RAGE AGAINST THE MACHINE – Elysée Montmartre 1993

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RAGE AGAINST THE MACHINE – Un premier Lp essentiel

Rage Against The Machine

A la question : « Qui a vu Rage Against The Machine en concert ? », toutes les mains se lèvent. A la question : « Qui a vu rage Against The Machine en concert en 1993 ? », Il y a déjà moins de monde. Une expérience … comment la décrire … « cuisante ». En musique, s’il existe un essentiel, il était-là.

Premier contact

« Tu te souviens du premier contact ?

Tu es chez ton pote, une nuit parisienne, bordelaise, nantaise, lyonnaise, marseillaise, strasbourgeoise … quelque part en France. Tu étires une fin de soirée vers le début du jour lorsque « killing in the name » passe à la radio. Alors, tel un gilet jaune, tes paupières alourdies par les excès se soulèvent. Malgré le faible volume et la qualité toute relative du matériel de diffusion, tes synapses se remplissent de neurotransmetteurs sans espoir de recapture ultérieure. Cette musique créée la dépendance dès la première écoute, l’incapacité à se passer du produit, l’addiction.

RAGE AGAINST THE MACHINE – Killing in the name

Endoctriné

Dès le lendemain, endoctriné, tu te précipites chez ton disquaire pour te procurer le CD. Toi qui déifie les chants mélodieux et exècre le rap, le slam et consorts, tombe en pâmoison devant ce screaming radical, incantations parfois répétitivement hurlées, à la limite du mantra, par Zack de la Rocha. Même le nom du coproducteur t’éclabousse comme une régurgitation, une vomissure : Gggarth … ou une balle dans le tête ».

Bullet in the head

Des chansons aux rythmes pulsatiles et tribaux déflorent les boomers des enceintes. A ces giclées de basse/batterie viennent se greffer les guitares de Tom Morello. Il ne s’agit pas d’un « guitar-héro » au sens propre du terme mais plutôt d’un « ingénieur du sonner guitaristique ». Son jeu résulte de la somme des bidouillages qu’il organise entre ses doigts et l’ensemble des boutons de réglages de sa guitare. Les circuits électroniques trafiqués de l’instrument font le reste. Lorsqu’il lâche les watts, sa main droite scalpe les cordes dopées au heavy rock. Cette technique très personnelle l’identifie à vie comme guitariste de RATM.

RAGE AGAINST THE MACHINE – Know your enemy

Quatuor d’aurochs déterminés à nous arracher la tête, ces types là en veulent à nos vie comme la maladie de Crohn à nos tripes. Pourtant, suite à ce premier essai gagnant, il semble que la créativité des musiciens se stérilise, en berne. La gueule de bois qui suit est rude à faire passer. Ne reste plus qu’à user des vieilles cires comme on grignote des vieux quignons de pain, jugeant que c’est dans les cires rayées qu’on fricasse le meilleur rock. Et c’est bien de ça dont le premier RATM relève. Zack, Tom, Brad et Tim n’en feront pas d’autre comme celui-ci. Mais il vaut pour toute une vie.

Bombtrack

En live ? « Fuck you I wont do what you tell me » !

En scène

Rage Against The Machine

Le 8 février 1993 à l’Elysée Montmartre. A la fin de l’année précédente, le groupe est passé au même endroit, mais en guest de Suicidal Tendencies. Là, il est en tête d’affiche et jamais plus il ne reproduira un séisme de cette ampleur.

L’auditoire ressort de la salle des brûlures aux tympans, des cicatrices rituelles plein la mémoire. Quel concert à venir pourra bien surpasser celui-ci ? Les yeux exorbités et les oreilles en choux fleur : l’ensuite risque la fadeur. L’antre de la Goulue s’est fait poggoter de tous les côtés. Cheveux longs et crânes rasés, cheveux bruns, blonds, roux et cheveux gris, les vieux et les n’enfants (‘tention aux tympans !), filles et garçons, RATM live rallie à sa cause toute les conditions humaines.

RAGE AGAINST THE MACHINE – Wake up (live)

Si les instruments insufflent un beat imparable, lorsque De La Rocha approche sa bouche du micro, la raison déraisonne, s’envole pour ne laisser gésir que le cerveau reptilien, primitif. Hypnotique ! Les préoccupations du quotidien se dissolvent, qui s’en souvient ? Ne reste que le pilonnement sourd traversé d’exhortations.

S’il est des concerts qui rythment les existences à distance : AC/DC au Pavillon de Paris en 1979, Queen au même endroit un an plus tôt, Muse à Rock en Seine en 2004, The Black Crowes à la Cigale en 2013 … et quelques autres, celui de Rage Against The Machine, ce soir-là, trône un cran au-dessus de ce postulat.

Freedom (live)

En 2000 au Zénith de Paris ou au Domaine de Saint-Cloud en 2008, le groupe assure, certes. Si, à l’issue, on peut se targuer d’avoir vu live RATM, oser un poseur : « J’y étais », paraît bien téméraire.

Par contre, Rage Against The Machine en concert le 8 février 1993 à l’Elysée Montmartre mérite sans conteste qu’on l’affirme : « J’y étais ».

Et on y est resté.

Thierry Dauge