Vincent Van Gogh : un génie créatif pour Antonin Artaud

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 Vincent Van Gogh – Une Vision du poète Antonin Artaud

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« Toute peinture est foudroiement de la pensée. » (Antonin Artaud)

Vincent Van Gogh est de toute évidence, un génie, selon le poète Antonin Artaud. Dans son essai, Van Gogh le suicidé de la société publié en 1947, Antonin Artaud fait un éloge du génie créatif de Van Gogh. Dans cet émouvant plaidoyer, il se révolte contre toutes les idées reçues concernant le peintre. Pour l’écrivain ses tableaux changent en quelque sorte la face du monde et écrit :

«Que la vie un jour devienne aussi belle que dans une simple toile de Van Gogh et pour moi ce sera assez. Je ne pense pas que l’on puisse avoir quoi que soit de plus à souhaiter, Van Gogh n’embellit pas la vie, il en fait une autre, purement une autre.»

Le tableau intitulé Les champs de blé aux corbeaux inspira Artaud:

« Je ne peux pas, après les Corbeaux, me résoudre à croire que Van Gogh eût peint un tableau de plus…Qui a déjà vu comme dans cette toile la terre équivaloir la mer. Par conséquent, Van Gogh est de tous les peintres celui qui nous dépouille le plus profondément, et jusqu’à la trame, mais comme on s’épouillerait d’une obsession. Celle de faire que les objets soient autres…. J’entends les ailes des corbeaux frapper des coups de cymbales fortes au-dessus d’une terre dont il semble que Van Gogh ne pourra plus contenir le flot. Par conséquent, la mort… »

Le champs de blé aux corbeaux

Vincent Van Gogh - le champ de blé aux corbeaux
Vincent Van Gogh – le champ de blé aux corbeaux

 

Ce tableau de 1890, peint quelques jours avant sa mort est une pièce majeure dans l’œuvre de l’artiste, les couleurs y sont puissantes, le bleu contraste avec le jaune des deux triangles que forment les blés, le rouge des sentiers est profond et valorisé par le vert des bordures.

Le café le soir

Vincent Van Gogh - Terrasse du café le soir
Vincent Van Gogh – Terrasse du café le soir

Une autre œuvre a marqué Antonin Artaud.

Le café le soir de 1888, faisait référence au café de l’Alcazar où Van Gogh prenait ses repas. Le contraste est brutal entre la terrasse aux couleurs chaudes jaune et orange et le bleu profond du ciel et des maisons.

Artaud dira de ce tableau:

«Qu’il est plus vrai que la réalité, d’une exactitude comme cinématographique d’ombres, de pans de détails éclairés. C’est un grand peintre qui est en même temps un metteur en scène passionné. Par exemple, le bizarre est que tout cela fait silence, et qu’il n’y a personne, que les tables et sur les tables toutes les soucoupes d’un café.»

Le Fauteuil de Gauguin par Van Gogh

Le fauteuil
Le fauteuil de Gauguin par Van Gogh

Le tableau est peint en 1888. A cette époque Van Gogh et Gauguin sont tous les deux à Arles.

En tout premier lieu, ils travaillent ensemble et, de toute évidence l’entente est parfaite. En revanche, des divergences s’installent ensuite entre les deux artistes.

Par exemple, Gauguin pense que l’artiste « doit chercher le symbole, le mythe, agrandir les choses de la vie ». A l’inverese, Van Gogh ne « pense et jure que par la représentation de la nature ».

La chamaillerie est sérieuse…..

Antonin Artaud analyse l’œuvre :

« Un bougeoir sur une chaise, un fauteuil de paille verte tressée, Un livre sur le fauteuil, et voilà le drame éclairé. Qui va entrer ? Sera-ce Gauguin ou un autre fantôme ? Le bougeoir  allumé sur le fauteuil de paille définit, paraît-il, la ligne de démarcation lumineuse qui  sépare les deux protagonistes. Il indique une scission humaine de fond entre les deux natures des artistes.

La lumière du bougeoir sonne, comme une étrange critique, un profond et surprenant  jugement dont il semble bien que Van Gogh puisse nous permettre de présumer la sentence plus tard…»

Les grands maîtres de la peinture: Van Gogh

Pour Antonin Artaud:

« Van Gogh était une de ces natures d’une lucidité supérieure qui leur permet, par exemple, en toutes circonstances, de voir plus loin que le réel immédiat et apparent des faits ». En d’autre termes, il pensait, qu’il faut savoir déduire le mythe des choses les plus terre-à-terre de la vie. En quoi je pense, moi qu’il avait foutrement raison.

Par exemple, la réalité est terriblement supérieure à toute histoire, à toute fable et à toute divinité. Par conséquent, à toute surréalité.

Il suffit d’avoir le génie de savoir l’interpréter.

Van Gogh avait raison, on peut vivre pour l’infini, ne se satisfaire que d’infini, il y a assez d’infini sur la terre et dans les sphères pour rassasier mille grands génies.Par conséquent,  si Van Gogh n’a pas pu combler son désir, d’en irradier sa vie entière, c’est que la société lui a interdit….»

Antonin Artaud reçoit pour cet essai le Prix Sainte-Beuve en 1948, il affirme donc,  ainsi son talent de poète.

Nic Blanchard-Thibault

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