L. Cohen, de la poésie à la spiritualité : son univers élégiaque

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Leonard Cohen, une plongée dans son monde élégiaque!

Leonard Cohen

Leonard Cohen reste l’un des plus grands interprètes, auteurs, compositeurs de notre époque. Nous ouvrons cette deuxième partie avec un album qui remporta un grand succès lors de sa sortie en 1988.

(Suite de l’article Léonard Cohen : 1ère partie)

I’m Your Man 1988

Album enregistré principalement à Montréal. Le chanteur délaisse la guitare acoustique pour le synthétiseur. Un accompagnement avec des sons nouveaux. C’est un grand succès. Deux chanteuses sont à ses côtés, Jennifer Warmes, et Sharon Robinson ; désormais elles vont le suivre.

L. Cohen – Everybody Knows

Un titre porté au quatrième rang d’un palmarès des meilleures chansons selon les lecteurs de Rolling Stone.

Un texte au thème banal, mensonges et tromperies auxquels la voix du chanteur donne une dimension incantatoire.

First we take Manhattan

Un texte énigmatique, qui peut avoir plusieurs lectures possibles. C’est un disque moderne avec des synthés.

The Future 1992 Leonard Cohen

Dernier album avant sa retraite dans un centre bouddhiste.

Les paradoxes sont au rendez-vous avec des textes où s’opposent espoir et souffrance.

L. Cohen – Anthem

Cette chanson est la quintessence de la poésie de Leonard Cohen.

Il y exprime toute sa perception de la vie, avec ses imperfections, ses blessures, ses défaillances, mais aussi l’espoir.

«Dans toute chose il y a une faille, c’est ainsi que rentre la lumière»

En 1994 L. Cohen se retire dans un monastère bouddhiste, où il entame une retraite spirituelle.

Leonard Cohen
Leonard Cohen (Jikan)

C’est son ami, le moine japonais Sasaki  Roshni qui le guide dans sa quête de spiritualité.

Il reste cinq ans au centre du Mont Baldy, au cœur du désert californien pour y méditer.

Le 9 août 1996, il est ordonné moine bouddhiste. Son nom est « Jikan » , qui veut dire « Le silencieux ».

Nous sommes en 2001, lorsque cet adepte du bouddhisme réalise un nouvel album avec sa fidèle choriste Sharon Robinson.

Ten New Songs de L. Cohen

Un disque empreint de sérénité, qui nous parle d’amour et de fidélité.

L. Cohen – In My Secret Life

Une chanson écrite en 1988 et laissée de côté. Il lui donne sa version finale treize ans plus tard. C’est un titre qui touche le cœur, et qui a notamment été reprise par Eric Burdon en 2004.

Here It Is

Une chanson rédigée comme un psaume. Un texte influencé par les écritures bibliques. Il nous parle de l’amour indissociable de la vie et de la mort.

Quand Leonard Cohen côtoie d’autres poètes

«Il y a longtemps, (je devais avoir quinze ans) en farfouillant dans une librairie de ma ville natale de Montréal je suis tombé sur ce vieux livre d’occasion d’un poète espagnol»,  racontait-il en 1989 lors d’un concert à Austin au Texas. Le chanteur découvre et s’approprie immédiatement l’univers de Federico Garcia Lorca qu’il comprend, et qu’il s’empresse d’explorer.

Quelques années plus tard, il rend hommage au poète espagnol, en adaptant un de ses poèmes « Take This Waltz  » C’est une valse à trois temps où des chœurs féminins accompagnent la voix prenante de Cohen. Ce sera un succès.

Take This Waltz de l’album I’m Your Man

Leonard Cohen a aussi mis  à l’honneur  un poème de George Gordon Byron « Go No More A-Roving » en 2004.

Poème écrit en 1817, publié treize ans plus tard. On y parle d’amour, du processus du vieillissement  et des sorties nocturnes qui deviennent plus rares…

Le poète évoque la sagesse, et les passions qui deviennent moins tumultueuses avec les années qui s’additionnent, mais n’altère pas la force des sentiments.

Go No More A-Roving-Leonard Cohen

Old Ideas   2012

Cet album est le reflet des différents styles qui ont bercés le chanteur tout au long de sa carrière. Leonard Cohen nous offre le meilleur de lui-même, loin de toute anxiété qui a animé sa vie. La voix est envoûtante et sans faille avec un phrasé qui nous est maintenant familier.

C’est un retour au classique avec guitare, banjo et violon.

L. Cohen – Amen

Dans ce morceau L Cohen nous parle encore du sentiment amoureux, de ses mystères, ses faiblesses, ses interrogations avec un soupçon de liturgie.

The Darkness

Des couleurs de blues émanent de ce titre. Leonard Cohen, tel un crooner nous chuchote à l’oreille. Il parle de noirceur, du côté  inquiétant de l’être, des plaisirs de la vie et aussi du néant…

You Want it Darker  Leonard Cohen-2016

Quatorzième album produit par Adam Cohen, son fils. C’est presque un recueil d’adieu. Comme souvent les écrits font référence à différents textes sacrés.

« Hineni I’m ready my Lord » (Je suis prêt Seigneur) Leonard Cohen déclare à la sortie de l’album :

«Je suis prêt à mourir. J’espère que cela ne sera pas trop désagréable.»

Dans cet opus la voix du chanteur a un timbre de voix profond, voir crépusculaire. Le ton est donné par l’impressionnante chorale de la synagogue Shaar Hashomayim (celle même bâtie par l’arrière grand-père de Leonard Cohen), et le Cantor Gideon Zelermyer.

Les morceaux s’égrènent entre gospel et le son du bouzouki, qui rappelle l’île grecque de Hydra où l’artiste a séjourné.

You want it Darker

It Seemed the Better Way

Chanson extraite du livret de poème « Book Of Longing » en partie écrit lors de son séjour au Mont Baldy. L’amour et la mort sont encore au centre des préoccupations de Leonard Cohen. C’est un message de sagesse qu’il nous transmet. Il nous propose «de nous attacher à la vie et à la vérité, plutôt qu’aux apparences.»

Treaty

Une chanson bouleversante. On se laisse envahir par la douleur de l’auteur. Il nous parle de colère, mais aussi d’espoir sur le devenir….Ce morceau est un chef-d’œuvre !

Depuis 2017 Leonard Cohen veille sur Montréal. La fresque murale « Tower of Songs » réalisée en hommage au poète par les artistes El Mac et Gene Pendon orne le mur d’un édifice  au centre ville.

Tower of songs
Fresque en hommage au poète

Leonard Cohen a quitté la scène le 7 novembre 2016 en laissant comme héritage soixante ans d’écritures. C’est en 1956 qu’il publie son premier recueil de poèmes « Comparons les mythologies ».

Jusqu’au seuil de sa mort il consigne ses souvenirs et ses émotions sur des carnets de notes.

Pour l’écrivain Nigel Williamson

Leonard Cohen :

«C’est un artiste unique, non seulement il n’a jamais été copié, mais je ne pense pas que quiconque ait même envisagé de le faire!»

Artiste hors norme, Le chanteur a été un guide pour plusieurs  générations. Il est à la fois un troubadour, grand séducteur mais aussi poète et philosophe.

«Il n’hésite pas à mettre son âme à nu dans sa musique et aussi à nous charmer de sa voix suave. Doté d’une ironie rare dans le rock – « We met when we were almost young « (nous nous sommes rencontrés quand nous étions presque jeunes), il est aussi de ceux qui préconisent de s’abandonner totalement.»

écrit Picor Iyer, écrivains et biographe de l’artiste.

le poète

Avec son langage poétique et sa voix envoûtante, Leonard Cohen nous touche l’âme et le cœur……Immortel il restera !

«Si ça touche le cœur, c’est de la poésie. Sinon, c’est rien du tout»   

Leonard Cohen nous offre une dernière danse. A l’initiative du fils du chanteur, un album posthume est annoncé pour le 22 novembre 2019.

« Thanks for the Dance » réunis des textes écrits en 2015. Ils sont orchestrés par de nombreux collaborateurs, notamment Javier Mas qui accompagnait L. Cohen les huit dernières années.

Notons aussi la présence de Daniel Lanois, Richard Reed Parry, Bryce Dressner, Beck

Cet ultime opus suscite déjà l’impatience des fans.

Nic Blanchard-Thibault

A lire également : Leonard Cohen, une plongée dans son monde élégiaque.(1)