Rolling Stones : leurs pochettes de disques censurées

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Une braguette, des toilettes publiques, des doigts coupés…

Rolling Stones maquettes

Est-ce bien sérieux ?

Victimes de leurs idées parfois trop originales, les Stones virent certains de leurs projets annulés ou remis à une date ultérieure, comme celui-ci :

Les Rolling Stones sont très certainement le groupe qui a vu le plus grand nombre de ses projets de pochettes refusés par sa maison de disques. Et quand ce n’était pas le cas, il y a souvent un grain de sable imprévu qui empêchait la parfaite commercialisation d’un projet qui leur tenait à cœur.

Tout a commencé en 1965…

Could You Walk On The Water (Pourrais-tu marcher sur l’eau) était le titre annoncé d’un 33 tours des Rolling Stones qui n’a jamais dépassé le cap du projet. A coup sûr, il n’était pas dédié à Brian Jones, retrouvé noyé dans sa piscine le 3 juillet 1969.

Cette allusion trop évidente à Jésus ne pouvait qu’irriter Decca, leur compagnie discographique, qui refusa catégoriquement de commercialiser le disque sous un tel titre. Bien leur en prit: quelques mois plus tard, John Lennon déclenchait un raz-de-marée médiatique en déclarant publiquement que les Beatles étaient plus célèbres que le Christ.

Could You Walk On The Water passa à la trappe mais sa pochette était prête à partir à l’imprimerie. Un travail si avancé ne pouvait qu’avoir laissé des traces et le crayonné initial, retrouvé par un collectionneur, indique que la pochette fut à peine modifiée pour servir d’écrin à l’album « Big Hits (High Tide And Green Grass) ».

Street Fighting Man

rolling stones street fighting man pochette rare
rolling stones street fighting man pochette rare

Un titre de circonstance que les Rolling Stones enregistrent au moment des évènements de mai 68 alors que des échauffourées éclatent un peu partout dans le monde. Quelques mois auparavant, c’était l’été des hippies, l’été des fleurs, “l’été de l’amour”. Les Rolling Stones eux-mêmes chantaient un hymne à la paix, We Love You.

Aux Etats-Unis, le 45 tours devait être publié sous une pochette illustrée qui, finalement, fut interdite. Elle représentait des gens se battant dans la rue. Or, aux States, la période était chaude (émeutes raciales), et Street fighting signifie « émeute, combat de rue ». En Angleterre, la chanson ne fut publiée sur 45 tours que trois ans plus tard. Le temps nécessaire, sans doute, pour que se calment les esprits des étudiants et des prolétaires.

La pochette de « Sticky fingers » interdite en Espagne

Sticky Fingers est le premier disque du groupe paru sur son propre label, Rolling Stones Records, après sept ans passés sur la firme Decca. Même signée Andy Warhol, une braguette ne convenait pas sous le régime franquiste. Elle est donc remplacée par une autre pas plus convenable ! Beaucoup de collectionneurs de disques restent persuadés que l’édition originale de Sticky Fingers des Rolling Stones (celle avec une braguette en véritable fermeture éclair), vaut très cher. Or il y en a eu des millions d’exemplaires vendus dans le monde, donc ce n’est pas rare… malgré la fermeture éclair ! En revanche, beaucoup plus rare est l’édition sortie uniquement en Espagne.

Brown Sugar - Rolling stones
Brown Sugar – Rolling stones

La braguette de Warhol fut censurée et remplacée par une pochette tout aussi étonnante : des doigts de femme coupés qui sortent, sanguinolents, d’une boîte de conserve.

1973 :  Star Star

Un titre des Rolling Stones qui peut sembler bien anodin. Sauf qu’à l’origine la chanson devait s’intituler Star Fucker, profession de foi des groupies, ce qui aurait sans doute conduit de nombreuses radios à la bannir de leur programmation, pour ne pas placer les animateurs dans la position délicate de proférer une obscénité à l’antenne.

1978 :  Some Girls

Les Rolling Stones, réputé groupe le plus violent des années 60, ont mis de l’eau dans leur rock. Leurs succès de la décennie suivante sont sucrés, tendance mièvre: Angie (dédié, paraît-il, à Angela Bowie), Miss You, Fool To Cry. Pour leur album « Some Girls », les Stones ont voulu célébrer quelques filles superbes et mondialement connues, une vingtaine parmi les plus belles du vingtième siècle.

Et le droit à l’image?

Ce n’est qu’une fois la pochette imprimée et l’album en stock chez les disquaires que les Rolling Stones réalisèrent qu’ils avaient oublié ce qu’on appelle le droit à l’image: les protestations et les interdictions se multiplièrent de la part de Faraw Fawcett, Lucille Ball, Rachel Welch, Liza Minelli qui n’acceptait pas la présence de sa mère défunte Judy Garland sur la pochette et enfin les représentants légaux de Marilyn Monroe. Bref c’était quasiment plus de la moitié de la pochette qu’il fallait refaire. Et elle fut refaite. Heureux sont aujourd’hui ceux qui achetèrent l’édition originale au moment de sa sortie !

Daniel Lesueur – Culturesco