Stephen Stills, le génie du folk-rock américain

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Célèbré avec les groupes Buffalo Springfield et CSNY, Stephen Stills s’est imposé en tant que compositeur avec son premier album solo…

Natif du Texas, Stephen Arthur Stills est fils de militaire. Il connaît une jeunesse nomade, déménageant de Floride en Louisianne, et du Costa Rica jusqu’au Salavador. Il cultive une passion pour la musique qu’il nourrit de ces horizons divers.

stephen stills

Au début des sixties, il quitte l’université pour se rendre à New York, où il intègre plusieurs formations (The Continentals, Au Go Go Singers). En 1965, il monte un groupe folk-rock, The Company. C’est lors d’une tournée au Canada qu’il fait la connaissance de Neil Young.

Les deux compositeurs ne tardent pas à faire des étincelles au sein du groupe Buffalo Springfield. Têtes d’affiche du Whisky a Go Go (L.A), ils allient folk, rock, et sonorités psychédéliques.

En décembre 1966, Stephen Stills signe leur premier tube. Un titre évoquant la répression policière et le couvre-feu imposé sur le Sunset Strip de Los Angeles. Il devient rapidement un hymne de la contre-culture américaine.

Buffalo Springfield – For What It’s Worth

En 1968, après la dissolution du groupe, il rejoint le Supergroupe éphémère Bloomfield Kooper Stills pour un unique album. « Super Session », conçu par Al Kooper, lui permet de briller en tant que soliste. Comme sur cette reprise de Donovan

Stephen Stills – Season of the Witch

La formation Crosby, Stills & Nash est un supergroupe d’un autre genre. Elle réunit trois folk singers issus de trois groupes différents (Byrds, Hollies et Buffalo Springfield) et fait la part belle aux harmonies vocales.

Crosby, Stills & Nash

Encore une fois, c’est Stephen Stills qui signe le plus gros tube de l’album. Un titre évoquant son inévitable rupture avec la chanteuse Judy Collins.

Crosby Stills & Nash – Suite : Judy Blue Eyes

En 1969, Neil Young rejoint alors la formation pour ce qui semble être une entreprise risquée. En effet, il s’agit de quatre multi-instrumentistes, tous auteurs, compositeurs, et interprètes. La créativité est au rendez-vous, les conflits également…

Crosby, Stills, Nash & Young – Carry On

Chacun amène son style, son phrasé. Mélodies, textes et harmonies jaillissent par poignées. Seulement, au moment de faire un choix, fort de leurs succès respectifs, les quatre virtuoses souhaitent avoir le dernier mot.

Un génie et trois virtuoses

Las des querelles émaillants les séances, Stephen Stills préfère se rendre au studio dans la soirée, et gérer la post-production dans le calme. Malgré leurs fréquentes disputes, Neil Young reconnaît son talent, et va même jusqu’à le qualifier de génie.

CSN&Y

A la fin de l’année 1969, les tensions s’intensifient au sein de CSN&Y. Sur les conseils d’Ahmet Ertegun (Atlantic Records), Stephen Stills décide de s’éloigner de Los Angeles. Il émigre en Angleterre et rachète le manoir de Brooksfield (Surrey) à Ringo Starr, afin de préparer son premier album solo.

CSNY publie son premier album, “Déjà Vu”, en mars 1970. Malgré le succès, et la qualité des morceaux, la guerre d’ego à laquelle se livrent les quatre compositeurs atteint son paroxysme durant la tournée promotionnelle. A cette époque, Stephen Stills vit une relation compliquée avec l’actrice Rita Coolidge. Cette dernière le quitte pour son complice Graham Nash. Un événement qui incite le texan à quitter le groupe, et met fin à la prestigieuse association entre Crosby, Stills, Nash et Young.

Stephen Stills empile quelques enregistrements à Los Angeles. Le reste du temps, il le passe dans son manoir, en Angleterre. Il tente de noyer son chagrin dans la musique, tout en cherchant son propre chemin artistique. A cette époque, il cumule les jam-sessions, notamment avec Jimi Hendrix.

Premier album solo

L’album est sobrement baptisé “Stephen Stills”. La pochette est l’oeuvre du photographe Henry Diltz. La girafe rose figurant sur l’image est un message secret destiné à son ex-compagne Rita Coolidge.

Le titre d’ouverture reste à ce jour, son plus grand succès en solo. “Love The One You’re With” (aimez celui avec qui vous êtes) provient du musicien Billy Preston. Le génial claviériste avait pour habitude de dire :

“Si vous ne pouvez pas être avec celui que vous aimez, aimez celui avec qui vous êtes”.

L’idée n’est pas de se résigner, mais de profiter de chaque instant sans pour autant oublier de donner de l’amour. Un hymne folk puisé dans la philosophie hippie. Son chœur à l’unisson et son rythme frénétique sont d’une sublime légèreté.

Tout l’album compte de prestigieuses collaborations. Les voix de John Sebastian, David Crosby et Graham Nash viennent ici soutenir les chœurs…

Stephen Stills – Love The One You’re With

Si la piste suivante semble prolonger la thématique de l’amour universel, ses arpèges délicats dissimulent une souffrance qui rejaillit dans le texte. Un homme déambule dans la neige. S’efforçant d’oublier celle qu’il aimait, il s’accroche à sa compassion pour l’humanité.

Stephen Stills écrit ce titre pour son ami David Crosby. Les paroles évoquent la période difficile vécue par le moustachu après la mort de sa compagne Christine Hinton.

“And he cries from the misery
And he lies singin’ harmony
She is gone there is no tomorrow”

Stephen Stills – Do For The Others

Le lien unissant à cette époque Stephen Stills et Jimi Hendrix n’est pas anodin. Souvent éclipsé par les puissants guitare-héros du rock psyché, ou du hard-rock naissant, Stephen figure pourtant parmi les plus grands guitaristes de sa génération. Un fait qui n’a pas échappé à Jimi Hendrix.

Dans les bonnes grâces du divin

Selon l’entourage du divin gaucher, parmi les quelques chevaliers de la six-cordes ayant défilé à ses côtés, Stills avait sa préférence. Outre le fait que Jimi appréciait son ouverture d’esprit et son enfance de globe-trotter, il existait une symbiose musicale entre les deux hommes.

Jimi Hendrix & Stephen Stills
Jimi Hendrix & Stephen Stills

Leurs collaborations se passaient souvent de discours. Ensemble, dans un studio, ils parvenaient tous deux à s’élever dans les airs, jusqu’à toucher le ciel. Leurs boeufs épiques, et secrets, ont depuis vu le jour, et on peut constater que les proches d’Hendrix disaient vrai. Il faut dire que Stephen Stills était aussi réputé pour son audace. En 1969, ils étaient peu nombreux à oser se mesurer au divin de Seattle. Et on peut aisément le comprendre. La confiance est un élément important dans ce métier.

C’est donc durant ces séances, que bien des mouches auraient aimé survoler, qu’est né “Old Times Good Times”. Si Jimi Hendrix pose un solo sur ce titre, son empreinte sur l’album va dépasser celle prévue initialement par Stephen Stills

Stephen Stills – Old Times Good Times

Comme son ami Neil Young, Stephen voue une grande admiration à Jimi Hendrix. A son contact, il développe un goût pour l’expérimentation, mais également pour les compositions riches aux sonorités variées. Stephen opère dans le même temps un retour au blues. Dans les studios Island de Londres, il croise souvent le fer avec le dieu local, Eric Clapton. De cette rencontre naîtront plusieurs collaborations. A commencer par ce titre que n’aurait pas renié BB King, et dans lequel, la grande Mama Cass vient se joindre aux chœurs.

Stephen Stills – Go Back Home

Est-ce le fruit de ces rencontres si Stephen Stills semble enfin laisser parler la Fée Blues qui l’anime ? Toujours est-il qu’il s’octroie une plage totalement dédiée au genre. “Black Queen” est un moment de bravoure inspiré par les pionniers du delta blues. Une envolée somptueuse sur le terrain de la musique noire. Un preuve définitive et inaltérable de ses talents de guitariste et de vocaliste.

Pour l’anecdote, Stephen Stills venait de descendre une bouteille de tequila lorsqu’il s’est mis à improviser ce blues originel…

Stephen Stills – Black Queen

Si le texte évoque sa relation avec Rita Coolidge, ses sonorités funky-soul, et même jazz, ainsi que le titre “Cherokee” constituent un dernier clin d’œil à son ami Jimi Hendrix. Ce dernier décède quelques semaines avant la sortie de l’album, qui lui est d’ailleurs explicitement dédié : to James Marshall Hendrix.

L’arrière de la pochette comprenait également sur son édition originale, un poème de Charles John Quarto intitulé “A Child Grew Up On Strings” (Un enfant ayant grandi sur des cordes). Enfin, ce n’est pas un hasard si l’opus a vu le jour le 27 novembre 1970, date du 28ème anniversaire jamais célébré du gaucher flamboyant. Aux claviers, on retrouve le sémillant Booker T. Jones.

Stephen Stills – Cherokee

Dès la première semaine, le disque caracole en tête du Billboard américain. Stills étant perçu essentiellement comme un folk-singer, beaucoup se disent bluffés par la diversité de ce premier album solo (Mick Jagger).

stephen stills

Stephen Stills devient alors un artiste brillant par ses propres moyens, et évoluant dans un univers musical élargi et riche. Ses productions à venir seront scrupuleusement écoutées. Si son second album causera quelques déceptions, les deux suivants avec le groupe Manassas apporteront une nouvelle fois la preuve de sa virtuosité.

Serge Debono

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