Beatles, Double Blanc – Les questions qui fâchent !

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Beatles, Double Blanc – Les questions qui fâchent !

The Beatles - Album blanc
The Beatles

The Beatles, l’album Blanc… à l’occasion d’un court reportage diffusé sur France 2 et France 3 le 16 novembre 2018, certains sujets délicats en relation avec la genèse de l’incontournable double Blanc publié il y a tout juste cinquante ans ont été abordés, par Daniel Lesueur.  Suivez le guide…

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Daniel Lesueur
Daniel Lesueur – Culturesco – Interview The Beatles

L’album Blanc est réputé pour être celui de la rupture, ou du moins des premières chamailleries profondes. D’où vient cette réputation ?

Jusqu’alors leurs disques étaient le fruit d’un travail de groupe… De groupe à cinq avec George Martin. Eh bien ce coup-ci le cinquième BEATLES sera Eric CLAPTON. C’est la première fois qu’un « étranger » vient jouer sur un disque des BEATLES. L’ambiance avait toujours été « cimentée » par « papa » Epstein qui certainement calmait les coups de colère de ses poulains. Je dis « papa » car Lennon, le plus turbulent, avait été privé de père pendant son enfance. Le DOUBLE BLANC n’est plus un travail de groupe, mais celui de quatre individualités… Dont deux un peu écrasées (Ringo s’en fout, mais George accumule des chansons qui ne sortiront vraiment qu’après la séparation). Quant aux deux qui ne sont pas « frustrés », à la place il y a rivalité !

La mort soudaine du manager Brian Epstein plus d’un an avant la création de ce disque est elle pour quelque chose dans cette discorde?

C’est très symbolique : ALL YOU NEED IS LOVE marque le début de la fin : l’été 1967 ! Tout le monde s’aimait… jusqu’à la mort de Brian. Dans un premier temps, les Beatles ne veulent pas le remplacer. Ils ne veulent plus de manager. Mais en douce McCartney occupe cette place. Lennon, trop défoncé et trop amoureux de Yoko ne peut prendre en main la destinée du groupe. Ringo s’en fout, et George, lui, aimerait bien se reposer : la musique hindoue ne s’accorde pas avec la vie trépidante.

beatles livre
The Beatles

Ringo Starr fâché qui part et doit être remplacé sur deux titres par McCartney a la batterie (« Back in USSR » et « Dear prudence »)… George Martin le producteur excédé qui quitte le studio… Geoff Aymeric l’ingé son las des disputes qui se fait remplacer… Ce ne sont pas des légendes ?

On y songe rarement, mais les disques SOLO des BEATLES ont commencé à fleurir un an avant la sortie du DOUBLE BLANC. Alors si l’état d’esprit général n’était pas encore très mauvais, il commençait à se dégrader. En effet le 22 août 1968, Ringo quitte le groupe… mais il revient en septembre. Toutes ces anecdotes sont vraies. L’ambiance était pourrie. George Harrison, à qui l’on conseillait de baisser le volume de sa guitare, répond « On ne parle pas comme ça à un Beatles ». Paul, qui a beaucoup de mal à terminer OB LA DI OB LA DA, dit à George Martin : « Si ça ne te plaît pas, t’as qu’à jouer toi-même ». On peut penser que les Beatles ont pris la grosse tête. Mais le producteur Chris THOMAS révèle que ces jours-là, les Beatles étaient particulièrement défoncés.

Le Blanc des Beatles est aussi en rupture avec le précédent donné pour leur chef-d’œuvre, « Sergent Pepper » : tout contraste, des couleurs, à l’ambiance dans le groupe, la créativité. Tout semble plus éteint et plus individualiste dans la création…

Exact ! Rarement les quatre Beatles ont joué ensemble et en même temps. Du fait que les édifices d’Abbey Road comptent plusieurs studios, il arrive que John enregistre l’une de ses compositions dans l’un, tandis que Paul enregistre l’une des siennes dans un autre studio. Et cela pendant que George et Ringo sont aux Etats-Unis. Au retour de George, c’est Paul qui se rend aux States… En ce qui concerne les COULEURS des pochettes, SGT PEPPERS est sorti pour l’été, le DOUBLE BLANC pour Noël.

Aujourd’hui c’est connu, depuis qu’ABBA l’a révélé : les couleurs des pochettes sont choisies en fonction de la date de sortie. Pour DOUBLE BLANC c’est un peu spécial car à l’origine il devait y avoir un beau dessin en N & B avec les têtes des Beatles dans une falaise dominant la mer. Et le disque devait s’appeler MUSIC IN A DOLL’S HOUSE… mais un autre groupe prit l’idée en juillet. Cette double pochette blanche – c’est prémonitoire – évoque avec deux ans d’avance les très nombreux disques pirates dits « bootlegs ».

Si discorde il y a, n’est elle pas aussi la conséquence de leur abandon de la scène en 1966 pour cause de Beatlemania ? Cette scène n’était elle pas l’un ciment du groupe, malgré les dérapages ?

Je ne crois pas… AU CONTRAIRE ! La scène n’était vraiment pas leur tasse de thé. A leur début, il fallait se doper aux excitants pour jouer toute la nuit devant un public ivre et violent. Et du temps de la Beatlemania ils n’ont jamais joué plus de 30 minutes car ils ne s’entendaient pas jouer. On est loin des concerts de 2h et demi de Led Zeppelin ! Ringo devenait parano, il craignait qu’on lui tire dessus. A Manille ils faillirent être lynchés. La scène, ils en avaient tous marre, au moins à quatre. Et lorsque Paul voudra qu’ils reprennent la route (GET BACK) c’est GEORGE qui refusera catégoriquement. Paul n’aura plus qu’à proposer un « concert sans public », l’album GET BACK, tellement médiocre qu’il faudra le retravailler. Il deviendra LET IT BE.

La composition de ce disque des Beatles est assez déroutante

Certains – et ils n’ont pas tort – prétendent qu’un seul disque au lieu de deux aurait été mieux… mais ils avaient de la matière pour trois ! Alors il fallut faire des choix, parfois pénibles. Par exemple la superbe chanson ACROSS THE UNIVERSE ne sortira que deux ans plus tard, c’est du gâchis, elle aurait eu sa place sur le DOUBLE BLANC. Mais on a tort d’évoquer UNIQUEMENT les frictions entre Paul ET John et de dire que c’est la présence un peu trop lourde de Yoko qui a tué le groupe. On ne parle jamais de la rivalité entre PAUL et GEORGE. Paul a constaté que les guitaristes ont de plus en plus de succès, il est un peu jaloux !

Une réputation sulfureuse a en plus touché le Blanc avec l’histoire de Charles Manson et les paroles de « Helter Skelter »…

Cette histoire de message subliminal rejoint celle de la soi-disant mort de McCARTNEY. A un moment beaucoup cherchaient des messages cachés dans les chansons des Beatles ou d’autres. Jusqu’à passer les disques à l’envers ! Le fait est qu’on peut CONSTATER des coïncidences troublantes. Par exemples que les ROLLING STONES sortent « SYMPATHY FOR THE DEVIL » et « LET IT BLEED » (Que ça saigne) quasiment le jour du festival d’Altamont… où il y a eu un mort. En ce qui concerne CHARLES MANSON ce sont surtout les BEACH BOYS qui ont failli gaffer, ils étaient sur le point de produire de lui un album 33t.

Et pourtant les Beatles sauront encore produire quelques tubes dans Abbey Road et Let it be…

Effectivement ils avaient de la ressource, un gros potentiel, et ils l’ont prouvé avec leurs carrières solo. Mais en tant que groupe, il faut voir un truc, c’est l’évolution du marché du disque en seulement un an et demi : au printemps 1967, il y avait UN SEUL DISQUE à acheter, celui de The BEATLES. Fin 1968, il y a déjà une sévère concurrence : on pouvait hésiter entre BEGGARS BANQUET des ROLLING STONES, ELECTRIC LADYLAND de HENDRIX, WHEELS OF FIRE des CREAM… et tous les disques de JETHRO TULL, FLEETWOOD MAC etc. Bref, les BEATLES étaient toujours les rois, mais EN TANT QUE GROUPE ils n’étaient plus seuls !

Daniel Lesueur

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