NIRVANA : en concert et en studio

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NIRVANA – L’Enfer au Paradis

En studio

Lorsqu’un groupe ou une chanson de rock parviennent à mobiliser des personnes qui n’entendent rien aux choses du « milieu », qui n’écoutent pas la radio ni ne lorgnent la télévision, qui ignorent jusqu’à l’existence de Youtube (!), on peut en déduire que la, le, ou les protagonistes bénéficient d’un plébiscite planétaire. « Smell like teen spirit » relève de ce postulat.

En quelques semaines, par assimilation, Nevermind tourne au diamant. Nirvana devient LE groupe, l’instigateur/fondateur d’un nouveau courant musical : le Grunge. A partir de là, c’est la cascade : la chantilly médiatique « cerise » le trio sur son Lp, tout en haut du « gâteau » commercial qui s’annonce. En examinant de plus près la personnalité du chanteur, on aurait pu se douter que ce début finirait mal, que Kurt Cobain ne vivrait pas l’aspect mercantile de son entreprise comme une réussite.

NIRVANA – Smell like teen spirit

Pris dans la « hype », des combos originaires de Seattle intègrent l’ouragan grunge : Alice in Chains, Soundgarden … les plus connus. Pour qui possède un minimum d’oreille, aligner ces trois formations sous le même drapeau fleurte audacieusement avec l’ineptie (?). Autant Alice in Chains et Soundgarden, en référence au Sabbath Noir, parsèment leur musique d’escarbilles métalliques, autant Nirvana produit des sons d’inclinaison Stooges et MC5. L’évidence « punk » se mêle à la vision propre de celui qui subit la destinée de sa création.

Faille-t-il surmonter l’avanie de tout un fan club, la réalité force l’écriture : le grunge, comme le punk anglais fut aux Pistols, c’est Nirvana. Si les autres groupes, Mudhoney, Screaming Trees, Pearl Jam compris, pratiquent un rock rugueux, une pierre ponce, un granité granitique, sorte de resucée du Loner en colère (Neil Young),Nirvana joue autre chose. En fonction de l’humeur de Cobain, des ombres noires qui hantent son esprit, il écrit : « Come as you are », « Lithium », « Polly », « Territorial pissings », des partitions personnelles. Le reste est une question d’interprétation, de goûts

NIRVANA – Territorial pissings

En concert

Nirvana

Le 24 juin 1992, le « nouveau-né » plante son chapiteau au Zénith de Paris. Punk ? Depuis les gradins, personne n’avait jamais vu la « fosse » pogoter d’un commun élan avec autant d’entrain. Ondulant au rythme du groupe, les vagues se suivent desquelles surgissent, telle l’écume, des « body slamant ». Le trio joue serré mais …

NIRVANA – Come as you are (live)

Étonnamment, malgré une réputation scénique faisant état de « déchirures », malgré un public en transe, ce soir-là, les musiciens appliquent la règle de l’inamovibilité. Le show déroule ses guirlandes de notes saturées sans que l’âme pyromane des brasiers musicaux ne vienne incendier les psychés. Les tournées, incessantes autoroutes d’une ville à une autre, le bruit, la fureur, les fuméesl’usine ? Les corps fatigués rechignent. Même les mots. Pas une fois Cobain ne s’adresse à la foule. Les jeunes plantes se « chlorophyllisent », agitent leurs corps envoûtes, parkinsoniens avant l’heure, pendant que les briscards, ces hussards revenus de tous les « combats rock », rêvent au Clash. A quel camp l’objectivité sied-elle le mieux ? Plutôt que d’opposer les générations, savourons l’instant car il n’en n’est pas tant qui intègre la Légende.

Thierry Dauge – Cultures Co

NIRVANA – Lithium