Billy JOEL – The Stranger

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Billy JOEL – The Stranger (1977)

Billy Joel

Quel bel et bon disque que voilà : Billy JoelThe Stranger. Sorti en septembre 1977, entre le premier Clash (avril) et le Sex Pistols (octobre), Billy Joel s’en donne à cœur joie dans une pop / rock ouvragée dépourvue du moindre crachat. Par contre, que de fleurs au bouquet, un véritable feu d’artifices musical ! Pour parvenir à ce résultat, il mobilise des vents, des cordes, des cuivres, une pléthore d’instruments à palette modulable. Les couleurs ainsi créées colorisent et ambiancent les neuf titres de l’album. Pour entretenir un esprit rock, l’électricité circule par l’entremise d’une guitare omniprésente.

Billy JOEL – Movin’ out

Bien sûr, sous la ligne de flottaison, tous les titres présentent un ancrage de piano. Dès 1973, Joel met les choses au clair via la chanson « Piano man », son premier succès public (cinq millions d’exemplaires écoulés, quand même …). Étrangement, sur ce titre, on peine à reconnaître sa voix. Elle sonne d’avantage Bowie que « lui-même ». De fait, à partir de The Stranger, Billy Joel adopte une intonation et un accent qui vont le caractériser tout au long de ses futures productions, de « Honesty » (1978) à « Uptown girl » (1983) et au-delà.

« Just the way you are », perle nacrée de The Stranger, fragrance Stevie Wonder, son de piano électrique reprenant celui de « Fool to cry » (1976) des Stones, expose la rondeur et le phrasé de BJ, spécificités qui emportent toutes réticences à l’écouter.

Just the way you are

Ce disque exhale un parfum d’huile d’olive, de basilic, de parmesan, effluves chaudes et aillées au sortir des fourneaux d’une trattoria. Peut-être est-ce dû aux quignons de pain et aux verres de vin rouge posés sur cette nappe à carreaux ? Verso de pochette versus table dressée pour la pasta ou la polenta ? D’origines anglo-allemandes, le chanteur semble avoir l’Italie en point de mire. La musique ne dément pas. Aucune martialité teutonne ou pop britannique dans la galette, rien que le Bronx, Long Island et New York en points d’orgue, Cité et quartiers chamarrés traversés de courants italiens, irlandais et afro américains. Ça méritait bien une chanson.

Billy JOEL – Scenes from an italian restaurant

Même lorsqu’il évoque la capitale autrichienne dans « Vienna », sa vision rejoint d’avantage celle d’un John Irving, célébrant les salons de thé, les ruelles pittoresques et les chanteurs de rue : le peuple, la bohème, plutôt que les casques à pointe de l’Empire Ostro-Hongrois. Serait-ce le secret de l’Elton John américain ? Son Rosebud ? Sans verser dans la simplicité, tailler des tranches de mortadelle garnies de pistaches plutôt qu’éventrer la rogue d’un esturgeon pour en extraire le caviar ? En connexion directe avec ses fans, il « mélodise » leur quotidien.

Vienna

Sans doute persuadé qu’une vie d’artiste se doit d’être courte et brûlante, que « Coke » ne signifie pas que « Coca », il signe une chanson prémonitoire pour beaucoup : Hendrix, Morrison, Cobain, Whinehouse … mais pas pour lui. A soixante et onze ans, il continue à taquiner les touches blanches et noires d’un Steinway sans se départir d’un sourire bienveillant qui, au fil du temps, a creusé des fossettes dans ses joues rondes. « Seuls les bons meurent jeunes ? » …

Billy JOEL – Only the good die young

… s’il fallait une exception … The Stranger, un bel et bon disque à jouer et rejouer à satiété.

Thierry Dauge

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