SIOUXSIE AND THE BANSHEES : l’album HYAENA

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Quand Robert rencontre Suzie…

Siouxsie And The Banshees
Siouxsie And The Banhees fin 1982 / Mi 1984 : Budgie, Steven Severin, Siouxsie, Robert Smith

Au début des années 80, l’un des épisodes les plus marquants pour les fans de New Wave, c’est bien le retour de Robert Smith au sein de Siouxsie And The Banshees. Le Bob avait déjà remplacé inopinément pour des concerts le décapant guitariste John McKay viré par la Suzie en 1979. Cette fois, pendant l’été 82, en plein marasme de Cure après le traumatisme de Pornography, Smith reprend son poste de guitariste stagiaire en alternance suite à l’éviction du surdoué John McGeoch pour cause de dépression.

Là aussi, il s’agit au départ d’assurer les tournées de promotion du superbe et Klimtien album A Kiss In A Dreamhouse. Robert Smith fait tout pour jouer à la note près les riffs et arabesques du regretté McGeoch. Et l’on peut dire qu’il ne s’en sort pas si mal, comme en témoignent le double LP Live Nocturne (Novembre 1983) et sa vidéo ou les témoignages des chanceux / euses ayant assisté à ces tournées.

Siouxsie And The Banshees – Sin In My Heart & Painted Bird Live – Nocturne (1983)

Cette arrivée est facilitée par les liens amicaux entre Smith et le bassiste iconoclaste des Banshees, Steven Severin. Les deux musiciens se retrouvent entre autres sur leur passion pour le Rock Psychédélique des Sixties. Parallèlement aux singles de The Cure et aux concerts des Banshees, les deux compères enregistrent même un disque, Blue Sunshine, sous le patronyme de The Glove, allusion au film Yellow Submarine des Beatles -, une collection sortie en Septembre 83 avec des titres sous substances quelque peu déjantés et chantonnés – malheureusement ? – par une copine, Jeanette Landray, danseuse à Top Of The Pops,.

The Glove – Punish Me With Kisses – Blue Sunshine (1983)

Le plus intéressant c’est que Smith va dépasser son rôle de remplaçant au sein des Banshees en s’investissant dans leur processus créatif comme un membre officiel du collectif. Ainsi, Siouxsie décide d’à nouveau s’intéresser au répertoire des Beatles. Susan et Steven n’ont jamais caché qu’ils appréciaient le double LP des 4 de Liverpool, le fameux Album Blanc sorti en Novembre 1968. Ils avaient d’ailleurs repris le brûlot Helter Skelter sur leur premier opus, The Scream, en 1978, dans une version glaciale et rageuse.

Cette fois, la sublime Dear Prudence de Lennon, est paraît-il la seule chanson que Smith connaît vraiment. Dont acte ! Robert demande à sa sœur Janet d’ajouter une partie de clavecin au morceau alors que la reprise est déjà marquée par ce son caractéristique tout en flanger de sa six cordes (Une belle Ovation Breadwinner ?).
Dear Prudence version Siouxsie And The Banshees paraît également en Septembre 83 et atteint la 3e place des Charts en Grande-Bretagne, devenant ainsi leur plus gros succès tandis la vidéo tournée à Venise participe à la légende de ces sombres fab four…

Siouxsie And The Banshees – Dear Prudence (1983)

Les sessions pour le futur 6e album des Banshees commencent dans la foulée et vont s’étendre sur huit mois jusque courant 1984. Mike Hedges, producteur habituel du groupe, les supervise. Ce qui ne semble pas facile. En effet, Smith alterne avec ses séances pour le prochain LP de The Cure, The Top, alors que les Banshees eux-mêmes semblent manquer d’orientations musicales, d’après les propos du guitariste.

Apparemment, l’abus d’alcool et d’autres produits n’est pas pour rien dans ces égarements. Autre élément, pour la première fois, rien ou presque n’a été composé ou écrit avant les enregistrements. Budgie, le batteur et alors compagnon amoureux et artistique de la chanteuse au sein des Creatures, lui, se souvient que paradoxalement Smith à l’époque ne veut plus jouer de guitare ! D’où peut-être l’importance des parties de claviers ici et là dans le disque. Quant à Siouxsie, elle considère que Robert lui pique tous ses plans, notamment de maquillage ! Quoiqu’il en soit, parallèlement à quelques concerts de préparation en France en Mars 1984, sort le premier extrait, Swimming Horses.

Siouxsie And The Banshees – Swimming Horses At TOTP – Hyaena (1984)

Ce titre énigmatique évoque d’après la chanteuse les femmes meurtries, notamment par les obscurantismes religieux. L’arrangement syncopé piano / batterie s’affiche particulièrement réussi et la Belle chante son étrange mélopée d’une voix sans autre équivalence. Sur scène, Steven Severin et Robert Smith alternent les parties de DX-7, des nouveaux synthétiseurs que Bob utilisera souvent par la suite. De toute évidence, Swimming Horses influencera aussi le thème de Six Différent Ways, un titre de The Cure un an plus tard dans l’album The Head On The Door.

Bob et Suzie / POUP
Bob et Suzie par POUP

L’album Hyaena paraît le 8 Juin 1984. En Mai, Smith a déjà quitté les Banshees, prétextant qu’il ne peut pas suivre deux projets à la fois. A la veille – encore – de la tournée promotionnelle de cet opus, cela provoquera l’ire de la Brune en cheffe, on peut la comprendre. La pochette au graphisme autant animalier que tortueux est une création du studio Da Gama et des Banshees. L’insert intérieur dévoile les paroles plus les quatre musiciens dans leurs plus beaux atours, la photo de Siouxsie en pose féline en fera fantasmer plus d’un ou d’une. Et il est vrai que le Bob et la Suzie semblent frère et sœur d’âme…

Hyaena, insert
Pochette intérieure de Hyaena

Des enluminures entre rêves et cauchemars

L’ouverture s’affiche grandiose avec le superbe Dazzle, également extrait en single quelques jours auparavant. Une longue introduction instrumentale néo classique avec un leitmotiv obsédant apparaît. Comme pour Fireworks en 1982, les Banshees retrouvent une section de cordes, carrément 27 musiciens du London Symphonic Orchestra, regroupés sous le pseudo de The Chandos Players. Siouxsie chante quelques mots avant que ne déboule une section rythmique infernale, digne d’un mur du son spectorien. Ah oui, de la réverb, il y en a… Peut-être trop d’ailleurs. On en est ébloui ! Smith assure quelques chorus typiques de son cru puis le morceau s’évanouit.

Siouxsie And The Banshees – Dazzle / video edit – Hyaena (1984)

La seconde plage, We Hunger, la joue tribale et assez inquiétante, proche d’un dérèglement vampirique de la période Juju. La section rythmique Severin / Budgie sonne implacable et carrément vaudou. Saluons ici l’excellence de ces deux musiciens, l’un avec une approche vraiment personnelle de la 4 cordes – effets, lignes en arpèges ou en accords… – et l’autre, sans limite de jeux de percus, aussi imaginatif que puissant, à classer parmi les meilleurs batteurs de l’époque.

We Hunger

Take Me back esquisse à la fois un feeling jazz et une suite d’accord très années soixante. Les orgues jouées en duo par Severin et Smith prédominent alors que la guitare électrique s’efface. Siouxsie chante particulièrement bien cette histoire de retour aux sources, cherchant de nouvelles modulations vocales, selon l’atmosphère du morceau, une autre constante de ce recueil.

Belladonna, le bien nommé, présente un délicieux gâteau empoisonné, à la joliesse Pop et psychédélique morbide. Déjà esquissé pendant A Kiss In a Dreamhouse et très proche des titres de The Glove, on peut quand même le trouver un peu surchargé par la réverb qui noie parfois la basse de Severin et par les ondulations de bois joués par Robin Canter. Là aussi, la six cordes se fait discrète, quelques glissements d’accords seulement. Mike Hedges ressort l’effet Phasing de sa console, Back To Sixties l’on vous disait ! Cette première face se clôt finement par Swimming Horses.

Siouxsie And The Banshees – Belladonna

Une autre surprise, Bring Me The Head Of The Preacher Man, entame la seconde partie. Cette espagnolade menée par les guitares acoustiques et électriques de Smith déroule des accélérations et des cavalcades étonnantes. Sur scène, ce titre prendra des allures de Flamenco gothique, avec une Siouxsie digne d’un tableau de Goya. L’une des meilleures pièces de Hyaena et une véritable preuve que la présence de Smith peut faire des étincelles. Signalons que sur la version américaine du 33t, plus généreuse, ce titre est précédé de la cover de Dear Prudence.

Bring Me The Head Of The Preacher Man

Pour Running Town, après une rapide descente de piano, Smith accumule les pistes électriques d’un riff obsédant sur une rythmique impériale. Les gars s’amusent en accélérant et cassant le thème tel un honky tonk halluciné. La Brune, révélant sa détestation de la ville de Sydney, en profite pour recaser Helter Skelter. Le pont onirique suivi de la reprise des riffs par un Rob très inspiré est un vrai régal. Encore un sommet.

Siouxsie And The Banshees – Running Town

Par contre Pointing Bone sent la facilité et l’improvisation en studio. Pendant un crescendo puis une descente à partir d’une ligne de basse, Smith expérimente la pédale Wha Wha tandis que Siouxsie paraphrase sur la sorcellerie. Heureusement, Blow The House Down remet les pendules à l’heure, autrement dit, Minuit, l’heure fatidique pour tous les dingos de la planète ! Les Banshees ont toujours soigné leur final d’album.

Là, après une introduction majestueuse de la Pythie Suzie, le Robert sort de sa collection une ritournelle hypnotique jouée sur un oud, ou un bouzouki – les informations manquent – lançant une véritable danse de derviche New Wave. Il n’en faut pas plus pour que la Brunette et ses zigues en rajoutent, tout le monde partant en vrille au sens propre. Les quatre tournent et tourbillonnent jusqu’à une chute finale. Splendide !

Blow The House Down

L’album Hyaena souffrira d’une sortie en plein été, avec un groupe à nouveau sans guitariste. Pourtant l’accueil de la critique en France par exemple sera plutôt positif, tel Jean-Eric Perrin dans BEST. Aux États-Unis, il sera porté par le succès du single Dear Prudence ajouté intelligemment au disque. Finalement, Siouxsie recrutera l’excellent John Valentine Carruthers (Lire : The Thorn EP, Somptueux Bouquet d’Epines) pour remplacer Smith et rancunière, réglera ses comptes dans les médias. Quarante ans après, Hyaena, et ses enluminures entre rêves et cauchemars, est perçu tel le témoignage unique d’une collaboration créatrice entre des figures iconiques. Robert et Steven sont restés bons amis.

Bruno Polaroïd / Illustration par POUP

 

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