The Dark Side of the Moon, l’astre éternel de Pink Floyd

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The Dark Side of the Moon, huitième opus de Pink Floyd, est un véritable monument de sculpture sonore. Un album concept dont la perfection a quelque chose d’effrayant. Quand on démarre son écoute, il est presque impossible de l’interrompre, tant la sensation de flottement est agréable…

Après des débuts tournés vers l’expérimental, la musique de Pink Floyd prend une tournure plus linéaire à partir de 1971 et la sortie de l’album Meddle. Mais tandis que leur notoriété grandit, les quatre membres s’interrogent sur les pressions qu’ils subissent et les effets du succès. Pink Floyd décide alors de rendre son message moins abstrait…

« Je crois que nous pensions tous que la majorité des paroles que nous écrivions étaient trop indirectes. Nous avions désormais le sentiment que les mots allaient enfin pouvoir être clairs, et précis. »

David Gilmour

Deux ans plus tard, ayant élaboré une série de morceaux au fil de ses concerts, le groupe investit les studios Abbey Road pour donner naissance à son album le plus abouti.

The Dark Side of The Moon, fleuron du prog-rock

« Money », seul tube de l’album, provient d’une démo enregistrée par Roger Waters. Un titre mettant à l’index l’avidité et la surconsommation. Ironie du sort, c’est le premier titre du groupe à se classer numéro un dans les charts…

Pink Floyd (The Dark Side of the Moon – Money )

Pourtant, il s’agit bien là du plus grand fleuron du prog-rock des 70’s. Le 33T au célèbre prisme symbolise une époque et un rock flirtant plus que jamais avec la musique classique. Un authentique album concept dont les titres sont liés par leur fibre exploratrice. Et même si à son écoute, on navigue souvent entre planètes et voies lactées, c’est en réalité la galaxie Barrett que Waters, Gilmour, Wright et Mason proposent de visiter.

Dans l’ombre du Diamant Fou

En effet, deux ans avant l’écriture de l’ode au Diamant Fou (l’album « Wish You Were Here »), tandis que leur musique semble s’en détacher et devenir plus rassurante, l’esprit de l’ancien leader et compositeur Syd Barrett revient déjà hanter leurs inspirations. Au point de devenir la toile de fond de leurs oeuvres, ainsi qu’une matière première fertile, et inépuisable…

Syd Barrett
Syd Barrett le Diamant Fou

En apparence, le souffle de « Breathe » s’étire, majestueux et confortable, semblant même donner une note enjouée au paysages étranges qui peuplent nos oreilles.  Pourtant, le texte met en exergue les futilités de la vie, toujours sous la menace de la folie…

Pink Floyd – Breathe

The Dark Side of the Moon est aussi l’album de Pink Floyd où s’affirme le talent du substitut de Barrett, David Gilmour.

L’ange Gilmour

Il compose avec Roger Waters un masque à deux visages, mi-ange, mi-démon qui fait la force du groupe. De plus, le bel Adonis chante et joue de la six-cordes comme Gabriel descendu des cieux.

David Gilmour
David Gilmour par José Correa

“Time” est issu d’un texte de Waters évoquant l’urgence dans laquelle nous vivons, et le stress auquel nous ne sommes pas préparés étant enfant. Sur une idée du compositeur Alan Parsons (également ingénieur sur Dark Side of the Moon) le morceau débute par des sonneries de réveil se succédant. Il se poursuit par un instrumentale rythmé par le tic-tac des aiguilles. Le reste est essentiellement l’oeuvre de l’ange Gilmour, du chant haut-perché, au solo d’anthologie…

Pink Floyd – Time (The Dark Side of the Moon)

Pour des raisons commerciales, “Time” sera amputée de son intro sur la version 45T, mais le plaisir d’être emporté par le crescendo de la version intégrale de l’album ne peut être ignoré. Comme souvent, sur les compositions du groupe, chaque mouvement ou thème est indissociable des autres. D’ailleurs, si le titre semble exister de lui-même, son effet n’est jamais aussi puissant et saisissant que lorsqu’il émerge de vos enceintes en plein coeur de l’album “Dark Side Of The Moon”.

« Great Gig in the Sky » est un titre célèbre pour sa pureté et le chant de la choriste Clare Torry. Constitué au départ d’une partie piano jouée par le claviériste Rick Wright, le groupe sollicite la chanteuse pour un exercice plutôt singulier. Improviser sur le thème en songeant à l’horreur, et à la mort…

Pink Floyd – The Great Gig in the Sky

Un final magistral

« Brain Damage », et son complément « Eclipse », sont tous deux écrits et composés par Roger Waters.

« And if the band you’re in starts playing different tunes…
Et si ton groupe commence à jouer d’autres morceaux..
I’ll see you on the dark side of the moon… »
Je te reverrai sur le versant sombre de la lune

Dans le texte, Waters fait allusion à l’éviction de Syd Barrett en avril 1968. Il évoque leur amitié en filigrane.

Syd & Roger
Syd Barrett & Roger Waters

Si tout l’album est une exploration du cerveau de l’ancien leader, alors « Brain Damage » est la quête final de son hypophyse. Un voyage dans l’univers étrange, mais féerique, de l’un des compositeurs les plus barrés de sa génération.

Pink Floyd – Brain Damage/Eclipse

« Eclipse » est la nuit tombant lentement sur ce grand esprit qu’admirait tant Roger Waters. Syd Barrett n’est alors plus un homme, les membres de Pink Floyd en ont fait une véritable galaxie dans laquelle on peut visiter des mondes étranges et paisibles. Une belle manière de faire perdurer cet esprit créatif pour les générations à venir.

Pochette et succès

Enfin la confection de la pochette légendaire est confiée à Storm Thorgerson et son agence Hypgnosis. Thorgerson s’inspire d’une photo aperçue lors d’un brainstorming, et confie la réalisation à son associé George Hardie. Le prisme dispersif devenu un symbole distinctif du groupe Pink Floyd, représente trois éléments : l’éclairage du groupe sur scène, les paroles de l’album, et une représentation « simple et audacieuse » ( souhait du clavier Rick Wright). Sur une idée de Roger Waters le spectre lumineux s’étale sur l’intégralité de la pochette.

The Dark Side of The Moon est l’album de prog-rock le plus vendu, et le troisième disque le plus vendu de tous les temps, tout genre confondu, derrière Back in Black de AC/DC, et Thriller de Mickael Jackson.

Serge Debono

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3 Commentaires

  1. […] Le deuxième titre, « White Rabbit », parait en juin et vient consolider la renommée du groupe. Il est également issu du répertoire de The Great Society. Un genre de Boléro de Ravel où se mêlent des paroles étranges et l’univers de Lewis Carroll (Alice au pays des merveilles). Quelques mois plus tard, l’influence de ce dernier sur les héritiers de la Beat Generation se retrouvera dans l’oeuvre de Syd Barrett (Pink Floyd). […]