1963 : Londres, plaque tournante de la prostitution et de l’espionnage

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Sexe et politique font bon ménage

Que du beau linge, du ministre Profumo au président Kennedy

Christine Keeler au tout début des années 60
Christine Keeler au tout début des années 60

Drogue, sexe, prostitution, espionnage…

Un scandale auquel sont mêlés des hauts dignitaires éclate en Angleterre en 1963. Ce sujet, 56 ans plus tard, reste encore brûlant en Grande-Bretagne au point qu’une comédie musicale intitulée Stephen Ward a déplacé les foules encore récemment… sans oublier la série The Crown

Stephen Ward, comédie musicale inspirée de l'affaire Profumo
Stephen Ward, comédie musicale inspirée de l’affaire Profumo

Brûlant au point aussi que l’ex-Premier ministre John Major, après avoir eu accès aux fiches secrètes du dossier (« so explosive », les définit-il) décida de les enfouir à nouveau pour une période de 70 ans. Bref, ce n’est qu’en 2063 que les Anglais apprendront et découvriront ce que révèle un livre sorti sur ce sujet, Sexpionnage à Londres (éditions Camion Noir. Cliquer ICI).

Christine Keeler, Mandy Rice-Davies et Mariella Novotny

Mandy Rice-Davies et Christine Keeler, deux belles jeunes filles délurées et représentatives de la révolution sexuelle en marche, ont fait vaciller le pouvoir conservateur britannique au début des années 1960. De l’autre côté de l’Atlantique, Mariella Novotny devenait la maîtresse du président John Kennedy après avoir été celle du ministre anglais Harold MacMillan.

Mandy Rice-Davies

En Grande-Bretagne, ses frasques ont éclaboussé jusqu’aux postes les plus hauts du gouvernement. Paraissant plus mûre que son âge, Mandy était mannequin à 15 ans. L’année suivante, elle décrochait un job de go go girl dans un club huppé de Soho où son chemin croisa celui de Christine Keeler…

Pourtant, quelle sage jeune fille en apparence !

Christine Keeler

D’abord danseuse seins-nus puis call girl de haut vol, en 1960 Christine a pour l’heure un protecteur puissant en la personne d’un ministre, John Profumo. Elle présente à Mandy deux hommes influents, Peter Rachman et Stephen Ward. Deux hommes qui vont trouver la mort quelques mois plus tard…

Ward était-il un entremetteur ?

Toujours est-il qu’il se suicidera en 1963 après avoir été accusé de faux témoignage, de trafic de drogue, de chantage et de proxénétisme. Quant à Rachman, un lord marié et respectable, il devient l’amant de Mandy et installe la jeunette dans la maison où il a précédemment installée Christine Keeler, son ex-maîtresse.

Un chaud lapin, le lord !

Héros pendant la Seconde Guerre mondiale, sa bonne réputation lui permet de se faire un fric monstre sur le dos d’immigrés qui ne peuvent pas obtenir de logements dans la capitale: il leur loue à des prix exorbitants des bicoques qu’il a rachetées à vil prix. Depuis, les Anglais ont inventé le terme de rachmanism pour désigner les logeurs cupides. Officiellement il meurt d’une crise cardiaque Il n’a que 42 ans… et c’est fin 1962, au moment où s’apprête à lui exploser au visage l’affaire Profumo dite aujourd’hui Le Scandale, du titre du film sorti en 1989.

Durant l’été 1961, Profumo, ministre de la Guerre, décide de rompre toute relation avec Christine Keeler car il vient d’apprendre qu’elle couche également avec Evgueni Ivanov, un agent russe en poste à Londres.

On ne peut s’empêcher, deux ans plus tard, de prononcer le mot « espionnage ».

Le 14 décembre 1962, soit quelques jours seulement après le décès de son protecteur (ou souteneur?), tandis que Mandy reçoit la visite de Christine Keeler, un amant de cette dernière, un certain John Edgecombe, tente d’entrer par force en tirant plusieurs coups de revolver à travers la porte. L’incident attire l’attention de la police. Les autorités se mettent alors à enquêter, un peu tardivement, sur les relations des filles.

Et valsent alors les noms de leurs clients…

Que du beau linge, principalement des politiciens qui, en remontant jusqu’au ministre John Profumo, n’ont plus qu’à démissionner.

En juin 1963, Mandy a intérêt à ne plus se faire pincer

Elle abandonne la prostitution, se convertit au judaïsme, épouse un homme d’affaires israélien. Ils ouvrent à Tel Aviv plusieurs restaurants et boîtes de nuit sous l’enseigne «Chez Mandy». On croit à un moment que sa notoriété a dépassé les frontières lorsque le Premier ministre malaisien, en arrivant à Londres, à la question « Que désirez-vous le plus en arrivant à Londres ? » répondit « I want mandi (Mandi, en malais : prendre un bain) ».

Christine Keeler, qui n’a plus rien à perdre, vend ses révélations à la presse

Se prend-elle pour une star? Boostée par le succès, les projets de film, de livres, elle se fâche avec son manager. Celui-ci, pour se venger, fait parvenir à la justice des enregistrements où Keeler reconnait que les accusations contre un ancien amant sont de pures inventions. Inculpée de faux témoignage (parjure), elle est condamnée à neuf mois de prison mais n’en fera en réalité que quatre.

Mariella Novotny

De son vrai nom Stella Capes, elle se prétendait nièce du président tchécoslovaque Novotny ; d’aucun assurent que c’est vrai et que Capes est le nom de l’homme qui la fit sortir du camp où elle était restée enfermée quatre ans pour la conduire à Londres. Loin d’être une oie blanche, elle est devenue strip-teaseuse à la mort de son père, histoire d’aider sa mère financièrement.

En décembre 1959 elle rencontre Horace Dibben de 36 ans son aîné, un richissime dépravé sadomasochiste féru de magie noire, négociant en oeuvres d’art et propriétaire de night clubs.

Du côté de Dibben, c’est le coup de foudre. Mariella, pour qui le sexe n’est qu’un jeu qu’elle préfère laisser aux autres pourvu qu’elle puisse regarder, accepte de l’épouser à condition qu’elle ait toute liberté de vivre comme elle l’entend, en toute indépendance.

La cérémonie, fastueuse, avec champagne à go-go pour une centaine d’invités, a lieu un mois plus tard, le 29 janvier 1960, au Black Sheep, un club appartenant à Dibben. Il met dans la corbeille de la mariée une propriété de vingt pièces dans le Sussex datant du XVIe siècle et un somptueux appartement londonien en sous-sol, jouxtant Hyde park, et dans lequel elle pourra recevoir vingt, voire trente convives. Pour faire bonne mesure, en bon spécialiste des XVIIe et XVIIIe siècle qu’il est, il ajoute une bague vieille de 200 ans ornée d’un diamant et d’un saphir.À leur mariage, Dibben et Novotny ont pour témoin le famélique docteur Sugden. La jouvencelle est encore vierge et le dépucelage prendra paraît-il près d’un mois. Une fois fait, elle dira qu’elle « s’attendait à mieux. On en fait tout un foin pour pas grand chose ».

 

Daiel Lesueur – Cultures co