LOVE AND ROCKETS : les avatars des musiciens de Bauhaus – 4e partie

0
378
La culture se partage !

Les trois derniers albums…

L&R en 1996
Love And Rockets en 1996 : Kevin Haskins, Daniel Ash, David J.

5 ans ! Il aura fallu cinq ans au trio Love And Rockets, les musiciens de Bauhaus, pour assumer et dépasser le succès de l’album du même nom, porté par son Hit inattendu So Alive (Lire Love And Rockets : 3e partie). En Septembre 1994 paraît enfin leur nouvel opus. Sa pochette propose à nouveau une variation du logo emblématique. Ça sera le seul signe conforme au rituel.

 

HOT TRIP TO HEAVEN (1994)

En effet, quel choc quand on lance le disque ! Une longue intro instrumentale et ambiante puis le développement d’un thème répétitif sous influences Electro ! Plus rien du Trash Rock tout en fuzz ! C’était déjà audible dans les œuvres solo du chanteur / guitariste  Daniel Ash : le gars apprécie aussi l’Electronica et la Dance.

Love And Rockets – Body And Soul – Hot Trip To Heaven (1994)

Effectivement, la fin des années 80 et le début des nineties sont marqués par l’émergence d’une nouvelle vague électronique sous toutes ses formes : Ambient, Techno, Acid House, Trip Hop, Indus… Les enfants de Kraftwerk, Tangerine Dream et Suicide rayonnent dans les charts, les Rave Partys et les performances.

Ash, le chanteur / bassiste David J, et son frangin batteur Kevin Haskins découvrent ainsi The Orb, Orbital, ou Leftfield. Cette tendance Electro imprègne aussi d’autres formations de l’ancienne New Wave, ainsi U2 pour Achtung Baby (1991) et surtout Zooropa (1993) ou même The Cure pour leur curieuse collection Mixed Up (1990). Dans le cas de notre trio, n’oublions pas que leur premier succès Ball Of Confusion en 1985 annonçait déjà cette tendance. Quant au phare mythique de Bauhaus, Bela Lugosi’s Dead, c’était avant tout un long dub, même hanté.
Les gars décident donc de revenir en cassant leurs habitudes : La notion de chanson disparaît au profit de la répétition des séquences. Ils travaillent les compos d’abord avec des boucles de claviers, des machines ou des percus mais pas les guitares. Ces instruments traditionnels et les voix sont parfois présents mais ajoutés ensuite et triturés comme le reste. Notons la participation éclairée de Natacha Atlas, la chanteuse belge et égypto-anglaise du groupe Transglobal Underground. Elle apporte une nuance de sensualité et d’orientalisme opiacé bienvenue aux morceaux dans l’esprit de la regrettée Ofra Haza pour les copains de Sisters Of Mercy. Natacha joue aussi des percussions.

Ugly

Un tel changement quasiment bowien (“ChchchChanges !”) déplaît à la maison de disque du trio qui donc les lâche. Heureusement, Rick Rubin apprécie les démos et récupère le groupe sur son label American Recordings pour la réalisation de l’album.

Ce volume ambitieux et radical, à la production comme toujours soignée, long de plus d’1 heure répartie sur 10 titres recueillera un accueil critique plutôt favorable. Pourtant le public de Bauhaus et de Love And Rockets approchera cette création avec perplexité voire incompréhension, entraînant un véritable flop. Ce que regrettera toujours le gang qui affectionne encore ce manifeste électronique. Too much, too soon ?

 

SWEET F.A (1996)

Sweet F.A, verso
Sweet F.A, verso de la version CD

Après l’échec commercial de Hot Trip To Heaven, l’objectif principal du nouveau disque est de renouer avec le son des autres productions de Love And Rockets. Mais la poisse continue quand un incendie se déclare dans le studio de American Recordings, détruisant leurs instruments, une partie des enregistrements et blessant leur pote Genesis P. Orridge de Psychic TV ! La pochette à la Telecaster vraiment carbonisée – et sans leur logo fétiche – illustre parfaitement cette séquence de déveine de même que le Sweet Fuck All de l’intitulé.

Love And Rockets – Judgement Day – Sweet F.A (1996)

Et le contenu ? En fait, les gars synthétisent leurs différentes tendances antérieures ou plus récentes, alternant ou mélangeant titres plutôt Trash Rock dans la lignée d’Express ou L&R, plutôt acoustiques dans l’esprit de Earth, Sun, Moon, ou Electro Dance comme l’album précédent.

Shelf Life

Pour la première fois, on sent le groupe un peu désorienté, et surtout amer, un sentiment qui transparaît parfois dans les thèmes. On peut noter également que certains des titres les plus radicaux figurent dans la dernière partie de cette longue collection, plus d’une heure encore une fois.

Here Comes The Comedown

La production du tandem John Fryer / Love And Rockets s’avère toujours remarquable de même que l’interprétation vocale et instrumentale des gars, faut-il le rappeler ? Et heureusement le succès – modeste hein, ce n’est pas So Alive – du titre Sweet Lover Hangover remontera quelque peu le moral du trio et soutiendra cet opus de de la contrariété et la désillusion.

Sweet Lover Hangover

Sweet F.A s’est bonifié avec les années. Ça reste un album convaincant et original, mais surtout c’est le dernier à incarner le côté Rock à guitares du gang.

 

LIFT (1998)

Ultime volume de Love And Rockets, Lift reprend les aventures électroniques de Hot Trip To Heaven. Installés cette fois chez le modeste label Red Ant, les gars se retrouvent libres de se réinventer et de s’élever, d’où le titre. Alors que le design affiche une dernière variation de leur célèbre logo, la mutation musicale passe à nouveau par l’Electronica. Coproduit par Doug DeAngelis, le disque est une longue variation – presque 70 minutes – en 13 séquences présentant leur vision de la création électronique.
Ainsi R.I.P 20.C, premier single, évoque incontestablement le Kraftwerk de l’album The Mix (1991) par ses voix traficotées et son beat irrésistible.

Love And Rockets – R.I.P 20.C – Lift (1998)

D’autres morceaux rappellent les transes hypnotiques de Massive Attack. Plus loin, les gars jouant du sampler avec un plaisir pervers autocitent Bauhaus pour le long titre Resurrection Hex et même les “Prince Charming” de Adam And The Ants, histoire de titiller la mémoire des fans en noir. Certains y verront un signe du Comte… On y reviendra.

Resurrection Hex

L’autre titre retenu pour illustrer l’album, Holy Fool, permet à Daniel Ash de montrer sa nouvelle garde-robe décadente et ses copines, dont Jill Cunniff de Luscious Jackson à la sérénade sensuelle. Un morceau impérissable ? A vous de juger.

Holy Fool

Peu chroniquée ou conseillée par les esthètes des Médias, avec une distribution du disque famélique, cette septième et ultime œuvre de Love And Rockets ne trouvera pas son public malgré les échos de bonnes restitutions scéniques. D’autant que comme annoncé par les fantômes de Resurrection Hex, le formidable Bauhaus se reformera au moment même de la sortie du LP, la sombre entité voilant ainsi de son aura le dernier épisode de ses troubadours en vadrouille…

Las, Daniel Ash, David J. et Kevin Haskins mettront fin à l’aventure Love And Rockets en 1999. La tentative d’une reformation en 2008 lors de quelques dates dont le Festival Coachella n’y changera rien.

My Drug

Les trois derniers disques de Love And Rockets n’ont pas été réédités, ni en CD et encore moins en vinyle. Souhaitons que cette modeste saga participe à une réhabilitation de ce groupe fascinant et une (re)découverte de ses pépites oubliées…

Ps : La très bonne compilation CD / DVD Sorted ! The Best Of Love And Rockets / Beggars Banquet qui résume tous leurs avatars est encore disponible.

Bruno Polaroïd

Did you enjoy this article?
Inscrivez-vous afin de recevoir par email nos nouveaux articles ainsi qu'un contenu Premium.