Blondie, l’album Parallel Lines, et le culte de Debbie Harry

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Blondie a construit sa légende autour de cet opus publié en septembre 1978.

Après deux premiers albums ayant surtout séduit l’Angleterre, Parallel Lines devient celui de la consécration internationale. En pleine vague punk et disco, Blondie réussit l’exploit de compiler les deux, adressant au passage, un clin d’oeil complice au rock d’antan.

blondie

Bien sur, il serait facile d’attribuer ce succès aux sonorités pop caractérisant le groupe. Au tube « Heart of Glass », ou encore à la sensualité ravageuse de la chanteuse Debbie Harry.

En premier lieu, il semble plus indiqué de s’attarder sur l’impressionnante maîtrise d’une grande diversité de genre.

Parallel Lines

En prologue, un titre de power pop qui va rapidement faire des ravages. “Hanging on the telephone” est emprunté au groupe éphémère de San Francisco, The Nerves. L’original avait déjà l’étoffe d’un tube, mais les arrangements de Chris Stein, et le doigté du producteur Mike Chapman vont permettre à Blondie de toucher un large public…

Blondie – Hanging on the Telephone

“One Way or Another”, est sans aucun doute le titre leur ayant permis d’être crédible dans leur époque, ainsi que sur la durée. En effet, moins célèbre que les hits “Call me” ou “Heart of Glass”, ce morceau semble échapper à l’épreuve du temps, comme seuls les grands classiques en sont capables.

Un riff punk imparable et un tempo ska. Sur lequel, Debbie Harry alterne chant rock et grognements prédateurs, nonchalance lascive et refrain mystique. Un titre tout bonnement ensorcelant…

Blondie – One Way or Another

Le couple Debbie Harry et Chris Stein est incontestablement le catalyseur du groupe. Un leadership contesté par les autres musiciens et qui perturbe les premières séances d’enregistrement. Pourtant, il serait injuste de ne pas mentionner le batteur Clem Burke, le claviériste Jimmy Destri (auteur de 11:59 et Picture This), ou Nigel Harrison, bassiste fraîchement débarqué (co-auteur de “One Way or Another). Quant au guitariste Frank Infante, il signe seul, le titre le plus nerveux de l’album…

Blondie – I know but I don’t Know

Comme ses homologues du mouvement punk, Blondie n’oublie pas de rendre hommage aux pionniers du rock’n’roll avec une reprise de Buddy Holly (I’m gonna love you too). Etrangement, Chrysalis Records décide de faire de ce titre rétro, le deuxième single extrait de l’album. Sans succès !

Blondie – I’m Gonna Love You Too

« Musicalement, Blondie était désespérant lorsque nous avons commencé à répéter pour Parallel Lines. Ils ne savaient pas dans quelle direction aller. Je suis arrivé comme Adolf Hitler et j’ai dit: ‘Vous allez faire un excellent disque, cela signifie commencer par mieux jouer. ‘ »

Mike Chapman

Et le fait est que l’impact du producteur Mike Chapman sur ce disque est considérable. Outre ses efforts pour rendre les titres plus confortables à l’écoute, il stimule l’imagination du groupe. Et leur permet ainsi, non seulement de se dépasser, mais également de mettre de côté leurs dissensions internes.

Debbie Harry, Mike Chapman et Ronnie Spector

Une nouvelle teinte fait son apparition dans leurs compositions. Fusionnant les divers courants inondant alors la bande FM, leur rock spontané fait place à une pop baignée de fatalisme romantique.

Sans doute attiré par la créativité qui émane du studio Record Plant (NY), le volubile et talentueux Robert Fripp (King Crimson, Peter Gabriel) vient poser sa six cordes sur une composition inspirée, et co-signée par le couple Harry-Stein. 

Blondie – Fade Away and Radiate

« Chrysalis voulait que Blondie passe à la radio à une époque où le punk était complètement verboten sur les ondes. Les chefs de stations trouvaient cette musique agressive, dangereuse, malade et méchante. La maison de disques n’en voulait pour rien au monde. »

Debbie Harry

Même s’il tranche par rapport à la teinte dominante pop-rock de l’album, ce titre signé par Debbie Harry (comme la moitié de l’album) possède quelque chose de parfait dans son genre. En effet, cet incontournable tube disco sonne encore aujourd’hui avec un charme suranné. Le titre que l’on écoute rarement chez soi, mais sur lequel on aime tomber en allumant la radio…

Heart of Glass

Pochette et titre

La photo ornant la pochette est l’oeuvre de Edo Bertoglio. Elle présente les musiciens en smoking, la mine réjouie, placés derrière une Debbie Harry au visage autoritaire, et toute vêtue de blanc. Malgré le rejet du groupe, le choix de Peter Leeds (manager) s’avère payant. Très reconnaissable, elle contribue au succès de l’album.

Blondie - Parallel Lines

Debbie Harry avait écrit un poème intitulé « Parallel Lines », et initialement glissé dans la première édition de l’album vinyle. Elle renonce finalement à le mettre en musique. L’histoire d’un amour impossible. Deux existences vouées à suivre des chemins différents, et néanmoins parallèles.

L’icône Debbie Harry

Rétrospectivement, Blondie sera dénigré, ou encensé, au choix. Certains verront dans son pop rock la mort du punk, d’autres l’avènement de la New Wave. Mais une chose est sûre, la dimension iconique de Debbie Harry a fortement contribué à faire du groupe une référence associée à son époque.

Debbie Harry vue par José Correa

Dotée d’un grain de voix singulier et d’une force de caractère silencieuse, elle mélange de manière subtile, nonchalance et glamour. En 1974, alors que Blondie se produit encore dans les clubs de New York comme le CBGB ou le Max’s Kansas City, son physique de poupée du rock’n’roll et son sex appeal font déjà des ravages. Debbie connaît bien la clientèle du second dans lequel elle a travaillé comme serveuse.

Partageant la scène avec les Ramones et Television, la présence électrisante de la chanteuse permet au groupe de se mettre en évidence. Son air désintéressé dissimulé sous une beauté slave hypnotise littéralement le public.

Blondie
Debbie Harry vue par Denys Legros

Son magnétisme ne cesse de grandir au fil des ans. Au début des années 80, à l’instar d’une « Marylin », la presse en fait un symbole de la nouvelle décennie. Sollicitée par de nombreux photographes, le cinéma lui fait également les yeux doux (Cronenberg, Waters, Mangold) pour une issue plus qu’honorable. Mais les maîtres de l’image ne sont pas les seuls à succomber au charme de la blonde…

David Bowie et Iggy Pop

Selon Iggy Pop, l’histoire se déroule en février 1977, soit un an avant que la folie Blondie ne touche la planète rock. Avec son album éponyme le groupe commence à peine à affoler les clubs New Yorkais, tandis que dans le même temps, Iggy Pop fait la promo de son premier album solo « The Idiot », en compagnie de son ami et mentor David Bowie.

Debbie & Iggy

Attirés par le nouveau phénomène local, les deux compères décident d’aller voir par eux-mêmes. Comme beaucoup, ils restent médusés par la sensualité de la chanteuse Debbie Harry. Une fois le show terminé, bien décidés à tenter leur chance, ils se rendent dans sa loge. Chacun leur tour, ils essaient d’emballer la belle.

Blondie
Debbie & Bowie

Mais Debbie Harry prouve encore une fois qu’une légende ne se construit pas uniquement sur un physique. Avec beaucoup de respect, cette dernière les reconduit poliment, prétextant la présence de son mari Chris Stein dans la pièce à côté. Elle leur promet :« Peut-être une prochaine fois ? ». Notez que ce revers n’empêchera pas Iggy Pop et David Bowie d’engager le groupe Blondie pour assurer la première partie de leur tournée.

Un choix judicieux, puisque Blondie finira par crever l’écran et saturer les ondes. Leurs tubes refont surface de manière chronique depuis plus de quarante ans. Quant à Debbie Harry, que Sid Vicious surnommait « tête de télévision », elle est aujourd’hui considérée comme l’une des chanteuses les plus emblèmatiques de toute l’histoire du rock.

Serge Debono

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