A ce point du triptyque pouvons-nous d’ors et déjà exprimer un avis, exposer en quoi consiste la substantifique moelle du Hair Metal ? Suite aux deux épisodes précédents : Hair Metal (1/3) et (2/3), une première constatation s’impose, nous nous rapprochons d’avantage du « feu » que de l’« air ». Peut-on généraliser ? Citons d’autres noms, sans chronologie ni classement, juste pour différencier un peu plus la « lave » du « vent » : Skid Row, Warrant, Lillian Axe ou Bang Tango, 4 Fantastiques combos. Extrayons n’importe quelle chanson, balades exceptées, des albums suivant : Skid Row (1989), Cherry Pie (1990), Psychoschizophrenia(1993) ou Love after death(1994), et touillons. Qu’obtient-on ? Des cratères, des volcans ! Point de néant.
SKID ROW – Skid Row
SKID ROW – Sweet little sister
Chez Skid Row, la pulsion relève du chanteur : Sebastian Bach. La musique est sympa mais point trop originale. Des refrains mélodieux qui se retiennent facilement, pour les chanter en salle, lors des concerts, et puis … le chant. Bach, grande tige, dégingandé, possède une voix assez extraordinaire, un « grand huit ». Elle monte tout en haut de l’escalier puis lâche la vapeur dans la descente, telle une cocotte-minute dont on ôte la soupape de sureté. Du coup, contrairement à la concurrence qui se complaît d’avantage dans les confiseries, les ballades du groupe sonnent plutôt juste. Quel dommage que Bach ait fait une fugue …
I remember you
WARRANT – Cherry Pie
WARRANT – Uncle’s Tom cabin
A cette époque, Warrant est la chose de Jani Lane, chanteur, auteur et compositeur de tous les titres de Cherry Pie. Outre une voix plutôt agréable, il cultive l’art des refrains extraordinaires. L’intonation qui va bien, une subtile harmonisation entre les notes de guitare et la mélodie vocale, un équilibre idéal qui attise la compulsion. Cet homme, mort à 47 ans d’un trop plein de solitude alcoolisée, prouve que le look outrancier du hair métallurgiste de base peut cacher un mélodiste appliqué.
Mr Rainmaker
LILLIAN AXE – Psychoschizophrenia
LILLIAN AXE – Those who pray
Ce fois-ci, aux commandes du vaisseau Lillian Axe, comme fréquemment dans ce genre de formation, on trouve le guitariste soliste : Steve Blaze. Il pratique la composition travaillée au scalpel, ponctuée enchaînements micrométriques. Les morceaux se suivent qui, bien que liés par le son et l’esprit général véhiculé par l’album, ne génèrent aucune lassitude (à deux / trois « nanars » près, ce qui est plus qu’honorable). Au-delà du hair metal, au prétexte que ses textes abordent des sujets plus ou moins bibliques, Lillian Axe est qualifié de groupe Christian Metal. « Hair », « Christian », quel charivari de couloir autour de ce qui reste du heavy rock proprement empaqueté.
Crucified
BANG TANGO – Love after death
BANG TANGO – Don’t count me out
Sur Love after death,Bang Tango, quant à lui, propose un hair metal cémenté trempé. Le « plus » est apporté par un groove assez inhabituel initié par la basse. Déjà, sur ses albums précédents, ce trait « dansant » soulignait l’originalité du combo. On pourrait alors croire qu’une telle dissociation, guitares « démonte-pneus », basse funky, génère une cacophonie propice aux céphalées. Il n’en est rien ! Bien au contraire, on prend plaisir à cette esquisse de heavy rock fusionnel, la Fusion en tant que genre musical restant quand même assez éloignée du résultat final, d’un « Epic » de Faith No More, par exemple. Persiste une fragrance agréable au tympan, un parfum sub exotique stimulant l’adhésion au mouvement.
My favourite 9
Il n’est de bonne compagnie qui ne se quitte
Du coup, pouvons-nous définir des caractéristiques générales relatives au Hair Metal ainsi que des critères de qualité ? Osons un essai : « Hair » pour les cheveux, « Metal » pour la musique, « Sueur » pour les deux. Des « souillons », oui, des « bâillements », non. D’ailleurs, aux USA, ces albums sont ceux qui se sont le plus vendus (par millions !), sur la période où ils sortirent. Est-ce un critère de qualité ? Lorsque l’on sait que le 45 tours de « La danse des canard » s’est écoulé en France à plus de 2 millions cinq cent mille exemplaires : non. Mais, dans le microcosme rock, s’il existe parfois des ratés entre les performances commerciales d’un enregistrement et son contenu, ça n’est pas une universalité. Un jugement basé sur le goût ouvre à tous les possibles.
Exemple : Ratt, à se régaler ou à vomir ?
RATT – Lay it down
Le Hair Metal ? Pour les amateurs de hard rock, ou de rock tout court, une fois l’image mise de côté, reste le son. De ce côté-là, Léo Ferré l’a chanté par anticipation dès 1969 : « C’est extra ».
Thriller c’est l’histoire d’un disque unique, l’aboutissement de la carrière d’un jeune chanteur balancé trop tôt dans la jungle impitoyable du show bizz. Une histoire de freaks, de loup-garou, de zombies, ou l’apogée d’un artiste dont l’imaginaire était peuplé de monstres, de héros, et de créatures féeriques. Thriller, c’est l’état de grâce du Moonwalker…
Le projet de toute une vie
L’élaboration de cet album de légende prend sa source au cœur des années 60. Michael Jackson n’a pas encore 9 ans quand les Beatles donne à l’album concept ses lettres de noblesse avec la sorti de Sergent Pepper’s lony Hearts Club Band. L’année suivante, il démarre une carrière précoce aux côtés de ses frères, au sein de la maison Motown.
The Jackson Five – I Want You Back
Il est encore bien jeune pour rejoindre la vie active, pourtant ses parents ne peuvent nier son talent et l’enthousiasme qui l’accompagne. Quittant l’école traditionnelle à l’âge de 10 ans, c’est sur scène et dans les studios d’enregistrement que le jeune Michael fait son apprentissage. Le joug de son père, Joseph Jackson, musicien et faisant office de manager pour la fratrie, laisse place à celui du patron de la Motown, Berry Gordy. Mais durant la décennie 70’s, Michael observe et apprend aux côtés de Diana Ross et Smokey Robinson.
Squattant les coulisses des festivals où figurent les Jackson Five, son esprit se nourrit des shows de James Brown et Marvin Gaye. Très vite, le groupe est considéré comme une référence du courant funk et disco, dont Michael devient la principale attraction…
Son premier opus est une franche réussite. Pourtant, à seulement 24 ans, il ambitionne déjà d’écrire l’album Pop ultime. « Off the wall » avait été bouclé en 3 semaines, il faudra 7 mois à Bambi pour fignoler « Thriller ».
Une équipe de rêve
Pour cela, Michael Jackson s’entoure de la crème des crèmes. Il rappelle Quincy Jones et ses fines couches de laque, ainsi que le talentueux ingénieur Bruce Swedien, tous deux déjà présents sur « Off The Wall ».
Michael Jackson, Bruce Swedien et Quincy Jones
Michael souhaite concentrer dans ce nouveau disque, toutes les influences musicales qui inondent alors la bande-FM. Il estime que son premier opus a été dénigré par les grands quotidiens, sous prétexte qu’un noir ne peut fédérer comme un blanc…
« On m’a dit à maintes reprises que mettre des noirs en couverture de magazines n’est pas vendeur… J’attends. Un jour, ces mêmes magazines mendieront auprès de moi pour que je leur accorde une interview. Peut-être le ferai-je. Et peut-être que non. »
Paradoxalement, bien que son aspect physique s’européanise de jour en jour, et malgré un désir évident de séduire un large public, le premier titre de l’album signé de sa main rend hommage à la terre de ses ancêtres. Si la ligne disco et le tempo funky assure la transition avec le premier album, les rythmes swahili de « Wanna be Startin Somethin' » et son final dérobé à Manu Dibango (Soul Makossa) ne laissent aucune équivoque…
Michael Jackson – Wanna Be Startin’ Somethin’
Michael Jackson convoque Rod Temperton, compositeur anglais, et pourvoyeur de tubes. Ce dernier, ayant déjà oeuvré sur le premier album, lui offre » The Lady in my Life », le titre éponyme « Thriller », et ce petit délice funky…
Michael Jackson – Baby Be Mine
Après une première collaboration réussie (« Say Say Say »), Paul McCartney vient soutenir son ami d’alors sur le titre « The Girl is Mine ». Déjà présent aux manettes sur « Baby Be Mine », le clavier Steve Porcaro (Toto) et son frère Jeff (batterie) apportent leur science musicale et technologique.
Michael Jackson et sa dream team
L’élaboration de cet album devient une véritable obsession, et Michael exige de chaque contributeur qu’il soit à 150%. Depuis le début des séances, il s’est efforcé de montrer l’exemple. Installé dans le studio d’enregistrement, il s’endort fréquemment sur la console au milieu de la nuit, repassant inlassablement les bandes à l’affût du moindre détail, de la moindre imperfection. Michael Jackson ne compose pas un album, il construit son Xanadu.
Billie Jean
Titre phare de l’album, « Billie Jean » est sans doute l’une des compositions les plus inspirées du futur King of Pop. Le texte évoque une jeune groupie se prétendant enceinte de l’artiste, bien que ce dernier réfute son implication : « but the kid is not my son ». Selon Michael, l’histoire est inspirée par les groupies tournant autour de ses frères durant les années 70.
Ce standard incontournable peut se vanter d’avoir bouleversé les habitudes ségrégationnistes de MTV. En effet, la célèbre chaîne ne diffusait à l’époque que 3% de musique noire ! Le succès de « Billie Jean » permit le passage de « Beat it » un mois plus tard, ainsi que les clips de nombreux artistes noirs par la suite.
Mais « Billie Jean » est avant tout un subtil mélange de groove et de technologie. Sollicité par Michael Jackson, Louis Johnson (Brothers Johnson) pose une ligne de basse mythique pour tous les teenagers des années 80.
Louis Johnson
Au départ seule la boite à rythmes cadançait le morceau, mais Michael trouve que le tout manque de pêche. Il décide de s’offrir les services de l’éminent batteur Ndugu Chancler (Miles Davis, Herbie Hancock, Georges Duke). Sa frappe pure sur une batterie réhaussée (une idée de Bruce Swedien) donne au morceau une tonicité insoupçonnée.
Pourtant, au départ, l’intro de 28 secondes ne convenait pas au producteur Quincy Jones…
« Je disais à Michael qu’il fallait couper cette intro, car elle n’était pas particulièrement travaillée. Il me répondit que c’était ça qui lui donnait envie de danser. J’ai regardé les techniciens et nous avons tous compris que Michael avait raison. C’est l’intro qui donne envie aux gens de danser sur Billie Jean. »
Pour finir, Quincy Jones glisse dans le mix ce qu’il appelle « la sucrette du tympan », enregistrement d’une partie d’ocarina joué par Tom Scott. Le cocktail est sublime et fait entrer Michael Jackson dans le grand livre d’or de la musique dés la sortie du single…
Michael Jackson – Billie Jean
Beat It
Quincy Jones souhaite absolument inclure un titre rock afin de séduire toutes les communautés. Il demande à Michael de composer un titre dans la veine de « My Sharonna » (The Knack). Fasciné par le film « The Outsiders » de F.F Coppola, Bambi décide d’orienter son sujet sur une histoire de guerre de gang dans laquelle la danse joue un rôle pacificateur. Le clip sera d’ailleurs un hommage non dissimulé au cinéaste, ainsi qu’au « West Side Story » de Robert Wise.
Il compose donc « Beat it », futur standard rock. On retrouve le batteur Jeff Porcaro, et aux guitares rythmiques le brillant Steve Lukather (Toto encore !) et le jazz man Paul Jackson Jr. Pour le solo, Michael a besoin d’une pointure. Un guitariste flamboyant. Le hard-rock venant de faire son incursion dans la pop, il porte logiquement son choix sur le truculent Eddie Van Halen.
Eddie Van Halen & Michael Jackson (Victory Tour)
La légende raconte que le guitariste s’est pointé au studio au volant de sa Lamborghini, garant son engin en travers, devant la porte d’entrée. Elle dit aussi que Eddie après avoir consciencieusement écouté les bandes enregistrées par Michael et ses musiciens, a livré le solo en deux prises, quittant ainsi les studios trente minutes seulement après y être entré. J’aime bien la légende…
Une chose est certaine, Eddie Van Halen ne fut jamais rémunéré pour ce solo d’anthologie. Grand seigneur, sa contribution à l’histoire de la musique semblait lui suffire :
« Je l’ai fait comme une faveur. D’après le reste du groupe, mon manager, et à peu près tout le monde, j’ai été un idiot complet, mais on ne m’a pas manipulé. Je ne fais rien si je n’ai pas envie de le faire. »
Michael Jackson – Beat It
Human Nature
Le vaporeux « Human Nature » est issue d’un projet de Steve Porcaro pour le groupe Toto. Refusé par le chanteur Bobby Kimball, Quincy Jones et Michael Jackson héritent de la démo instrumentale. Tous deux apprécient beaucoup les harmonies et demandent au parolier John Bettis d’en écrire le texte.
Légitimement, c’est une mouture du groupe Toto qui assure l’accompagnement, épaulé par le percussionniste brésilien Paulinho Da Costa. Tandis que Michael applique au morceau un chant suave et fièvreux…
Michael Jackson – Human Nature
P.Y.T
Malgré l’éclectisme de l’album, le funk reste le genre inscrit dans l’ADN de Michael Jackson. En quête d’un titre fort, il fait appel à James Ingram, artiste et auteur prolifique du début des 80’s. Avec l’aide de Quincy Jones, il co-signe « P.Y.T » (Pretty Young Thing). Une véritable petite bombe funk digne des productions de Georges Duke, où dans les choeurs figurent les deux soeurs de Michael, La Toya et Janet…
Michael Jackson – P.Y.T
https://www.youtube.com/watch?v=JrdOsD0DEcs
Thriller
J’en arrive au titre éponyme. Si ce titre précurseur de la musique techno est l’oeuvre de Rod Temperton, c’est bien Michael l’instigateur du projet. Pour l’apothéose de son album, il souhaite évoquer l’univers fantastique des films d’horreur qu’il visionne régulièrement. Le genre est à la mode, le Roi de la Pop décide d’engager John Landis, réalisateur de la comédie « The Blues Brothers », et du film « Le Loup Garou de Londres » (très apprécié pour les scènes de transformations). Sur la version studio, et dans le clip, la voix de Vincent Price, grande figure du cinéma d’épouvante vient créer une ambiance glauque et effrayante.
Le clip (ou « video-clip » à l’époque) dure plus de 14 minutes. Il est annoncé comme une « première mondiale ». Chacun le découvre sur son poste de télévision le 2 décembre 1983. Un évènement sans précédent dans l’histoire de la musique. D’ailleurs, Thriller est plus qu’un clip, c’est un authentique court-métrage. Michael y incarne tour à tour un teenager mystérieux se transformant en loup-garou dans un film d’horreur, avant de se retrouver dans la peau d’un spectateur se jouant de la peur de son amie dans la salle de cinéma. Le film suivant les pas de la jeune fille nous entraîne au bout de son cauchemar, quand cette dernière réalise que son compagnon est en fait un mort-vivant, prêt à rejoindre une bande de zombies doués pour la danse…
Michael Jackson – Thriller
Plus qu’une réussite, les singles et leurs clips novateurs déclenchent une véritable révolution au coeur de l’industrie musicale. A une époque où Luke Skywalker et Tron peuplent l’imaginaire de millions de jeunes gens à travers le monde, Michael réalise son rêve de toujours. Devenir un héros, une créature relevant de l’imaginaire.
Fait marquant, le nouveau phénomène crée la sensation le 25 mars 1983, lors de la cérémonie du 25ème anniversaire de la Motown. Sur un nuage, Michael interprète « Billie Jean », et subjugue une assistance composée essentiellement d’artistes renommés, en exécutant pour la première fois en direct, son célèbre Moonwalk…
Billie Jean – 25ème anniversaire de la Motown
C’est le début de la déferlante Jackson. Après Thriller, Michael Jackson est célébré en tant que King of Pop, ouvrant ainsi la porte aux attentes les plus folles. Il passe alors du statut de star à celui d’îcone. Malheureusement, jamais plus il ne retrouvera l’état de grâce du Moonwalker.
Aldebert ? Tous les enfants connaissent, ou devraient. Honte aux parents qui n’ont pas fourni à leurs chères têtes blondes au moins un des quatre albums qui ennoblissent l’art des Enfantillages (2008) ! Sur le premier volume, la gouaille générale n’a d’égale que la nostalgie sous-jacente, en fonction de qui l’écoute.
« J’ai peur du noir », « On ne peut rien faire quand on est petit », « Pour louper l’école », « On m’a volé mon nin-nin », en quatre titres, le chanteur multi instrumentiste pose son décor. Plus l’ombre d’un doute ne subsiste quant au public concerné : les n’enfants ! Si ça n’est pas faux, les paroles des chansons tapant pile dans le mille, ça n’est pas pour autant que les « grands » y sont indifférents.
ALDEBERT – Pour louper l’école
« Pour louper l’école, je ferai n’importe quoi …», que celui ou celle qui n’a jamais tenté n’importe quoi dans ce but me jette la première sucette ! C’est en cela que l’on peut parler de nostalgie ou de réminiscence coupable ancrée au fond des chansons. Pour les adultes, les textes évoquent un « Monde perdu » : lorsqu’il ne fallait pas marcher sur les traits du trottoir au risque que ce dernier n’explose, que cailloux, bouts de ficelle, billes et plume d’oiseau tapissaient le fond des cartables. Au final, toute la famille se réjouit de vibrer communément aux rythmes et rimes de chansons tant malicieuses que gorgées de joliesse.
On ne peut rien faire quand on est petit
Question style musical, tout y passe! Pop, reggae, ska, rock festif, chanson française, berceuse, jazz manouche, new orleans … heavy metal ! C’est en cela qu’Aldebertse différencie des fabulistes. Outre le verbe, il fait preuve d’une contemporanéité musicale exemplaire : « Qué variété ?! ».
Non content d’associer les genres, il propose également une somme d’invités étonnante, de Marcel Amont à Elodie Frégé, de Maxime Le Forestier aux Ogres de Barback, d’Alizée à Sanseverino (et bien d’autres). Face à un tel festin, il eut été dommage de ne pas réitérer. Enfantillages 2 (2013), Enfantillages de Noël puis Enfantillages 3(2017) viennent épauler leur copain. Exploitation du filon à outrance ? Lassitude au bout de l’hameçon ? Même pas ! Du plaisir, rien que du plaisir !
ALDEBERT – Mon père il est tellement fort
Et les Enfantillages de Noël(2015) alors ? Quoi de neuf face à l’indétrônable Tino Rossi et son « Petit papa Noël » ? Et bien voilà ! Aldebert s’en empare mais plutôt que d’assurer une simple reprise …
Petit papa Noël (chamboulé!)
… il se l’approprie. Et Santa Claus, il en fait quoi ? Qu’à cela ne tienne !
Santa Claus attitude
Et ainsi de suite … Ah, non ! Encore une chose. N’avons-nous pas lu « Heavy Metal » quelque part dans cet éloge ? Et pourquoi l’éducation musicale des enfants devrait-elle faire abstraction d’un genre qualifié diabolique, bruitiste et violent ? Vous feriez quoi, vous, si on vous volait votre « nin-nin » ?
ALDEBERT – On m’a volé mon nin-nin
Au-delà du maelström musical, des textes foisonnant, Aldebert sait y faire qui s’adresse directement aux petits devenus grands en leur rappelant de ne jamais oublier qu’ils ont été des enfants. Parce que devenir « grand » ne signifie pas simplement atteindre un certain âge ou une certaine taille. Encore faut-il savoir qu’en faire …
Plus tard quand tu seras grand
… sur ce parcours qui, un beau jour, pour quelqu’un ou quelqu’une, servira de machine à remonter le temps.
ALDEBERT – Dans la maison de mon arrière-grand-père
Aldebert, chanteur pour enfants ? Pas seulement, pas seulement…
Qu’en est-il en EuropeduHair Metal ? TNT, combo norvégien, avec des chansons du calibre de « 10 000 lovers (in one) » ou « Tell no tales », sur Tell no tales (1983), valent bien un « Smell like teen spirit ». Permanentes et teintures contre cheveux raides et nature ? Spandex à paillettes contre à carreaux les liquettes ? On ne peut être bon que bûcheron, on en a cure de la manucure ? Revendiquons la possibilité de traces de gloss sur les tronçonneuses ou d’Exocets eye liner-isés. « Pardon ? Des Tarlouzes, des Tapettes faces à des Hommes » ? Ok, je vois où se situe le débat.
TNT – 10 000 Lovers (in one)
Pour ce qui concerne les solos mitraillettes, les descentes ou envolées de gammes travaillées au hachoir,Ronni Le Tekro, première gâchette chez TNT, présente un jeu de guitare assez comparable à celui de Nuno Bettencourt, le prodige-virtuose d’Extreme. Il foisonne ses graves et ses aigües en tirant sur les cordes comme d’autres sur les pianistes. Tony Harnell, quant à lui, hurleur suraiguë de première division, envoie ou susurre les couleurs du printemps sur un mode hivernal. Cette polyvalence harmonise à merveille les mélodies « FM-isées » du combo. En matière de chansons, si Tell no talesnavigue entre Queen et Dokken, autre combo « hairysé », il reste une production typique du groupe par la double signature de son guitariste et de son chanteur.
Tell no tales
Pour être convaincu de l’unicité de TNT, il n’y a qu’à se rendre surIntuition (1989) ou Transistor (1999), leurs Lps suivant. Ces garçons, qu’on les aime ou pas, possèdent un grain musical identifiable instantanément et ce même lorsque dix années séparent deux de leurs Lps. Gage de qualité ? Je ne sais pas. Dans la catégorie : « Ce sont-eux ! », on compte quand même quelques pointures dont AC/DC, Status Quo, Queen ou Van Halen, des références ! A méditer …
TNT – Listen to your heart
Tell no tales contient trois petites pièces musicales qui peuvent laisser perplexe. Ils sont assez nombreux ces guitaristes amoureux de leur pratique qui raturent quelques partitions sur le mode de l’écriture automatique. « Sapphire », « Smooth syncopation » et « Incipits » peuvent-elles être qualifiées de « psycho-musique » ? Il reste qu’elles font de jolies dentelles / introductions aux chansons qui les suivent.
En tout état de cause, d’une durée totale de 30’42’’, Tell no tales n’en souffre pas. Nous ne sommes pas dans le cas de ces albums de plus d’une heure où la masturbation du manche incite au giclement de cervelle.
TNT – Child’s play
Une question subsiste : TNT, en tant que patronyme, signifie-t-il « Tell no tales » ou se rapporte-t-il à l’explosif du même nom ?Rock, heavy et glam, la musique des norvégiens assemble harmonieusement les deux hypothèses, « façon puzzle ». Au final ? Un idéal de Hair Metal.
Si vous aimez les aventures et les films d’action mêlant le sexe, la drogue, les mafieux mais aussi les îles paradisiaques, voilà le livre qu’il vous faut. Mais attention, ce que vous vous apprêtez à lire est réel. Ce livre résume deux ans de la vie de ce baroudeur de la vie.
Dès les premières pages, vous plongez la tête la première dans un autre monde, une sorte de monde parallèle que vous prenez en pleine gueule et que très peu doivent connaître finalement. Une véritable vie de pirate moderne, comme le dit son auteur, il n’y a aucun doute là-dessus…
La ligne parallèle, un livre de Stefan Le Varan
«La ligne parallèle» c’est deux ans de ma vie, deux années d’une vie entière parallèle à une vie que vous pourriez appeler « normale ». C’est deux ans de voyages et de liberté achetés à coup de deal et de dope, du triangle d’Or au Venezuela, d’ouverture de Night-club au Belize, entre putes et rasta du ghetto. Mais aussi de rencontres, au Salvador, sous les tirs des kalachnikov Sandinistes et de paysages sublimes dans les îles des caraïbes. « La ligne parallèle » c’est ma vie, une authentique vie de pirate, naviguant toujours à deux cents à l’heure, refusant la routine et l’ennui…
« La ligne parallèle » c’est le premier livre de Stephan Le Varan.
Stefhan, grandit dans les Alpes, passionné de sport extrêmes, accro à l’adrénaline, il tombe dans les drogues lorsque sa famille, en pleine époque hippie est mutée a Paris.
Commence alors les voyages vers l’Orient, les festivals rock, la misère de la came et les casses qui l’enverront à Fleury-Mérogis à 18 ans. Une fois dehors et refusant toujours la discipline et les ordres, il monte ses propres « Bizness », Restos et Night-Clubs… sur la Côte Atlantique et dans les Alpes, jusqu’en Amérique centrale.
Dans les années 90, il passera sept ans dans le Showbiz côtoyant les plus grandes stars du rock, avant de s’échapper de France, direction les Caraïbes, avec, en bonus, les flics aux fesses. Il devient Pêcheur avec les rastas du coin, puis restaurateur et restera de nouveau sept ans dans cette situation, avant de s’installer en Inde où il vit depuis 18 ans maintenant.
Entre méditations et Ashrams où il rencontre quelques grands sages il s’installera à Goa en Inde. Lieu où il partage actuellement son temps entre plage, voyages en moto et trans-music parties.
Pirate de la vie, il a choisi d’avoir une vie libre de toute contrainte imposée par nos sociétés, il veut juste vivre ses rêves a fond !! Voila sa devise.
René Magritte met en scène des objets familiers qu’il place dans un espace irréel. L’œuvre du peintre qui nous vient en premier à l’esprit « La trahison des images« . L’artiste y représente une pipe avec la légende « Ceci n’est pas une pipe »; Le but étant de souligner que le tableau est la représentation de l’objet et non l’objet lui-même. Magritte déclare au sujet de ce tableau :
« La fameuse pipe, me l’a-t-on assez reprochée ! Et pourtant, pouvez-vous la bourrer ma pipe ? Non, n’est-ce pas, elle n’est qu’une représentation. Donc si j’avais écrit sous mon tableau “Ceci est une pipe”, j’aurais menti ! »
La trahison des images
René Magritte s’inspire de la réalité pour nous conduire à l’imaginaire. Il invite le visiteur à la réflexion avec des images, qui pour lui remplacent les mots. Ses tableaux véhiculent tous des messages.
René Magritte et la philosophie :
Le peintre « utilise la peinture pour rendre la pensée visible » ; initié par son ami poète Paul Nougé, il découvre les grandes œuvres philosophiques.
L’image transmet, exprime des idées et des sentiments, se substitue aux mots, rend la pensée visible, donc René Magritte veut faire de la peinture «l’égale de la poésie et de la philosophie»
Il n’hésite pas à se représenter en philosophe en 1936 avec « La lampe philosophique« .
La lampe philosophique
Un autoportrait où Magritte plonge son long nez dans une pipe, telle une trompe d’éléphant, c’est aussi une référence à Pinocchio, le plus grand menteur… Son regard narquois semble nous défier « Je ne suis pas dupe de vos mensonges« . Proche de lui, une bougie représente « la lumière de la philosophie ».
Pour parfaire ses connaissances en philosophie, René Magritte s’entoure de conseiller comme le philosophe belge Alphonse de Waelhens, spécialiste de Martin Heidegger. Notons aussi sa rencontre avec le penseur Michel Foucault qui est scellée par la rédaction d’un livre en 1973 « Ceci n’est pas une pipe ».
«La pensée est invisible, comme le plaisir et la douleur. Mais la peinture comporte une difficulté : il y a une pensée qui voit et peut être décrite de manière visible.»
« La condition humaine » 1935, une plongée dans le monde des faux-semblants.
La condition humaine
Comment ne pas se référer au mythe de la caverne de « La République de Platon » où l’on y voit des humains attachés au fond d’une caverne ; ils prennent pour réalité des ombres qui se profilent sur les parois de la grotte. Le philosophe traite de la connaissance et de l’opinion, il affirme que le lieu naturel des hommes est l’ignorance. Bercés par les sens et les préjugés, «la plupart des hommes vivent sous le joug de la “doxa”.»
Le chevalet posé à l’entrée s’efface et se superpose au paysage pour dénoncer le monde des apparences et des simulacres.
Avec « Le principe d’incertitude », les ombres sont mensongères…
Le principe d’incertitude
Une silhouette de femme se projette en prenant la forme d’un oiseau. Pour l’artiste, les ombres sont un leurre, et peuvent être une tromperie comme dans un jeu.
Dans « La reproduction interdite » 1937, la peinture est un faux-miroir !
La reproduction interdite
C’est le télescopage entre le vraisemblable avec le livre posé sur la tablette, et la transgression des règles du portrait ; le miroir reflète une image erronée en montrant un homme de dos et non son visage.
Une chose en cache une autre dans « Le fils de l’homme« , 1964
Le Fils de l’homme
René Magritte déclare au sujet de ce tableau «chaque chose en cache une autre, nous désirons toujours voir ce qui est caché par ce que nous voyons. Cet intérêt peut prendre la forme d’un sentiment assez intense, une sorte de combat entre le visible caché et le visible apparent».
Les débuts d’un amoureux des images.
Le jeune René Magritte est lecteur assidu de bandes dessinées, amateur de cinéma et de photographie, sans aucun doute c’est un amoureux des images. Il réalise ses premières toiles pendant la Grande Guerre. A l’Académie royale des Beaux-arts à Bruxelles, il rencontre des artistes de l’Art nouveau, qui comme l’impressionnisme, ne lui procure aucune satisfaction.
Le bouleversement s’opère lorsqu’il découvre le tableau « Chant d’amour » du peintre surréaliste italien Giorgio de Chirico. Un univers particulier où des objets familiers sont disposés dans un espace étrange et irréel.
Chant d’amour de Giorgio de Chirico
Cette rencontre influence toute l’œuvre de René Magritte. Dans ses toiles le peintre conjuguent la poésie et l’humour, il veut mettre en avant notre difficulté à différencier la réalité et l’image enregistrée par notre cerveau.
«Je veille, dans la mesure du possible, à ne faire que des peintures qui suscitent le mystère avec la précision et l’enchantement nécessaire à la vie des idées»
La saveur des larmes (1948)
La saveur des larmes
Le motif de la feuille d’oiseau est déjà apparu dans une gouache réalisée en 1946. Le peintre conjugue ici le monde végétal et animal dans un décor marin ; image idyllique d’une île, mais aussi une scène plus inquiétante avec la chenille qui mange la feuille.
René Magritte et la publicité
La publicité ? Un art qu’il méprise. Pourtant, pour gagner sa vie, il réalise de nombreuses affiches. Il puise dans son répertoire pictural surréaliste pour accomplir ses compositions.
La première réalisation est pour les « bouillons Pot au feu Derbaix » (1918).
Beaucoup d’autres suivront jusqu’en 1966 ; la dernière affiche est pour la Sabena, « L’oiseau de ciel », inspirée du « Retour« , une œuvre de 1940.
René Magritte, entre lumière et paradoxes
« L’empire des Lumières« , un illogisme déroutant dans cette série de tableaux exécutés entre 1953 et 1954.
L’empire des lumières
Au premier plan, une maison plongée dans le noir, éclairée par un lampadaire s’oppose au ciel bleu azur qui occupe le second plan.
Une association insolite qui nous transporte dans le domaine du rêve, où des personnes ou des objets s’associent alors qu’ils n’ont aucun rapport entre eux.
«Les images doivent être vues comme elles sont, j’aime les images dont le sens est inconnu parce que le sens de l’esprit lui-même est inconnu»
Les peintures de René Magritte sont des rébus, des fables qui poussent l’observateur à s’interroger sur la loi des apparences. Dans son monde onirique l’artiste navigue entre le visible et l’invisible.
«Tout dans mes œuvres est issu du sentiment de certitude que nous appartenons, en fait, à un univers énigmatique.»
Au dos de la pochette, ce sont les New York Dolls version cuir … version queer ? Il ne faut pas se fier au visuel du back-cover, ces « fillettes » made in US incitent à l’action musclée. Le maquillage, la mise en plis, les talons aiguilles et la moue provocante, sur Too fast for love (1981) : Mötley Crüe peaufine une image racoleuse. Cet appel au sexe fonctionne à merveille car si quelque chose fait tourner le monde, c’est bien de cela dont il s’agit. Côté musical, le propos est plus « poilu ». Des chansons adolescentes taguent le Kamasutrasur les murs de la ville, une sorte de glam heavy rock.
MÖTLEY CRÜE – Live wire
En guise de peinture, les garçons tripotent des armes lourdes et des objets tranchants. The dirt, autobiographie du groupe, dresse l’exact portrait des loupiots, de sales gosses en vérité. L’album compte dix titres dont au moins sept déforment les membranes des haut-parleurs. Somme toute, leur juvénile-rock-métallique ne « révolution-ne » qu’en tournant sur les platines mais, de « Live wire » à « On with the show », le breuvage relève quand même d’un certain Crüe. Pour le moins, ces pétroleuses possèdent de sacrées cuisses, amples en oreilles et capables d’âpres grand-écarts. Une fois tirées, on ne peut que les boire.
Merry go round
Émergeant du néant grâce à Too fast for love, le groupe rejoint en même temps la bande des « ¨ », des « trémas », sis en « ö » et en « ü » dans leur logo. La secte des trémas compte dans ses rangs des pointures du calibre de Blue öyster cult,Motörhead ou Queensrÿche. Énigmatique ? Vendeur ? Usité, voire ringard ? Surenchère, assurément.
De fait, nos voyous proposent quatre de ces petits points où les trois autres n’en revendiquent que deux. En français, depuis la réforme de l’orthographe de 1990, il est convenu de prononcer séparément la lettre placée sous le tréma. Ainsi, sous notre langue, Mötley crüe devient « M-ö-tley Cr-ü-e ». En centrant sur les deux voyelles : « öü », nous obtenions graphiquement, et avec un peu d’imagination, une rivière de perles au-dessus d’une poitrine féminine. Le propos s’oriente salace !
MÖTLEY CRÜE – Take me to the top
Sur la pochette, l’entre-jambe annonce la couleur. Le harangueur, au micro, confirme. Le coté efféminé, c’est pour rassurer, rameuter les copines : « Terrrrible ton gloss ! », « Chouette ta couleur ! », « Mmmmmmm, ce petit haut assorti aux bottes … ! ». Et la musique dans tout ça ? La bonne fréquence au bon endroit, l’overdrive réglé aux poils, elle vise sous la ceinture. Elle translate des enceintes pour masturber votre cerveau droit, centre du plaisir.
Piece of your action
A bord de chacune des chansons vous naviguez vers ce fleuve voulu par Nikki Sixx, bassiste et entrepreneur du combo, celui des Enfers : le Styx. A deux doigts de la noyade, vous adressez au ténébreux « héro-ïnomane » (deux ou trois OD à son actif) une ultime prière : « Take me to the top ». Alors, il tient la preuve que son disque vous a trouvé.
En conclusion, si l’on considère que le Hair Metal connait son summum dans les 80’s, on peut dire que Mötley Crüe, avec cet album, ouvre le bal.
La prose sociale, et parfois crue de Sixto Rodriguez, ses mélodies imparables, et ses instrumentaux chaleureux auraient pu faire de lui le Bob Dylan des seventies désenchantées. Voici l’histoire d’un poète des temps modernes. Un barde folk du ghetto de Détroit, avec la gueule d’un chef indien…
Sixto Rodriguez est issu d’une famille d’origine mexicaine de Détroit (Michigan). Il voit le jour le 10 juillet 1942. Sixième enfant d’une fratrie, il hérite du prénom Sixto. Il est initié à la musique et au blues par son père. D’un milieu populaire, il se montre concerné par la cause ouvrière et les inégalités sociales dés son plus jeune âge. Malgré certaines facilités, il quitte l’école dés le lycée pour se consacrer à la musique.
Sixto Rodriguez – Street Boy
Une brève carrière aux Etats-Unis
Il se produit chaque soir dans les bars mal famés de Détroit, reprenant les Beatles, Leonard Cohen et Bob Dylan. Sous le nom de Rod Riguez, en 1967 il enregistre son premier single …
Sixto Rodriguez – I’ll Slip Away
Il est finalement repéré par deux producteurs qui le recommandent chaudement au prestigieux Clarence Avent (futur président de la Motown). Ce dernier vient de monter son label Sussex Records. On lui conseille d’opter pour un pseudonyme plus américain, mais Sixto tient bon et publie en mars 1970 son premier album intitulé…
Cold Fact
Sous une pochette intrigante, dés l’entame du titre « Sugarman » (qui fera sa renommée quarante ans plus tard), on comprend que l’on a affaire à une âme de compositeur et une voix marquant les esprits.
Sixto Rodriguez – Sugar Man
Les morceaux sont bien construits, les mélodies accrocheuses, et les textes abordant le thème de la drogue, de la libération sexuelle, ou des inégalités sociales sont audacieux…
Sixto Rodriguez – Hate Street Dialogue
Si au début des années 70, le prog-rock, le glam et le hard semblent tout emporter sur leur passage, c’est aussi une période où les « folkeux » James Taylor, Neil Young et Cat Stevens produisent leurs oeuvres les plus acoustiques et les plus lucratives. Tout semble donc réuni pour que ce premier album soit une réussite.
Sixto Rodriguez – Rich Folks Hoax
Durant les années 60, Bob Dylan ne souhaitant pas devenir le porte drapeau d’une génération avait pris l’habitude de troubler ses textes sous une forme poétique. La prose de Sixto est moins littéraire, mais ouvertement contestataire. Elle s’inscrit dans la lignée des chanteurs américains engagés tels que Woody Guthrie, Pete Seeger ou Phil Ochs.
Sixto Rodriguez – This is not a Song, it’s an Outburst : Or the Establishment Blues
Pourtant, malgré un répertoire mélodieux et accessible, ses prestations scéniques laissent à désirer. Pour tout dire, même s’il en a l’enveloppe, Sixto Rodriguez n’a pas l’âme d’une star. Trop introverti, il semble mal à l’aise face au public. De plus, il réfuse systématiquement de se faire interviewer ou prendre en photo.
Les ventes ne décollent pas, mais Sussex Records continue de croire en son poulain. Il publie un nouvel album en 1971…
Coming From Reality
Epaulé par le guitariste Chris Spedding (Jack Bruce, John Cale, Roxy Music…), il se laisse convaincre par le producteur Steve Rowland (The Cure), de partir faire la promotion de l’album en Europe.
Chris Spedding
Un cran au dessus du premier, cet album bénéficie d’une production optimum. Le verbe est toujours aussi enflammé, et l’apport de Gary Taylor (basse), Andrew Steele (batterie) conjugué à celui de Chris Spedding offrent un répondant, ainsi qu’une section rythmique de grande qualité.
Sixto Rodriguez – Climb Up On My Music
La poésie du barde semble prendre son envol et Sixto signe quelques unes de ses plus belles compositions. Comme ce titre mélancolique et obsédant, sublimé par le violon et les arrangements de Jimmy Horowitz…
Sixto Rodriguez – Sandrevan Lullaby Lifestyles
Paradoxalement, et c’est un autre frein à son ascension, il parvient à vaincre sa timidité lorsqu’il s’agit de défendre la cause ouvrière ou la contre-culture américaine. Lors d’une conférence de presse aux Etats-Unis, il va jusqu’à écourter sa promotion pour tendre le micro aux Brown Berets (équivalent des Black Panthers hispaniques) afin qu’ils exposent leurs revendications concernant les conditions de vie des latino-américains.
Echec et disparition
Trop engagé pour l’époque et son pays de naissance ? Toujours est-il que les disques de Rodriguez restent dans les bacs. De manière prophétique, il évoque sa destinée prochaine dans le titre « Cause »…
« Cause I lost my job two weeks before Christmas… »
Sixto Rodriguez – Cause
En effet, à la fin de l’année 1972, deux semaines avant Noël, il est remercié par son label. Convaincu que ce milieu n’est pas fait pour lui, il rompt définitivement avec le monde de la musique. Bricoleur, il décroche un emploi de manœuvre sur un chantier et commence à alterner les petits boulots. Il exerce aussi comme éducateur bénévole et poursuit des études de philosophie en parallèle. Pendant ce temps, sans qu’il le sache, l’artiste jamaïcain Ken Boothe fait un tube de son titre « Silver Words » en l’adaptant dans une version reggae (en 1974).
Ken Boothe – Silver Words
En 1977, un label australien rachète les droits de ses deux albums afin de les compiler. Ce disque met à jour deux nouvelles merveilles, « Street Boy » (début d’article), et « Can’t Get Away » titre évoquant la difficulté d’échapper à la jungle urbaine et ses tentations…
Sixto Rodriguez – Can’t Get Away
Eclosion dans l’hémisphère sud
Si le documentaire « Searching For Sugarman » (Malik Bendjelloul) fait l’impasse sur cet épisode, je me dois de préciser que le succès de cette compilation fait de Sixto un artiste célèbre en Australie et en Nouvelle-Zélande dés la fin des années 70. Si bien qu’ils finissent par réclamer sa présence en 1979. Ayant totalement disparu de la circulation, il est aussi l’objet de nombreuses spéculations. Qui est donc ce mystérieux personnage figurant sur les pochettes ? Un sorcier ? Un extraterrestre ? Certains prétendent l’avoir vu se mettre une balle dans la tête devant un maigre auditoire médusé, d’autres qu’il s’est immolé par le feu en plein concert. Les rumeurs vont bon train et la légende décolle… mais en Océanie, uniquement !
Il aurait sans doute pu s’y installer et vivre confortablement sa vie, mais Sixto n’a décidément rien d’une star. Semblant gêné de susciter un tel engouement, il effectue une série de concerts entre 1979 et 81, dont une avec le groupe Midnight Oil. Il publie un album live, empoche quelques sous, et s’en retourne à ses études…
Sixto Rodriguez – Rodriguez Alive
En 1981, il décroche un master en philosophie mais continue d’alterner les petits emplois pour subvenir aux besoins de ses trois filles et leurs payer des études supérieures. L’histoire aurait pu se terminer de cette manière et je n’aurais plus qu’à vous expliquer comment le pauvre Sixto s’est fait voler une bonne partie de ses royalties (droits d’auteurs). Histoire sordide et déplaisante…
Symbole anti-apartheid
Fort heureusement, il arrive que la magie fasse son apparition dans la plus triste des histoires et vienne mettre à mal l’injustice. Même celle récurrente et tenace de l’art. La légende raconte que c’est une jeune touriste américaine en visite en Afrique du Sud qui aurait ramené une cassette de Sixto Rodriguez dans ses bagages, et l’aurait fait écouter à un jeune afrikaner. Par le biais d’un incroyable bouche à oreille, sa musique va devenir l’emblème d’une contestation contre le terrible régime de l’apartheid, au point de toucher deux générations d’adolescents.
La censure pratiquée par le gouvernement sud-africain sur plusieurs de ses titres ne fait qu’amplifier la fascination qu’exerçe déjà ses textes engagés sur la jeunesse opposée au régime. Même le révolutionnaire sacrifié Steve Biko était un adepte. Encore une fois, dans l’hémisphère sud, la rumeur de la mort de Sixto Rodriguez ne fera qu’enfler, faisant ainsi naître les théories les plus mystiques à son sujet.
Pendant ce temps, à Détroit, il poursuit son existence dans l’anonymat le plus total. C’est à ce moment que la technologie arrive avec sa baguette magique. Internet ! Grâce à cet outil révolutionnaire, la fille de Sixto Rodriguez a découvert un site sud-africain lui étant consacré. Et voilà notre bricoleur-éducateur-candidat à la mairie de Détroit (ça j’avais oublié de vous le dire !) et musicien à ses heures… parti pour une tournée triomphale en Afrique du Sud !
Sixto Rodriguez – Premier concert en Afrique du Sud (6 mars 1998)
La cape du héros
La moitié des gens sont en larmes, émus de découvrir enfin celui qui a rythmé leur jeunesse, et leur combat. Très touché par cet accueil, Sixto sent néanmoins qu’il n’a pas les épaules pour assumer et endurer une telle adoration. Il empochera de beaux cachets pour ses concerts avant de rentrer à Détroit mais ne sera jamais payé pour ses droits auteurs.
Sixto Rodriguez par José Correa
Comme Terry Reid, Sixto Rodriguez a su s’accommoder de son mauvais karma avec une grande philosophie. Ceux qui connaissent le film-documentaire « Searching for Sugar Man lui étant consacré voient certainement de quoi je parle…
Searching For Sugar Man – film complet (VOSTFR)
https://www.youtube.com/watch?v=FgCq_JPh1Q8
Pour conclure, j’en extrait cette courte anecdote narrée par sa fille…
Lorsque Sixto et sa famille arrivèrent sur le sol africain, ils découvrirent avec stupéfaction que la plus grande suite du plus grande hôtel de Johannesburg leurs avait été réservés. Sixto avait hérité de la chambre la plus luxueuse, avec notamment un lit immense. Au petit matin, la jeune fille retrouva son père allongé sur le canapé. Sixto trouvait le lit trop grand… comme la cape du héros, sans doute.
Sur le livret du disque Collection bleue (2001), le Volume I de ce qui apparaît d’avantage comme une rétrospective qu’une compilation, Alain Souchon a rédigé ces quelques mots :
«J’ai fait des chansons par ennui depuis mon enfance. Elles étaient simples et sans originalité, c’était pour passer le temps car le reste, les études, le sport, la politique ne m’intéressaient pas. Il n’y avait guère que les jeunes filles et la nature qui m’attiraient. Puis j’ai rencontré Laurent Voulzy et j’ai travaillé, et petit à petit mon goût s’est un peu affiné. Bien des gens ont aimé mes chansons et je me suis senti comme sorti de l’auberge, comme heureux. Voilà mon histoire».
Spectateur désabusé de son quotidien, Alain Souchon fait preuve de retenu, exprimant avec un certain aplomb qu’il n’est, en fait, certain de rien, subissant semble-t-il les vicissitudes du quotidien. « … Pour passer le temps … », « … mon goût s’est un peu affiné … », « … comme sorti de l’auberge, comme heureux », tout cela relève du ressenti, aucune affirmation. Modestie ? Être sur Terre doit bien correspondre aux projets de quelque chose ou de quelqu’un ?
Alain SOUCHON – Bidon
« … les jeunes filles … », ou l’adolescence en héritage, inépuisables sujet de dissertation. Les chansons de Collection I sont éloquentes quant à la capacité de leur auteur à centrer la cible. Clichés sépia, rose fané, nostalgie, amour romantique, tout ce qui fait mouche dans le cœur d’adultes à la recherche d’un temps où rien n’a d’importance que la couleur des yeux de l’autre. Les plus connues : « Allo maman bobo », « J’ai dix ans », « Bidon », « Jamais content », « On avance », « Y’a d’la rumba dans l’air », « Somerset Maugham », « On s’aime pas », « La p’tite Bill elle est malade », « S’assoir par terre », « Rame ».
Somerset Maugham
Onze titres sur les dix-huit que contient cet enregistrement ont été des top singles, des numéros un. Énorme ! Ce qu’on appelle un chanteur « populaire ». D’ailleurs, il suffit des trois premières notes de chacun de ces titres pour y plonger, paroles connues sans jamais l’avoir sciemment voulu. Sujet d’étonnement, sa collaboration, son indéfectible amitié avec Laurent Voulzy. L’un compose, l’autre écrit. Pour l’un, pour l’autre et, quelques fois, pour autrui. Mais ils ne sont jamais aussi forts que lorsqu’ils œuvrent pour eux.
Alain SOUCHON – Y’a d’la rumba dans l’air
https://www.youtube.com/watch?v=aEYfCP5-MY8
Laurent VOULZY – Le rêve du pêcheur
Souchon fait partie du patrimoine national. Au-delà de la sacro-sainte chanson gauloise, il siège tel l’un des rares représentants du Folk français, celui dont tout le monde voudrait se réclamer pour échapper à l’AOC « Variété ». Ils sont quelques-uns à redéfinir ainsi le cadre du kiosque où l’on voudrait les entendre jouer : Renaud,Bernard Lavilliers, Hubert-Félix Thiéfaine,Jacques Higelin, Maxime Le Forestier. Cas particulier passé du rock à « autre chose », Jean-Louis Aubert, partitions murissant, semble imperceptiblement se rapprocher d’Alain ; intéressant …
Si Collection Bleue porte en elle le folk d’un chanteur quasiment pop, Collection Rouge (2001), le Volume II, devient urbain.
Collection II
« Comme elle est partie, Jim a les nerfs, Jimmy boit du gin dans sa Chrysler … », Souchon vieillit mais ne rompt pas. Il conserve cette verve littéraire si particulière, ce talent à faire rimer des mots simples sans que ça le soit. Dix-sept titres pour celui-ci et dix cartons en radio, la radiographie d’un poète du quotidien : « Ballade de Jim », « C’est comme vous voulez », « J’veux du cuir », « Quand je serai KO », « Foule sentimental », « L’amour à la machine », « Sous les jupes des filles », « C’est déjà ça », « Rive gauche », « Le baiser ». Par contre, comme annoncé, la musique change de décennie, adopte des accents plus récents, des sons et rythmes plus … « dansants ».
Sous les jupes des filles
Mais les sujets restent, récurrents : des filles, des amours déçus, d’autres en devenir. Nonobstant, par place apparaissent des thèmes un rien nouveaux. Entre deux baisers volés, l’immigration et le cuir, à dose homéopathique, récurrence de ce que « Poulailler’s song » picorait déjà : des tracas. Asséner une droite puis une gauche, on ne l’en croyait pas capable et c’est pourtant ce qu’il se permet au risque d’émouvoir son auditoire. Un tournant ? Disons un virage, peut-être, rien qu’une courbe au bout du clavier, de celle qui mène aux combles féminins. « … des gros seins, des gros culs … » ne feront pas de vague, d’autres préoccupations plus vitales prendront bientôt la place.
Alain SOUCHON – Le baiser
Le dernier Lp du chanteur date d’octobre 2019. Dix-huit années se sont écoulées entre Collection I et II et ce dernier. Dix-huit années, le nombre de chansons comprises sur le Tome I. Présage ? Qui sait … En tout état de cause, ces quatre fines galettes de vinyle noir n’ont pas fini de valser sur les plateaux des platines. Toutes celles et ceux qui, au-delà des « genres » musicaux, aiment se laisser porter par les notes et les mots, porte dans leurs regards ce plaisir enfantin. Après tout : « J’ai dix ans ».
J’ai dix ans
Au fait, un album bleu, un album rouge … une influence …
De « Apache » à « Allumer Le Feu », 48 ans de Tubes divers et (a)variés
101 Tubes de l’Eté
Une Bonne Play-List pour la Plage ou pour la Marche
Quand un biographe officiel du groupe Abba en francophonie (Jean-Marie Potiez) rencontre un adepte de Bram Stoker et de Dracula (Alain Pozzuoli), ça donne curieusement ce 101 Tubes De l’Eté. Dans une période tourmentée et incertaine, il va faire bon se replonger, pour les plus anciens ou découvrir pour les plus jeunes, ce qui a donné le meilleur et le pire des succès de l’été.
Oui, ce n’est pas parce que le public a plébiscité certains titres entre 1960 et 1998, qu’ils sont tous d’une qualité irréprochable. Les auteurs se sont basés avant tout sur les ventes et le classement dans les différents charts (français, bien sûr, mais aussi à travers le monde).
The Shadows – Apache
Histoire de remettre les choses en place, notamment dans l’hexagone, il faut se rappeler que jusqu’à la fin des seventies, il n’existait que trois radios (RTL, Europe 1 et France Inter) et quelques tartufferies télévisuelles sur les trois chaînes existantes, relayées par Guy Lux et plus tard par Michel Drucker, toujours en play back bien entendu.
The Rolling Stones – (I Can’t Get No) Satisfaction
Alors au niveau matraquage, les auditeurs et/ou spectateurs n’avaient guère le choix. Ceci dit il y a eu quelques perles et on va parler un peu de rock quand même, à cette période. Evidemment « Satisfaction » des Stones tétanise tout le monde mais avant « Apache » des Shadows avait produit son effet. On ne peut pas passer à côté de « Sunny Afternoon » des Kinks, de « All You Need Is Love » des Beatles, de « House Of The Rising Sun » des Animals d’Eric Burdon.
Eagles – Hotel California
https://www.youtube.com/watch?v=x47aiMa1XUA
« I’m Not In Love » de Ten Cc, « Hôtel California » des Eagles et « Radio-Activity » de Kraftwerk viendront chatouiller nos oreilles dans les années soixante-dix. Et c’est à partir des années quatre-vingt que tout va changer avec l’ouverture des radios locales et des chaînes de TV qui se multiplient. Sans parler du vidéoclip qui s’installe et va devenir quasiment plus important que la chanson tandis qu’un vrai/faux top 50 s’affiche également. Les dés deviennent davantage pipés mais on peut y retrouver « Let’s Dance » de Bowie, « Marcia Baila » des Rita Mitsouko ou le slow mortel de Scorpions « Still Loving You ».
Scorpions – Still Loving You
https://www.youtube.com/watch?v=TUWCdkzgfSo
Les nineties ne feront qu’accentuer les prédictions et seul le beau « Seven Seconds » de Neneh Cherry et Youssou N’Dour mérite d’être cité.
Youssou N’Dour & Neneh Cherry (7 Seconds)
Ont été omis volontairement tout ce que la variété française a montré de pire (Sardou, Dassin, Dave, Claude François, Sheila, etc.) mais aussi de meilleur, hélas (Barbara, Georges Moustaki, Léo Ferré, Gainsbourg, Polnareff). Et puis aussi des oublis (Procol Harum, Canned Heat, Eurythmics par exemple). Bref il y a de quoi s’y retrouver en découverte parce qu’on y trouve de petites pépites avec beaucoup d’anecdotes et de se plonger dans une certaine nostalgie. L’été sera chaud… ou pas.