Sex Pistols : de « NO FUTURE » à GOD SAVE THE QUEEN

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SEX PISTOLS : No Future

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Sex Pistols : de NO FUTURE à GOD SAVE THE QUEEN

Lorsque les Pistols écrivent la chanson No Future, ils ignorent qu’elle va connaître un parcours semé d’embûches, la censure, la violence mais aussi le succès.

6 décembre 1976, la tournée «Anarchy In The Uk» débute à Leeds

Pour cette tournée, les Pistols joue un nouveau titre sur scène, «No Future». Celui-ci passe en revue tout ce que Johnny Rotten reproche à la monarchie anglaise, être un régime fasciste avec une reine qui abrutit son peuple et un pays qui n’est qu’une attraction pour touristes. La structure musicale est un rock lourd basé sur des plans façon Chuck Berry joués plus lentement. Mais alors que la plupart des compositions Pistoliennes font entre 3 et 4 minutes, celle-ci dure un peu plus de 5 min. Autant dire qu’elle est hors gabarit pour l’époque et pour le groupe.

Le 11 décembre, entre deux des rares dates de l’Anarchy Tour, les Pistols enregistrent une version studio avec le producteur Mike Thorne. Cette démo affiche toujours 5 minutes au compteur. Une version instrumentale est également mise en boîte quelques jours plus tard.

Sex Pistols – God save the queen

Janvier 77, EMI vire les Pistols qui retournent en studio avec Dave Goodman qui a produit les titres de Juillet 76 dont certains figurent sur le bootleg Spunk . Une nouvelle version de «No Future» est enregistrée et elle ne dure que 3 minutes et demi. Le groupe et son manager souhaitent en effet qu’elle sorte en single… Dès qu’une nouvelle maison de disque voudra bien d’eux.

Sex  Pistols – NO FUTURE

No Future : Version définitive

Le titre définitif est enregistré courant février. Glen Matlock, le bassiste d’origine, n’est plus là et Sid Vicious débute, c’est donc le guitariste Steve Jones qui joue les parties de basses au Wessex Studios. Pendant ce temps, le manager Malcolm McLaren trouve un accord avec la major A&M. Les Pistols signent le 9 mars un contrat pour 2 ans. Dix huits titres et une avance de £50,000 sur un total £175,000 pour les deux années.

Sortie du Single : mars 1977

La sortie du premier single est prévue dans le courant du mois de mars 1977, il s’agit de God Save The Queen. Johnny Rotten découvre alors que sa chanson ne s’intitule plus No Future, elle a été rebaptisée sans son accord. Le chanteur est fou de rage, mais il ne peut plus rien faire, les dès sont jetés. Il s’agit là d’une stratégie de McLaren et de la maison de disque qui va malheureusement coûter cher à tout le monde. En utilisant le titre de l’hymne national anglais, cela attirera l’attention certes, mais les ennuis aussi.

Tout le monde se met au travail pour que le 45 trs soit dans les bacs au plus vite. Une promo choc débute le 10 mars face à Buckingham Palace. Le groupe arrive en limousine pour signer un nouveau contrat devant les journalistes. Le choix du lieu est bien entendu stratégique, les Pistols sont bourrés et la presse se régale.

Le lendemain, Rotten passe au tribunal pour possession d’amphétamines et le surlendemain, une bagarre a lieu au club Speakeasy avec le DJ Bob Harris. Le groupe a également semé la pagaille dans les bureaux de la maison de disques quelques jours auparavant. Les employés détestent les paroles de «God Save The Queen» et les dirigeants d’A&M réalisent (un peu tard) qu’un single avec un tel titre et de telles paroles va leur attirer des ennuis. Ajoutons à cela l’attitude du groupe qui est totalement ingérable.

Un contrat rompu…

Le 16 mars, McLaren est convoqué pour s’entendre dire que le contrat est rompu. On lui remet un chèque de £25,000 de dédommagement. L’aventure s’arrête là après destruction des stocks de 45 tours des Sex Pistols. Les rares exemplaires envoyés aux radios et journaux sont aujourd’hui des collectors, il faut débourser plus de £15,000 pour en faire l’acquisition.

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The Sex Pistols

Fini EMI, fini A&M, les Pistols s’apprêtent à vivre une longue traversée du désert. McLaren tape aux portent de CBS, Polydor et Chrysalis mais personne ne veut du groupe. Les Pistols sont trop sulfureux, trop coûteux, et chacune des maisons de disques a déjà son ou ses groupes. C’est trop tard. Les concurrents sortent des disques, jouent sur scène et passent à la TV. Les Pistols sont sur une voix de garage et la tension monte.

Richard Branson, patron du label indépendant Virgin records, fait une offre à McLaren. Les Pistols seraient une poule aux œufs d’or pour son entreprise qui n’a rien à voir avec les mastodontes que sont EMI, CBS ou A&M. Le label dispose d’un catalogue de groupes inconnus, la plupart sont des hippies. Le seul artiste populaire est Mike Oldfield que McLaren déteste. D’après lui, Virgin ne colle pas avec l’image du groupe et il n’en veut pas. Seulement, il n’a pas bien le choix. En effet, personne d’autre ne semble prêt à mettre un penny sur la table pour les Pistols.

Un contrat avec Virgin pour les Sex Pistols

Le 13 mai, les Pistols sont enfin sous contrat et le premier single sera… «God Save The Queen». Branson prend le risque et il a raison. Le disque sort en Angleterre le 27 mai. Cinq jours après, 150.000 exemplaires sont vendus, et cela sans promo car les magasins et les radios l’ont interdit. Jamise Reid, ami de McLaren et designer du groupe signe la pochette. On y voit un portrait officiel de sa Majesté avec le titre de la chanson collé au niveau des yeux et le nom du groupe sur la bouche, façon lettre anonyme. Elizabeth II se retrouve bâillonnée par les Pistols. A noter également les versions promotionnelles pour la presse avec swastikas sur les yeux et épingles à nourrice accompagnés des paroles «God save the queen, she ain’t no human being».

Sex Pistols – God Save the Queen

Pour célébrer officiellement la sortie du simple, Virgin loue une péniche et McLaren invite la presse et l’entourage des Sex Pistols. Entre pied de nez à la monarchie et provocation punk, l’événement a lieu le jour du jubilé d’argent d’Elizabeth II. Rotten parle aux journalistes, estime que tout ceci (le jubilé et la sortie du groupe sur la Tamise) est une mascarade, que c’est indécent. Il tire la tronche, agacé que son manager ait plié face à Branson. Il ne voulait pas aller chez Virgin, il déteste ces «bloody hippies» mais finira par s’y faire.

Alors que le bateau descend la Tamise, les Pistols commencent à jouer. Pretty Vacant, Problems, Anarchy in the UK, le tout dans une ambiance un peu chaotique avec une sono pourrie. Et pour couronner le tout,  la police intervient… Les cops ramènent tout le monde à quai et arrêtent McLaren, sa copine Vivienne Westwood et des amis du groupe qui, lui, s’en tire bien… pour le moment.

Sex pistols – Live at Thames Riverboat Party

Mi-juin, Paul Cook se fait agresser par des royalistes dans le métro et se retrouve à l’hôpital. Rotten et les producteurs Chris Thomas et Bill Price subissent le même sort à la sortie d’un pub. Couteau, machette, barre de fer, on ne plaisante pas avec la monarchie.
Mais malgré les violences, les interdictions et la censure, le 45 trs se vend très bien et fait le bonheur de Virgin et de Barclay avec qui McLaren a signé début Mai pour la France, la Suisse et le Benelux. No Future ? Pas si sûr.

Fernand Naudin

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