LOVE AND ROCKETS : les avatars des musiciens de Bauhaus – 3e partie

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La culture se partage !

Le LP Love And Rockets et les albums solos

LAR en 1989
Love And Rockets en 1989 : David J, Kevin Haskins, Daniel Ash

Tout musicien, talentueux ou non, ne peut ignorer le contexte de sa musique. En 1989, le son décapant des premiers Pixies secoue l’Amérique et annonce le Grunge tandis que la scène anglaise menée par The Jesus And Mary Chain et My Bloody Valentine joue à celui qui sonnera le plus fort en accumulant les fuzz et autres boîtes d’effets, et par là-même les acouphènes des spectateurs (Souvenirs de l’auteur…) ! Ça ne tombe pas dans l’oreille d’un sourd (Ah ah !), voire trois car Daniel AshDavid J. et Kevin Haskins se souviennent alors des déflagrations soniques de leurs débuts crépusculaires avec Bauhaus : Double Dare, In The Flat Field et autres Lagartija Nick ! “Ah ils vont voir et même entendre ces jeûnots ! “ pensent-ils sans doute.

LE PLUS ABRASIF

Dont acte ! Quand sort ce quatrième opus courant 1989, on comprend vite que Love And Rockets présente son disque le plus abrasif. Plus de concept, plus d’acoustique comme pour le LP précédent (Lire Love And Rockets – 2e partie) ou presque, retour à l’essentiel. D’ailleurs plus de titre d’album non plus, il ne reste que de l’amour et des fusées !
Lors d’un des rares entretiens que la presse française accorde au groupe, Ash raconte qu’ils ont voulu renouer avec les trois accords d’un Rock primaire au son brut, comme les Cramps : basse, guitare ou fuzzbass, batterie, chants.
Effectivement, toute la première face affiche une instrumentation stricte et un festival de distorsions, d’écho, de réverbération, mais aussi de rythmiques quasi industrielles. Même les voix sont parfois traficotées et saturées. Ainsi l’ouverture cinglante et autocensurée **** (Jungle Law), ou la seconde plage, avec ses 2 basses (!!) dont une au son de tondeuse ou de ponceuse au choix, ses chorus d’harmonica et Ash qui déclame “T’es pas une bonne affaire ! “

Love And Rockets – No Big Deal – Love And Rockets (1989)

Les gars se paient même le culot de placer en 3e position un morceau ambiant et inquiétant avec plaintes de saxo et voix cachées, The Purest Blue, avant le diptyque Motorcyle / I Feel Speed célébrant la vitesse en moto et les dérapages incontrôlés – Ash affectionne les grosses cylindrées -. On imagine bien le plaisir pervers des deux guitaristes en balançant le maximum de larsen alors que le tambour major Haskins  retrouve ses martèlements Glitter Rock. Une pure dose d’électricité !

Motorcycle

La seconde face débute dans le même esprit pour Bound For Hell mais s’assagit quelque peu pendant le très beau et bluesy Teardrop Collector.

Bound For Hell

NUMÉRO 3

Puis arrive LE truc. Une intro avec batterie au tempo entraînant, un accompagnement guitare / basse discret, des sons fantômes de synthés et le Daniel qui prend sa voix la plus sexy pour murmurer “I’m alive…” tandis que des chœurs féminins à la Floyd période Dark Side chantonnent et font des  “Ouh ouh !”. Le tout évoque aussi un T.Rex de l’ère numérique. Ce morceau trouvé par Ash, travaillé par le trio en quelques heures, va TOUT changer. Diffusé d’abord sur les Radios Indées et la chaîne MTV avec sa vidéo tout en longues jambes, il perce le plafond de verre et bouscule les classements Grand Public aux States au point de presque détrôner le dernier Michael Jackson avant de se classer Numéro 3 dans les charts !
Love And Rockets passe ainsi des salles de concert moyennes aux grands formats de 20 000 spectateurs ! En France, les médias s’intéressent enfin au trio tandis que le Hit hante la bande FM.

So Alive

Ce volume se conclue par deux vignettes plus discrètes et moins radicales que les premiers morceaux : le somptueux et très “Bowie” (Une influence majeure depuis Bauhaus) Rock And Roll Babylon, enrichi par un solo de saxophone et carrément un quatuor à cordes, où David J. croise Elvis Presley, Lennon, et Lady Diamond. Puis en contrepoint, l’intimiste final No Words No More susurré et siffloté par Daniel Ash.

Rock And Roll Babylon

A noter le retour de John Fryer à la coproduction et aux claviers partagés d’ailleurs avec les trois gars. Enfin, concluons que la pochette en Noir, Blanc et Rouge retrouve le logo fétiche de Love And Rockets et habille le LP dans un délire cinétique à la Vasarely. Un beau costume pour l’un des meilleurs albums de la New Wave.

 

LE GRAND SOMMEIL

Comme le raconte David J, le trio prendra le contre-pied de ce succès inattendu. Sollicités pour des gros concerts, les trois jouent les rebelles en poussant les potars et les fuzz. “We’ve do a wall of sound like My Bloody Valentine and keep it going for as long as we could to fuck with them.” raconte le David. Évidemment, ça ne plaira pas à la maison de disques. Et les gars finiront par prendre une longue pause. Quatre albums, des singles et X concerts en quatre ans, on peut les comprendre. Ils plongent donc Love And Rockets dans un grand sommeil…
Ça n’empêchera pas Ash comme David J. de sortir quelques opus en solo, histoire de titiller la muse. Le premier lancera deux albums plein de guitares Coming Down en 1991 et Foolish Thing Desire en 1992, aidé d’ailleurs par Kevin Haskins pour les batteries et les programmations de rythmes.

Daniel Ash – Get Out Of Control – Foolish Thing Desire (1992)

Son complice, le bassiste David J, fera de même pour les albums Songs For Another Season (1990) et Urban Urbane (1992).

David J – I’ll Be Your Chauffeur – Songs For Another Season (1990)

Et tous deux auront leur Hit, le guitariste avec le Guitar and Dance This Love, et le bassiste avec sa déclaration d’accompagnateur citée plus haut. En attendant le retour du gang…

Ps : Les quatre premiers albums de Love And Rockets et leurs singles sont regroupés avec un disque de bonus (Même les Bubblemen !) dans un coffret à prix modique mais en CD : Love And Rockets – 5 Albums / Beggars Archive. Indispensable !

Daniel Ash – This Love – Coming Down (1991)

A suivre…

Bruno Polaroïd.

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