EDITORS : vers la lumière noire

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La culture se partage !

Les deux premiers albums (2005 – 2007…)

Editors
Editors / 2004 – 2012

La dimension circulaire du Rock, quand les musiciens se retournent vers le passé pour créer le présent, est l’une des constantes fondamentales de notre musique préférée. Déjà les Beatles vers 1968 réécrivaient le Rock’n’roll de leur adolescence avec Lady Madonna ou Back In USSR, hommages à Fats Domino et Chuck Berry. De même Bowie en incarnant Ziggy Stardust en 1972 évoquait aussi Vince Taylor, le créateur de Brand New Cadillac, oui, le même que Clash en 1979 sur London Calling.
Le Post Punk des premières années des 80’s n’avait pas encore connu un tel revival… Jusqu’aux années 2000.

THE BACK ROOM (2005)

The Back Room
The Back Room

Editors apparaît en 2004 après des atermoiements habituels de formation. Les gars viennent de Birmingham / GB. Tom Smith assure le chant, la guitare rythmique et quelques claviers, Russell Leetch la basse et les chœurs, Edward Lay la batterie, des chœurs, et enfin Chris Urbanovicz la guitare lead et des claviers également.
Dès les deux premiers singles, les fulgurants Bullets et Munich, le quatuor invoque les ombres des années 80 et surtout les clairs obscurs de Joy Division. Une rythmique soutenue, parfois martiale, un guitariste jouant des suites de notes claires plutôt que des riffs en accords, et surtout une voix grave, ténébreuse mais aussi sensible. Inévitablement surgit le fantôme de Ian Curtis, un sentiment trouble sur disque et en live.

Editors – Munich

Les gars se font vite remarquer. On note leur accointance avec les New-yorkais de Interpol, eux aussi tombés dans la marmite de Factory Records ! Mais il y a chez Editors, mêlés à leur énergie, une fragilité, un supplément d’âme diront certains.
L’album The Back Room paraît courant 2005. Les photos de la pochette, en noir et blanc bien sûr, ajoutent au mystère et aux signes associatifs du groupe : des passages voûtés, une fenêtre…
Les onze titres confirment l’atmosphère (Sic !) des singles, d’ailleurs présents. Tom Smith écrit les textes, énigmatiques et ouverts, la création musicale est collective.

Editors – All Sparks

Évidemment, les gars marchent sous influences et plus d’une fois, on remarque un trémolo, un effet delay court de guitare rappelant  Bernard Sumner ou The Edge, un tom électronique ou un rythme syncopé à la  Stephen Morris… Mais il ne s’agit pas de copie. La basse de Leetch par exemple, plus grave, ne joue pas les doublures de la 4 cordes impériale de Peter Hook (Est-ce possible ?…). Il y a également moins de froideur, avec parfois des chœurs, même si le spleen anglais domine…

Editors – Open Your Arms

Enfin, au-delà des structures des chansons, il se dégage un vrai talent d’écriture dans les développements mélodiques, notamment pour les parties vocales. Résultat, sur l’ensemble du LP, c’est un parcours sans faute.

Très bien accueilli par la critique, ce premier opus lance le groupe d’autant plus que leurs concerts s’avèrent intenses, avec un Tom Smith passionné, et provoquant un frisson chez les fans de qui vous savez…

AN END HAS A START (2007)

An End Has A Start
An End Has A Start

Le second volume d’Editors. La pochette à nouveau photographique présente une vue industrielle dans des tons jaune et noir cette fois.
Au premier abord, le son s’affiche ample et puissant.
Et quelle ouverture ! Smokers Outside The Hospital Doors vous prend aux tripes en réveillant des douleurs cachées. Avec ses flashs électriques martelés par une batterie velvetienne, et son crescendo émotionnel tout en chœurs, c’est une grande chanson, l’une des meilleures du début des années 2000. Sortie en single, elle porte littéralement l’album.

Editors – Smokers Outside The Hospital Doors

En même temps, cette introduction indique une nouvelle orientation du quartet, plus romantique, voire épique.
D’autres séquences restent dans la continuité du premier opus comme Bones, The Racing Rats, ou le thème éponyme…

Editors – An End Has A Start

On note aussi un usage accru du piano et des claviers, et même une section de cordes sur deux morceaux, tandis que l’écriture se fait complexe et parfois rageuse, à fleur de peau.

Editors – Escape The Nest

Paradoxalement, sur la durée des 10 titres, l’album semble inégal, peut-être déséquilibré par certaines chansons vraiment impressionnantes.
A nouveau plébiscité par les esthètes, ce disque se vend comme des fish and chips en Grande-Bretagne. Les concerts ou les festivals accompagnant sa sortie vont révéler le gang au grand public, lui assurant une popularité toujours présente.

Editors – Smokers Outside The Hospital Doors Live (2010)

La même année,  Anton Corbijn réalise son film hommage à Ian Curtis et Joy Division, Control, l’un des meilleurs biotypes du genre. Peut-on parler de hasard ou de synchronicité ?

ET APRÈS…

Curieusement le 3e tome d’Editors, In This Light And On The Evening en 2009, voit l’arrivée massive des synthés et autres séquenceurs au détriment de la guitare. Comme si les gars rejouaient la transition entre Joy Division et New Order, au point d’avoir leur Blue Monday à eux, le hit Papillon, allusion au film avec Steve McQueen.

Editors – Papillon

Cependant, en 2012, l’excellent guitariste Chris Urbanovicz quitte la formation pour divergences musicales. Le Chris est vite suppléé par deux nouveaux membres mais pas remplacé car les Anglais perdent une composante majeure de leur son et de leur écriture.
Suivront trois volumes électro-rock, dont le très bon Violence (2018), des créations pertinentes et engagées, mais parfois marquées par une certaine lourdeur romantique ou emphatique, selon l’avis de chacun.
Editors, en live, proposent maintenant des shows théâtraux et ambitieux. Mais leurs meilleurs moments scéniques, pour beaucoup, restent les citations de leurs premiers albums, quand ils s’approchaient de la lumière noire…

Ps : A écouter, dans le même esprit, les Russes de Motorama, et les Belges de Whispering Sons, entre autres…

Bruno Polaroïd

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