Gossip, l’excellence de Standing In The Way of Control

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En 2006, avant le célèbre « Music For Men », le trio Gossip emmené par sa chanteuse charismatique Beth Ditto, avait déjà donné dans l’excellence.

Beth Ditto voit le jour en 1981 à Searcy (Arkansas). Sa jeunesse est troublée par de sombres histoires d’inceste la poussant à se réfugier dans la musique. En réalité, malgré d’évidentes prédispositions dans ce domaine, Beth est en quête d’un exutoire à sa colère. Sans entrer dans les éternelles comparaisons auxquelles se sont livrés les médias lors de son éclosion, le destin de Mary Beth Patterson comporte quelques similitudes avec celui d’une certaine Janis Lyn Joplin

Dans cette petite ville traditionaliste, son homosexualité et sa forte personnalité ne sont pas appréciés. Sa mère écoute Madonna, Peter Gabriel et Culture Club, son père est plus porté sur les Bee Gees ou Johnny Cash. A l’âge de 14 ans, le post-punk des Raincoats et l’éclosion de Nirvana vont l’entraîner du côté Rock’n’Roll….

Naissance du trio

Désireuse de rallier une région plus émancipée, elle quitte son foyer à l’âge de 18 ans pour la ville d’Olympia (Washington). Elle fait la route avec ses deux amis, le guitariste Nathan Howdeshell (aka Brace Paine) et la batteuse Kathy Mendonca. Partageant le même logement, les compositions affluent rapidement, et le trio effectue quelques prestations remarquées au cours de l’année 1999.

Gossip (1ere formation)

Le talent et la polyvalence du guitariste offre une réponse de taille à la voix et au charisme phénoménal de la chanteuse. Les Gossip enregistrent deux premiers opus résolument rock sous le label indépendant K Records, That’s Not What I Heard (1999) et Movement (2003).

Comme souvent, dans un combo à trois, la qualité de la section rythmique est primordiale. Si les riffs de guitare tronçonnés et les lignes de basse de Brace Paine font déjà mouche sur les deux premiers albums, c’est la partie batterie qui va donner une autre dimension au groupe.

Gossip : Standing In The Way Of Control

Gossip - Standing in the way of control

L’arrivée de Hannah Blilie, en remplacement de Kathy Mendonca, ouvre des perspectives plus larges au trio. En 2005, le groove fait alors irruption dans leur registre punk, pour un troisième album faisant date, “Standing in the Way of Control”.

Si le premier titre “Fire with Fire” reste dans la veine garage de leurs débuts, il annonce le nouveau son Gossip, et prépare le terrain pour un propos acéré…

Gossip – Fire With Fire

A cette époque, la branche conservatrice américaine tente de faire intégrer à la constitution des Etats-Unis d’Amérique un amendement fédéral sur le mariage interdisant l’union de deux personnes du même sexe. En réaction, Beth Ditto signe un texte combatif prônant le maintien de la lutte contre l’homophobie.

Le titre s’ouvre avec un matraquage de fûts dans les règles, sur lequel Brace Paine insère un riff “stoogien” et une basse disco. Ce curieux mélange est d’une redoutable efficacité. En particulier quand la voix guerrière de Beth Ditto fait son apparition. Son chant à vif est remarquablement maîtrisé, et ses envolées donnent des frissons. Une entame d’album magistrale qui met le groupe sur une voie royale. Le titre grimpe à la 13ème place des Charts anglais…

Standing in the Way of Control

Le plus fort, c’est que la suite tient parfaitement la comparaison. “Standing in the Way” est un album sans faiblesses. “Jealous Girls” fera un troisième single tout aussi énergique que le premier. Une basse obsédante relève le tempo martial de Hannah Blilie, tandis que Beth Ditto déplore l’attitude de ses premières groupies…

Gossip – Jealous Girls

Cet album impressionne par ses harmonies autant que par son énergie. Dans sa course folle, il offre un titre cristallin. Bien que totalement accessible, “Coal to Diamonds” est une bizarrerie. Un genre de ballade garage et minimaliste, où la voix de Beth Ditto fait merveille…

Gossip – Coal to Diamonds

La maîtrise de ce jeune trio est telle qu’on en déplorerait presque la présence d’un ou deux titres timorés, juste histoire d’espérer mieux pour le prochain album. A ce stade, si vous pensiez avoir entendu le meilleur, vous faîtes fausse route. Après le shoot d’adrénaline de “Eyes Open”, déboule en sixième position le joyau de ce troisième opus.

Un riff envoûtant s’empresse d’alpaguer l’oreille de l’auditeur dès les premières secondes. “Yr Mangled Heart” est un rock imparable chargé d’électricité, mais que dire de la performance de Beth Ditto ! Rappelant les grandes heures de Janis Joplin, elle allie technique, puissance et émotion avec une maîtrise remarquable. Et s’il faut marquer les esprits à travers un titre, alors nul doute que celui-ci deviendra un jour son chef d’oeuvre impérissable. Un titre dans lequel la chanteuse formule une demande, on ne peut plus légitime…

I don’t want the world
Je ne veux pas le monde

I only want what I deserve
Je veux seulement ce que je mérite

Gossip – Yr Mangled Heart

Sur scène, véritable boule d’énergie, Beth Ditto assume complètement sa morphologie.

Boudés aux USA, encensés en Europe

Beth Ditto

J’ai une très bonne relation avec moi-même. Ma citation favorite :  » Ce que vous pensez de moi ne me regarde pas. »

Soucieuse de transmettre sa confiance, elle affiche régulièrement ses formes lors de concerts ou séances photos, et encourage les autres à en faire de même. Dans le clip de « Listen Up », jouant de son obésité, elle tient une pizza à la main en signe de provocation.

Si l’intérêt du groupe pour le disco et la musique dance-floor ne transparaît qu’à travers certaines parties rythmiques, ce titre préfigure une nouvelle teinte faisant l’originalité des deux opus suivant. Deuxième single extrait de l’album, il joue sur une alternance rock/dance, sans sonorités électros, mais étonnamment crédible.

Gossip – Listen Up

Célèbre pour ses prises de position contre l’homophobie, ainsi que pour ses shows fiévreux et dénudés, Beth Ditto est une figure trop subversive pour son pays d’origine. En revanche, portés par le single éponyme, devenu le générique non-officiel de la série Skins, Gossip fait un malheur en Angleterre. A sa sortie, le 24 janvier 2006, l’album grimpe en 13ème position dans les charts.

Les médias commencent à s’intéresser au trio de l’Arkansas, et en particulier à l’attraction Beth Ditto. Pas farouche, la screameuse se prête au jeu, et profite de sa notoriété pour diffuser son message de tolérance. Elle revendique également ses influences vocales, sans la moindre crainte des comparaisons. Janis Joplin, Tina Turner, Siouxsie, Aretha Franklin, Dusty Springfield ou encore Cindy Lauper font parties de son patrimoine.

Très attendu, l’album suivant « Music For Men », sera salué par la critique et célébré par un plus large public.

Serge Debono