La culture se partage !

Un film de Floria Sigismondi, avec Kristen Stewart, Dakota Fanning et Michael Shannon.

Les américains sont friands de biopics. C’est pourquoi en 2010, voyant la vague post-punk, et le retour aux origines qui l’accompagne, déferler sur la première décennie du troisième millénaire, la société de production River Road Entertainment décide de miser sur un film retraçant l’histoire de Joan Jett et des Runaways.

The Runaways
Les véritables Runaways

Elles font parties des pionnières du punk rock, et du hard rock au féminin outre-atlantique. En 1976, pendant que les Sex Pistols secouaient la vieille Angleterre, elles défrayaient la chronique en devenant les premières à atteindre le sommet des charts américains.

The Runaways – Dead End Justice (par Dakota Fanning)

Le choix de confier sa réalisation à la photographe italienne Floria Sigismondi peut surprendre. Cette dernière n’ayant aucune expérience du long-métrage. En revanche sa réputation dans le domaine du clip-vidéo n’est plus à faire.  Robert Plant et Jimmy Page, Leonard Cohen, David Bowie, Jack White, ou encore The Cure lui ont fait confiance pour la promotion visuelle de leurs oeuvres.

Il suffit d’ailleurs de quelques minutes pour se rendre compte que la réalisatrice “a la musique dans l’objectif”. Kristen Stewart n’a même pas besoin de se libérer du charme de la saga Twilight pour le rôle. Planté dans son cuir, les épaules rentrées et l’œil téméraire, elle campe une Joan Jett sobre et minimaliste. Comme le rock des Runaways

The Runaways – Cherry Bomb (par Dakota Fanning et Kristen Stewart)

On épouse très vite la cause de cette jeune fille de 16 ans rêvant de jouer Smoke on the Water sur une guitare électrique, et trouvant dans la mouvance punk une occasion de briller. Bien sûr, dans cette jungle masculine, elle comprend très vite qu’un mentor lui sera nécessaire. Elle choisit l’ingénieux et fantasque Kim Fowley (Soft Machine, Alice Cooper, Kiss). Ce dernier est brillamment incarné par Michael Shannon (Les Noces Rebelles, Elvis & Nixon).

Le producteur opère un recrutement peu orthodoxe mais qui ne va pas tarder à se banaliser dans le métier. Si Lita Ford (guitare solo) et Sandy West (batterie) montrent déjà de sérieuses prédispositions, on découvre que Joan Jett a dû travaillé dur, tout comme la bassiste Michael Steele. Quant à la chanteuse Cherie Currie (Dakota Fanning), âgée de seulement 16 ans, elle est carrément recrutée pour ses allures de Lolita.

Mais le courant passe entre ces adeptes de Bowie, Deep Purple et New York Dolls. En bon marionnettiste, Kim Fowley usera de son aura, et de son expérience, pour pousser ces cinq jeunes filles à se surpasser. En particulier, l’inexpérimentée Cherry Currie, qui en très peu de temps, va devenir un véritable sex-symbol. Et le deuxième personnage central de cette histoire…

Scène du Bus avec Kim Fowley (Michael Shannon)

Même si l’idylle entre Joan Jett et Cherie Currie prend un peu le pas sur le reste, elle est indissociable de l’histoire du groupe. On aurait souhaité en savoir un peu plus sur les autres membres, notamment la soliste Lita Ford,  mais c’est malheureusement une lacune récurrente dans les biopics (The Doors, Control). De plus, l’immersion dans le Los Angeles de l’époque est plutôt réussie. Le casting également.

On suit pas à pas, et avec un plaisir non dissimulé, ces adolescentes pénétrant le monde sulfureux du rock’n’roll. Avec des scènes de concerts particulièrement bien filmées. Ces dernières permettent aux non-initiés de découvrir confortablement les premières saillies de ces authentiques rockeuses.

The Runaways bande-annonce (version française)

Le budget promotionnel étant limité, la distribution du film est relativement faible sur le sol américain. Il rencontre néanmoins un succès honorable auprès du public, notamment grâce à la présence de Kristen Stewart au générique. Par ailleurs, les critiques positives des revues spécialisées favorisent sa crédibilité.

On peut se demander comment Floria Sigismondi, jeune réalisatrice novice, est parvenue à maîtriser l’exercice difficile du biopic, alors que tant de sommités du métier s’y sont essayées avec pertes et fracas. Cela tient sans doute à sa démarche…

“Je voulais en faire une histoire de passage à l’âge adulte et non un biopic. Je voulais capturer ce que c’était d’être très jeune, et plongé dans ce monde rock ‘n’ roll, à une époque où les filles essayaient juste de comprendre leur corps et de se créer une identité.”

Un biopic qui n’en serait pas un. Une idée que semble partager Cherry Currie. Bien que le scénario soit basé en partie sur sa biographie, la chanteuse conteste la véracité de certains faits évoqués dans le film. En revanche, Joan Jett le soutient en tant que productrice exécutive, et donne même un concert, le soir de son avant-première au Festival de Sundance.

Serge De Bono

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Passionné de musique 60's et 70's - Auteur d'un roman (Crossroads, dans l'ombre de Jimi Hendrix) - Auteur de nouvelles sur le site Short-Edition - Chroniques musicales sur Cultures Co, Carottes Rock Culture, Garage of Rock et Rock in Progress - Administrateur du groupe Facebook Juke Box 2023