La culture se partage !

Le disque fondamental du Grand Belge !

Arno à Paris
Arno, période Charlatan

OSTENDE (1949…)

Arno, quel lascar ! Le gars, de son vrai nom Arnold Charles Ernest Hintjens, vient de Belgique, le pays de tous les possibles. Plus précisément d’Ostende, port flamand où se mélangent et se heurtent maisons Art Nouveau, bétonnades immobilières, moules-frites au vin blanc et carnavals grotesques de James Ensor, sans oublier la musique, essentielle. Un sacré Bazar ! On y a vu traîner Eric Burdon, ou Marvin Gaye. En tout cas, c’est ce que raconte Arno

TC MATIC (1980 – 1986)

Marqué à vie par le blues et le Rock des 60’s, excellent harmoniciste, Arno va pourtant à partir de 1980 avec le groupe TC Matic, incarner l’un des plus beaux spécimen de la New Wave, tout en la dézinguant de l’intérieur. Au sein de cette formation hybride, il côtoie la bonne compagnie du guitariste iconoclaste Jean-Marie Aerts, son complice d’écriture, et du claviériste Serge Feys. De 1980 à 1986, les gars vont citer pêle-mêle le rock, le funk, les arpèges et déchirures frippiennes, les dissonances bruitistes, la mélancolie des bars nocturnes ou les refrains de Luis Mariano !

TC Matic – Oh La La La C’est Magnifique (1981)

Surtout, Arno se révèle un showman exceptionnel, rappelant à la fois James Brown et déjà Brel, carrément ! Il faut le voir sur les planches, souvent élégant, en costume noir et chemise, pousser son excellent groupe et provoquer le public. Et quelle voix : sensible mais aussi puissante, rauque et déchirée. N’oublions pas ses textes, en Anglais, en Français, en Flamand, voire en Ostendais, collages souvent d’images et de citations improbables. Comme ce classique européen…

TC Matic – Putain, Putain… Live (1986)

Mais en 1986, après quatre albums décapants, l’aventure TC Matic s’arrête. « On était sur le plafond… » dira Arno. Le plus grand groupe belge des années 80 et l’un des plus influents – ce n’est pas dEUS qui le contredira – se disloque.

SOLO : ARNO (1986)

Arno
Arno, 1986

Très vite, Arno, toujours suivi par Jean-Marie Aerts et Serge Feys, se lance en solo avec un premier disque éponyme qui paraît également en 1986. Il ressort son harmonica et réaffirme sa passion pour le rythm’n’blues, sur une ossature moderniste, très 80’s. Le LP manque néanmoins de cette folie typique des créations antérieures d’Arno. Les fans s’interrogent et patientent…

Arno – Forget The Cold Sweat (1986)

 

CHARLATAN (1988)

Il faudra attendre deux ans pour découvrir en 1988, Charlatan, le 2e opus de l’Ostendais.
Cette fois, le gars frappe fort !
Déjà la pochette, superbe : photos couleurs (De Danny Willems) avec surimpression de notre dandy, assis, en vadrouille mélancolique, les cheveux plus longs. Au dos, gros plan, belle gueule !

Charlatan, verso
Charlatan, verso

L’intitulé ensuite, Charlatan. Rien de péjoratif dans ce mot pour Arno. Il raconte que sa grand-mère l’avait appelé ainsi quand il était petit… C’est aussi un terme commun à plusieurs langues, ce qui ne déplaît pas évidemment à notre belge.
Et puis, il y a le côté raconteur, celui qui vous balade avec ses bobards…

TITRE PAR TITRE

Ouverture de l’album, premiers sons, surprise ! De l’accordéon, du vrai piano à bretelles, joué par Serge Ferrara, pas du DX7 ! Son utilisation dans le disque s’avère une idée géniale pour renouveler le registre. Puis, rythme modéré de bossa, claves en réverb, arpèges de guitare de Jean Marie Aerts, et la voix d’Arno sur l’une de ses plus belles mélodies, avec un texte bluesy et surréaliste. Chef d’oeuvre, déjà !

Arno – Jive To The Beat (1988)

Changement de climat, deuxième extrait, rock dansant, technoïde et hypnotique, un peu à la Alan Vega, dans l’esprit du précédent album.

Arno – Take Me Where You Sleep At Night

On continue avec Bathroom Singer, la chanteuse de salle de bain, quel titre ! Intro fanfare au synthé, percus de tambour major, retour de l’accordéon. Un p’tit délire à la Arno, plein de Diguelidelingues, qui deviendra l’un de ses grands moments scéniques. La vidéo d’époque vaut le détour, avec citations de Bob Dylan et autres dingueries…

Arno – Bathroom Singer

Et on ne résiste pas à l’envie de vous faire partager la version concert à Bruxelles !

Arno – Bathroom Singer Live à Bruxelles (2005)

4e morceau. Intro Basse / Batterie / Guitare à la Robert Fripp ou Adrian Belew, retour à l’univers de TC Matic. Ça groove. Le chanteur éructe et énumère les décennies passées ou à venir. Allons au Paradis, la gratte rugit et miaule, ça doit pas être la même adresse que Polnareff.

Arno – Let’s Go To Heaven (2-1-3-4-6-5-7)

Le paradis justement, peut-être la chanson suivante. Pattern de percus électroniques en tempo lent, nappe de synthé dans les bas fonds, pianotages d’accordéon, et là Arno, de sa plus belle voix, de son cœur et de ses tripes, qui déclame en Français : « Toi, toi si t’étais l’Bon Dieu… » Brel ! Il a osé le charlatan d’Ostende ! Et c’est bon ! Une version magnifique ! Le Grand Jacques l’invite immédiatement chez Mathilde et chez Eugène. Fin de la première face.

Arno – Le Bon Dieu

ALLEZ, ON RETOURNE LA GALETTE !

ÉNORME riff de guitare saturée. Jean Marie Aerts branche toutes ses fuzz ! Arno hurle comme la 6 cordes électrique, il tient à nous présenter sa Black Doll en Angliche ou en Français : « Elle est là, elle est venue pour moi ! » Sur scène, le Jean Marie, avec son look très très sage de prof de Maths, fera bourdonner plus d’un tympan dans le public en larsénant ce thème. Son pote termine : « Poupire de rire, poupire de con… » Gainsbourg a peut-être plus apprécié que France Gall. Mais l’a-t-elle entendu ?

Arno – Black Doll

Après la Fête, les filles, l’ivresse de sons, de paroles et d’autres breuvages. Le retour difficile dans les rues d’Ostende la nuit. Reprise d’un traditionnel jazz déjà chanté par Nina Simone. Avec le chant quelque peu vaseux et les ondulations des instruments, on ne sait plus vraiment si l’on marche sur la digue, près du casino ou déjà dans les vagues de la Mer du Nord. C’est sûr, ça tangue.

Arno – Trouble In Mind

8e plage : Shout Back. Revoilà l’accordéon de Ferrara, sur une instrumentation à la Violent Femmes, une mélopée parfois orientale, et une belle descente d’accords acoustiques pleine de réminiscences. Arno, incorrigible, en rajoute en s’amusant avec des paroles des Beatles.

Arno – Shout Back

« Ah tiens Jean Marie et Serge, si on s’faisait une impro comme avant ? » TC Matic plane à nouveau sur tout ce morceau. Bon, avec plus de guitare distordue et surtout cette trouvaille de l’harmonica en riff et en ligne fantôme. Sinon, notre homme du Nord s’époumone sur l’argent et le plaisir, tout en sifflotant. Et à la fin, des La La La comme en 1981.

Arno – Fun, Money & Pleasure

Derniers sillons. Accordéon final. Un tango ! Sacré Arno, et dans la langue de Molière ! Ah oui justement les paroles : les roberts des Anglaises et ceux des Françaises, les machos, le zizizi à Jésus Christ, la peau c’est chaud ! La truculence du bonhomme nous étonne encore et nous ravit. Molière ou Bruegel ? Vive la Belgitude !

Arno – Tango De La Peau

 

Voilà le portait du Charlatan. Au générique de cet opus magistral, citons en plus à l’enregistrement et au mixage Michael Karoli et Holger Czukay – celui-ci y joue également – oui, les membres de CAN, excusez du peu Messieurs – Mesdames – Mademoiselle !

Cette fois, cette 2e collection fera l’unanimité des critiques et des fans. Pour la reconnaissance du grand public, dont beaucoup de Français, il faudra encore attendre…

Alors, pourquoi Charlatan est-il un album fondamental et qu’il y a bien un avant et un après cet opus ? Parce qu’avec son montage en patchwork, il contient tous les aspects qu’Arno va développer par la suite, disque par disque, avec sa longue discographie. Par exemple, en choisissant d’être plus bluesy dans Charles Et Les Lulus, ou parfois plus franchouillard, comme dans A La Française, le LP qui le fera décoller en France.

Il lance aussi le rituel de la reprise, une habitude qui atteindra des sommets avec Les Filles du Mer d’Adamo ou Mother’s Little Helper, entre autres…

Non seulement ce volume comporte quatre morceaux incontournables de son répertoire, Jive To The Beat, Bathroom Singer, Le Tango De La Peau et sa version du Bon Dieu, mais surtout rien n’est à négliger ou à jeter.

Et enfin, c’est la preuve par 10 que notre Arno n’a pas de limites, et c’est pour ça qu’on l’aime !

Arno – Live à l’Ancienne Belgique / Bruxelles (2020)

 

Ps : Depuis plusieurs mois, Arno combat une saloperie de maladie. Si cet article peut modestement lui apporter de bonnes ondes…

Bruno Polaroïd.

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Chroniqueur à Cultures Co, Attaché de Presse, ex Animateur à Radio-Campus Lille / Emission La Folie, ex Chroniqueur des fanzines Walking The Dog et Musiques, Images & Passions Modernes.