GANAFOUL – Full Speed Ahead Saturday Night

Découvrir les deux premiers albums de Ganafoul près de cinquante ans après leur sortie s’apparente à exhumer un trésor. En effet, qu’il s’agisse de Saturday Night (1977) ou Full Speed Ahead (1978), les chansons n’ont pas pris une ride, le son des albums est même bien meilleur – superbe ! – que celui de la plupart des productions actuelles. Les guitares cisaillent, la basse gronde, la batterie virevolte – davantage sur Saturday Night où les roulements pleuvent dans tous les coins ; le batteur a changé entre les deux opus. Et si les textes sont en anglais, ils coulent de source, sont interprétés sans le moindre accroc et/ou diction disgracieuse imputable à l’accent français.
GANAFOUL – Full Speed Ahead
Mixe entre Status Quo, Rose Tatoo, AC/DC, voire Telephone et Aerosmith, ça pulse dans les chaumières de Givors, leur port d’attache, au Sud de Lyon. Sur un titre comme « Nothing More », seconde plage de Full Speed Ahead, le trio passe même de l’un à l’autre, en l’occurrence de Status Quo à AC/DC, sans décrochage, dans le velours – barbelé ! Puis les garçons livrent une version incendiaire de « I’m A King Bee », titre de Slim Harpo (1957) repris en leurs temps par rien moins que les Rolling Stones et les Doors ! C’est dire le culot de nos pseudo-Gones. N’ayant peur de rien ni personne, une power ballade heavy / country, « Waiting For The Show », est livrée al dente en compagnie d’une frangine plus bluesy, « Trying So Hard », où une guitare slide aux glissandos dégoulinant de saillantes et sémillantes mélodies.
Nothing More
On peut préférer le premier album, Saturday Night, à Full Speed Ahead, plébisciter une approche plus brute de fonderie, un son plus direct et « naturel ». Mais ce serait se priver que de ne conserver qu’un de ces deux dragsters. Ils allument conjointement des feux boogie rock en dignes cousins français des texans de ZZ Top.
Ce dont on peut par contre s’étonner, c’est que le grand public soit passé à côté, ait centrée son attention sur Telephone (ou Trust) à leur détriment. Ganafoul apparait pourtant tout aussi talentueux. Est-ce à penser que dans notre pays on ne peut se reconnaître que de l’un ou de l’autre, jamais des deux ? Alexandre Dumas se serait donc trompé en faisant clamer ses mousquetaires : « Un pour tous, tous pour un ! » ? Nenni !
GANAFOUL – Roll On
A une époque où tout est devenu accessible, nous aurions tort de nous priver d’un tel festin, de canoniser un malheureux / bienheureux sans se pencher savoureusement sur les autres. Parmi ces « autres », Ganafoul méritait la première marche du podium. Pour ne pas (ne plus) en douter, il n’est qu’à les écouter. Du rock en anglais, certes, mais aux français !
Thierry Dauge












