Leonard Cohen, une plongée dans son monde élégiaque

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Leonard Cohen, le poète musicien intemporel (1er partie)

Leonard Cohen, le poète

Très tôt Leonard Cohen a une appétence pour les mots et la musique. « C’est une voix qui lui parle » suivant le biographe Ira Nadel.

Il fréquente les poètes locaux comme Irving Layton. La poésie de Federico Garcia Lorca le bouleverse. Quelques années plus tard il mettra un texte du poète en musique « Take this waltz ».

Lorsqu’il découvre la Beat Generation, c’est le bouddhiste juif Allen Ginsberg qui le touche particulièrement.

Leonard Cohen est un personnage complexe, un « rêveur mystique » dirait Heinrich Heine. L’homme est rempli de paradoxes, il est discret avec des dons d’orateur. Impétueux dans sa vie et une ascèse stylite affirmée…

«En vieillissant, vous réalisez que personne ni rien ne sera jamais parfait. Plus tôt vous vous en rendez compte et acceptez le fait que les imperfections sont réellement ce qui rend la vie belle, plus vous développerez une appréciation de ces imperfections.»

Leonard Cohen
Leonard Cohen

L’artiste, tourmenté depuis son enfance, veut atteindre la grâce en traversant les abîmes. Il scrute chaque émotion pour atteindre les profondeurs du cœur. La dimension religieuse apparaît, c’est la clé essentielle du parcours de Leonard Cohen.

Dans les années 60, il s’installe sur l’île grecque de Hydra, il y séjourne une dizaine d’années qui lui sont prolifiques. Il y écrit trois recueils de poèmes, deux romans, dont « Beautiful Losers« . Côté musique, il réalise son premier album :

« Songs of Leonard Cohen » en 1967

Avec sa voix gutturale et ses compositions à la monotonie bien structurée, l’artiste fait contraste dans le monde musical psychédélique de l’époque. Dans cet album on y perçoit une absolue quête du désir, comme dans Suzanne, l’un de ses premiers et plus grands succès. Une ballade mélancolique qui raconte sa rencontre à Montréal en 1951 avec l’artiste Suzanne Verdale

Suzanne :

Un succès aussi pour « Sisters of Mercy » une douce valse, arpèges de guitare et chœurs féminins. Une chanson écrite dans sa chambre d’hôtel à Edmonton, une nuit de blizzard où il a hébergée deux routardes… sensualité et spiritualité.

Sisters of Mercy de Leonard Cohen

Songs From a Room 1969

Deuxième album, qui obtient un énorme succès en Angleterre. Alors que la génération Woodstock électrise le monde musical, le chanteur fait figure d’anti-héros.

« The Partisan« , incontournable, inspirée de la complainte écrite par Emmanuel Astier de la Vigerie et adressée à la France occupée. Une chanson reprise par de nombreux artistes, notamment Joan Baez.

The Partisan

« Bird of the Wire » enregistrée à Nashville, est la chanson la plus emblématique du répertoire de Leonard Cohen. On note plus de trente reprises de ce titre, Johnny Cash, Joe Cocker, Willie Nelson ou encore Joan Baez.

«Comme un oiseau sur le fil /Comme un homme ivre dans une chorale de minuit/ j’ai essayé de me libérer…»

Ces premiers vers résument la condition humaine telle que Leonard Cohen la voit. Il commence d’ailleurs souvent ses concerts par ce titre.

«Cette chanson est si importante pour moi» déclarera L. Cohen

Bird of the wire

 

En 1970 Leonard Cohen entame sa première tournée en Europe, il rencontre un succès au festival de l’île de Wight.

Songs of Love and Hate  1971

Enregistré  comme le précédent à Nashville. Album dichotomique, construit en miroir. La face A, révèle la haine et fait écho à la face B, celle de l’amour.

« Avalanche« , L’un des titres préférés de Nick Cave, qui en a fait une très belle reprise. C’est une chanson désespérée ; la voix basse de Leonard Cohen et les roulis de guitares donnent le ton.

Avalanche de Leonard Cohen

On retrouve les mêmes arpèges de guitares sur le morceau de la face B « Love Calls Your Name« 

« Famous Blue Raincoat« , chanson énigmatique sous forme de lettre. On y devine un triangle amoureux, conflit d’amour et de jalousie. Les chœurs féminins, la guitare aux arpèges élégiaques suggèrent avec délicatesse la complexité des sentiments. La voix de Leonard Cohen est plus douce que dans « Dress Rehearsal Rag » auxquelles elle fait écho.

Famous Blue Raincoat

New Skin for the Old Ceremony 1974

L’album enregistré à New York avec John Lissauer ; le  producteur et arrangeur sait mettre la voix de Cohen en valeur. Ce disque se distingue des précédents par ses variations sonores, certains morceaux sont des joyaux mélodiques, comme « Who by Fire »  avec Javier Mas à la guitare acoustique.

Who by Fire de Leonard Cohen

Son recueil de psaumes « Le livre de Miséricorde » est publié en 1984. Cette même année il réalise « I Am a Hotel », un court métrage qui est gratifié du 1er prix au festival de télévision de Montreux.

Leonard Cohen écrit le texte de la comédie musicale de Lewis Furey, Night Magic. Ce spectacle est porté à l’écran avec Carole Laure, Nick Mancuso, Jean Carmet et Stéphane Audran.

Various Positions

L’album sort en décembre 1984. La musique est maintenant électronique, les compositions sont toujours d’une qualité exceptionnelles. Le titre phare est l’immense succès « Hallelujah« , un titre qui va totalement échappé à l’auteur avec les reprises de de John Cale puis de Jeff Buckley.

Hallelujah de Leonard Cohen

Notons aussi « Dance with me to the end of Love« , l’un des titres les plus connus de Leonard Cohen. On y retrouve l’influence du folklore grecque. Une mélodie qui nous transporte et nous invite à danser quel que soit la situation….

Dance with me to the end of Love

Les chansons de Leonard Cohen sont intemporelles. Elles seront encore longtemps sur l’autel de l’enchantement où la voix envoûtante du cantor nous parlera de sa perpétuelle quête de l’amour…

«Ne soyez pas un magicien – soyez magique !» dit le poète.

A suivre prochainement… pour la deuxième partie de cette mise en lumière de l’œuvre de Leonard Cohen.

Nic Blanchard-Thibault

Suite de cette article : L.Cohen, de la poésie à la spiritualité

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