JEFF BUCKLEY : le coup de GRACE – Histoire d’un mythe

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Jeff Buckley – Le coup de Grace

jeff buckley live

Grace, unique véritable album de Jeff Buckley, est sorti le 23 août 1994! Jeff Buckley, fils de Tim Buckley disparu prématurément à moins de 30 ans, a toujours été plus ou moins attendu au tournant. Et pourtant, aucune raison particulière, puisque le père et le fils n’ont pas été très proches. Le style musical de Tim évoluant du folk Rock au Free Jazz, n’est pas à mon sens la source d’inspiration primaire de Jeff! Qu’importe, les étiquettes c’est bien connu, ça colle et parfois même à la peau.

Jeff Buckley s’est construit par lui même au fil des expériences scéniques. Tout d’abord avec Garry Lucas guitariste de Captain Beefheart, puis en solo écumant les scènes new-yorkaises et notamment celle du Sin-é sur laquelle il se produira tous les lundi soirs en 1992. C’est à cette époque qu’il se construit (scéniquement parlant), seul avec sa guitare et son incomparable voix haut perchée dans les aigus, parfois splendidement éraillée, survolant sa guitare dont le jeu est déjà clairement soutenu, le tout dans un répertoire principalement de reprises, n’hésitant pas à mélanger à la culture rock héritée de Led Zepplin’ des standards de Jazz de Nina Simone ou Joni Mitchell, voir même Edith Piaf, pour qui il voue une véritable admiration.

Jeff Buckley – Je N’ en Connais La Fin

A cette époque Jeff Buckley commence à se faire une réputation dans le milieu rock new-yorkais. Colombia lui propose alors en 1993 un contrat pour un Ep. Son premier disque est un concert.  Live at Sin-é est un premier Ep discret qui connaîtra le succès de façon posthume, à l’heure où les distributeurs devant l’anéantissement du néant, chercheront à exploiter toutes les traces sonores du génie foudroyé.

Grace –  Unique album de son vivant

Courant 1993 Jeff Buckley entre en studio, au départ pour l’enregistrement d’un album de reprises. Il est accompagné de trois musicos et sous la houlette du producteur Andy Wallace, connu pour son travail sur l’album Never Mind de Nirvana. L’album comptera finalement sept compos et trois reprises, mais non des moindres. Lilac Wine de James Shelton. Corpus Christi Carol de Benjamin Britten et Hallelujah de Leonard Cohen. Cette dernière, passée inaperçue lors de sa sortie en 1984 connaîtra déjà un peu de succès en 1991 grâce à la reprise signée John Cale.

John Cale – Hallelujah

Jeff Buckley s’empare de cette version. Il la transcende grâce à une interprétation bouleversante d’intensité et émotionnellement inégalée…

Jeff Buckley – Hallelujah

Les compos de l’album sont d’une puissance et d’une intensité vibratoire. De l’énigmatique Mojo Pin, composé à l’époque de son premier groupe, aux classiques instantanés Grace, Last Good Bye ou l’incroyable montée en tension de Lover, You Should Have Come Over. Soufflé par la brutalité sauvage et électrique d’Eternel Life, puis apaisé par le parfum astral et mélancolique de Dream Brother: l’album Grace est une expérience à vivre…

Jeff Buckley- Lover, You Should’ve Come Over

La gloire posthume

Le succès aura du mal à s’installer dans son pays. 750000 exemplaires vendus dans le monde de son vivant, avec une exception culturelle pour la France qui lui décernera un disque d’or en 1995. Et n’oublions pas le Grand Prix international du Disque de l’Académie Charles Cros. Sa disparition tragique en mai 1997, noyé dans les eaux boueuses du Mississippi bouleversera définitivement cet état de fait. Mais ne nous y trompons pas, derrière le mythe de la légende foudroyée, il demeure un artiste prodigieux. Il s’agît avant tout d’un excellent musicien et d’un compositeur hautement inspiré.

De vieilles bandes retrouvées…

Sketches For My Sweetheart The Drunk sorti en 1998 est composé de maquettes ou enregistrements partiels réalisés en vue d’un prochain album. Puis en 2015, Sony nous ressort à nouveau de vieilles bandes « oubliées » pour second album posthume intitulé You and I.

Comment ne pas admirer la voix élancée et acrobatique de Jeff buckley. Elle qui s’embarque dans des envolées lyriques naturellement maîtrisées. Sa tessiture couvre en effet quatre octaves à la manière des plus grands ténors. C’est une sorte de Pavarotti du Rock. Une puissance vocale servie par des compos aux structures parfois complexes. Jamais alambiquées, mais soutenues par une charge émotionnelle intense et spontanée. Un intensité vocale qui lui a souvent valu des analogies mystiques allant bien au delà de son physique charismatique de « belle gueule d’ange ».

Auguste Marshal

Jimmy Page admiratif a déclaré :

«Techniquement, c’était le meilleur chanteur à être apparu depuis probablement vingt ans. […] Plus j’écoute Grace, plus j’apprécie son talent absolu. Ce n’est pas loin d’être mon album préféré de la décennie.»