De Genesis à Peter Gabriel, l’histoire d’un premier album solo

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Peter Gabriel est un compositeur respecté bien au delà du monde de la Pop Music.

Si quelques tubes ont fait sa renommée internationale durant les années 80, l’histoire du rock a également retenu sa présence magnétique, ses tenues théatrales, et son chant sépulcral au sein du groupe Genesis. Son premier album solo est tout aussi fascinant…

Ses débuts

Fils d’une musicienne et d’un ingénieur électricien, Peter Brian Gabriel naît le 13 février 1950 dans le Surrey ( Sud-Est de l’Angleterre). Initié très jeune au hautbois par sa mère, il apprend également la batterie et la flûte traversière, et fonde son propre groupe en 1965 avec trois camarades de classe.

Il le baptise Genesis et développe ses premières expérimentations musicales inspirées des Beatles, Nina Simone et Otis Redding. En effet, à cette époque, c’est la soul-music qui fait vibrer le jeune Peter. L’arrivée de groupes comme Pink Floyd ou les Doors préfigurant le rock-progressif, va changer la donne.

Genesis – She is Beautiful

Peter Gabriel devient rapidement l’attraction d’un groupe qui surf sur les années 70 avec une réussite étonnante. Formé au départ de Peter Gabriel ( chant, flûte, percussions), Mike Rutherford (basse), Tony Banks (guitare acoustique) et Anthony Phillips (guitare), ce dernier sera remplacé par le talentueux Steve Hackett en 1970. Tandis que Phil Collins s’installera derrière les fûts après une valse interminable de batteurs.

Genesis
Genesis (1974)

Autour d’une musique qui se cherche encore une identité, il tente alors de se construire un personnage de scène fait de costumes et maquillages extravagants. Il devient un show visuel à lui seul et n’aura de cesse de nourrir les concerts de Genesis de nouveaux artifices. Il n’hésite pas à modifier sa voix pour interpréter des textes toujours plus fouillés, nourris d’une poésie mystérieuse et mélancolique…

Genesis – The Musical Box

Des concerts de plus en plus théâtraux qui auront malheureusement raison de l’alchimie liant le groupe. Alors que des albums comme Trespass, Nursery Cryme, Foxtrot et Selling England by the Pound étaient des oeuvres collectives, The Lamb Lies Down on Broadway paru en 1974, est un opus conceptuel relevant uniquement de la plume du chanteur…

Genesis – Fly on a Windshield

Peter s’envole en solo

Malgré le succès rencontré, le torchon brûle au sein du groupe, et Peter Gabriel annonce son départ en 1975. Et même si Genesis changera définitivement de visage après le départ de Steve Hackett en 1977, il connaîtra un succès planétaire avec Phil Collins en figure de proue. Dans le même temps, le génie bouillonnant de Peter Gabriel prendra son envol en solo…

Dans une lettre adressée aux fans et dévoilée dans la presse musicale, Peter s’explique :

« Le véhicule que nous avions construit, et destiné à servir l’écriture de nos chansons, devenait notre maître et nous enfermait dans le succès que nous avions tant souhaité. Il affectait l’attitude et l’esprit de tout le groupe. »

Peter s’adjoint les services du producteur Bob Ezrin ( Alice Cooper, Lou Reed), qui à sa demande, emmène dans ses bagages des musiciens chevronnés comme Steve Hunter et Dick Wagner, deux guitaristes tout-terrain (rock, hard-rock et blues). Le batteur Allan Shwatzberg, le bassiste Tony Levin et le guitariste Robert Fripp (King Crimson) viennent compléter la formation. Son premier LP voit le jour le 25 février 1977, avec un single marquant, et exprimant son soulagement de voler de ses propres ailes…

Peter Gabriel – Solsbury Hill

De son propre aveu, si Peter s’est entouré de gens d’expérience c’est surtout pour se rassurer. En effet, la perspective de publier un premier album solo après avoir évolué dans le même groupe depuis son adolescence, avait de quoi susciter quelques doutes quant à sa réussite. Le succès immédiat du titre Solsbury Hill va rapidement les dissiper. L’album oscille entre pop urbaine et musiques de genres (blues, music-hall) sur lesquels le compositeur pose sa griffe incomparable de conteur british aux accents oniriques et déjantés…

Peter Gabriel – Excuse me

Il délaisse même son lyrisme habituel pour s’offrir un blues old-school, ambiance piano-bar enfumé, et vapeurs d’alcool frelaté…

Peter Gabriel – Waiting for the Big One

Peter ponctue ce première exercice de façon magistrale avec le titre devenu culte Here Comes The Flood. Celui-ci est précédé d’une composition audacieuse qui alterne rock nerveux et déluge symphonique hollywoodien dans une impressionnante harmonie.

Peter Gabriel – Down the Dolce Vita

Un coup de maître

Ce premier opus ne possède pas de titre, laissant apparaître sur la pochette uniquement le nom de l’artiste. L’album est surnommé « Car », en rapport à la photographie noir et blanc d’une Lancia bleue colorisée. Une pochette quelque peu macabre où Peter pose derrière le parebrise, assis sur le siège passager, le visage éteint et les paupières closes.

« Bien qu’il fut enregistré durant une quinzaine enneigée à Toronto, je me souviens de séances brèves, passionnantes et chaudes. La plupart des accompagnements ont été joués dans des conditions live, et travaillés sur un seize pistes. » PG

Malgré le scepticisme de la presse spécialisée, et une certaine réticence du public à l’écoute du son brut et rock de l’album, c’est une franche réussite dont Peter récoltera les lauriers dans la tournée à venir. Ainsi que le prix de l’Académie Charles-Cros.

Serge Debono

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