, les femmes changent rapidement de draps.

Après la naissance de leur fils, Marianne quitte John pour vivre une torride mais dangereuse histoire d’amour avec Mick Jagger, avec des hauts et des bas… mais des bas plus fréquents que les hauts, en partie en raison de leur terrible consommation de drogue, notamment l’héroïne dont Marianne ne peut pas se détacher.

Marianne Faithfull : La déchéance…

En 1967, la police apprend que Keith Richards prévoit une party monstre en son cottage, et dépêche une escouade ; deux membres des Rolling Stones sont arrêtés (les trois autres seront désormais étroitement surveillés). Dans la foulée, les flics ramassent Marianne, complètement nue et défoncée… et l’on parle d’une barre Mars vraiment déplacée (pour voir le livre « ROLLING STONES 1967 : hargne, drogue et rock’n’roll », cliquer ICI)  :

« Nous représentions un exemple considéré comme dangereux pour la jeunesse anglaise et même américaine et c’est pour cela que les politiciens ont voulu nous coincer et faire un exemple ultramédiatisé. Derrière cette descente de flics, il y avait les Services secrets anglais et la CIA. Ce sont eux qui nous ont envoyé un dealer chargé de nous faire tomber. Le type a gagné notre confiance, introduit des produits stupéfiants chez Keith et, au petit matin, la police débarquait. (…) J’aimerais, une fois pour toutes, dire à quel point cette expérience a été traumatisante. J’en tremble encore quand j’y pense. Et je suis toujours blessée, au plus profond »

(Marianne Faithfull, Télérama n°2899).

Après l’héroïne, c’est à la cocaïne que Marianne devient accro.

Enceinte, elle perd l’enfant qu’elle attendait de Jagger. Bien plus tard, elle admettra que la drogue a vraiment ruiné sa vie…

Grand écran

Avec un physique comme le sien, rien d’étonnant à ce qu’on lui propose de tourner au cinéma. C’est d’abord, en 1966, « Made in USA » sous la direction de Jean-Luc Godard, et en 1967 le scandaleux I’ll Never Forget What’s’isname. Interdit aux Etats-Unis à cause d’une scène de fellation, c’est également le premier film à porter le mot Fuck dans le dialogue.

En 1968 elle tourne dans « Anna », une comédie musicale dont les chansons sont signées Serge Gainsbourg, et en 1969, dans « La Motocyclette » avec Alain Delon pour partenaire.

En 1969, Marianne Faithfull publie « Sister Morphine »

La chanson est également publiée par les Rolling Stones. Ils l’avaient écrite ensemble… Seulement voilà, les Stones sont de sales machos qui adorent le pognon. Pendant des années, Marianne ne fut pas co-créditée. Elle a dû traîner l’affaire devant les tribunaux. Et elle a gagné son procès ; vingt ans plus tard, on lui reconnut enfin la paternité (enfin, la “maternité”) de la chanson.

En 1970 Marianne faithfull se sépare définitivement de Mick Jagger

Elle perd également la garde de son fils après une tentative de suicide.

Au milieu des années 70, elle épouse Ben Brierly, leader du groupe punk Vibrators.

En 1975 elle publie un album assez terne, «Dreamin’ my dreams». La voix désormais cassée par l’alcool et les cigarettes, alors que tout le monde y compris ses fans l’avaient oubliée, elle publie l’album « Broken English » et grimpe allégrement au hit-parade en 1980 avec « The Ballad Of Lucy Jordan » qui conte, en gros, l’histoire d’une femme plus très jeune qui se demande si elle n’a pas raté sa vie. La chanson poursuivra sa carrière deux ans plus tard dans la bande du film suédois « Montenegro » titré en France « Les Fantasmes de madame Jordan », et dans la B.O. du road movie « Thelma & Louise ». Mais ce retour au vedettariat n’a en rien calmé son addiction et elle donne souvent, en public, l’image d’une épave.

Marianne Faithfull se ressaisit enfin

Au milieu des années 80 elle accepte de se faire soigner. Hélas elle rencontre Howard Tose, un malade mental, junkie de surcroît, et en tombe amoureuse. Bien que toujours mariée avec Brierly, elle s’installe avec Tose qui sautera par la fenêtre du confortable appartement qu’ils partageaient. Du 14è étage, ça ne fait pas de cadeau.

La vie de Marianne ressemble de plus en plus à celles de Billie Holiday et de Bessie Smith. Comme elles, Marianne va dès lors se tourner vers le blues et le jazz…

Dans les années 90 et 2000 elle figure au générique d’énormément de films et de téléfilms. La critique et le public en ont surtout retenu « Irina Palm » en 2007. Marianne continuait de surprendre, c’est le moins qu’on puisse dire, avec ce rôle de sexagénaire obligée de prendre en main son… destin : engagée dans un club londonien, au lieu de servir le thé comme elle le croyait, l’héroïne du film se retrouve à masturber des hommes à travers une cloison. Un film qui ne laissa personne indifférent.

Daniel Lesueur