Hana and Jessie-Lee’s Bad Habits – Say What You Mean

Le décor :
un bar miteux à côté d’un motel paumé dont les matelas rebutent même les cafards du coin. Les acteurs : au comptoir une poignée d’ivrognes, le marcel douteux, dont l’haleine fétide, dans un rot poussif, peine à se frayer un chemin entre quelques chicots noircis, rescapés d’un lourd passif de bières tièdes et de jus de chique bon marché. Dans un angle de l’estaminet, sur une scène minuscule éclairée par la lumière blafarde d’un projo fatigué, une chanteuse dont le paysage mammaire ferait pâlir Dolly Parton, massacre du Hank Williams d’une voix aigrelette et mielleuse. Le metteur en scène : lâché l’affaire depuis belle lurette. Sûrement parti dans le désert s’éventrer sur le premier cactus venu…

Bouton Off.
Arrêtons le projecteur et laissons la pellicule partir en fumée en une auréole cramoisie.
Eh oui…
… la Country. Cette bonne vieille Country . Parfois victime des pires clichés, réduite à une musique de ploucs ventripotents, passablement portés sur la boutanche, un brin réacs et un tantinet xénophobes…
Alors non…
… abandonnons derechef ce mauvais scénario.
La Country, comme le Blues, a toujours su se nourrir de multiples influences. Des Byrds, des Neil Young ou encore des Jason and the Scorchers l’ont confirmé depuis longtemps. Et ce n’est pas Hana and Jessie-Lee’s Bad Habits qui mettra à mal cette belle réalité.
Direction les antipodes…
… Car c’est Melbourne qui a la chance d’abriter ce combo féminin créé voici dix ans. Hana Brenecki, guitare et chant, Jessie-Lee Zubkevich, guitare, Kate Alexander, basse et Julia Watt, batterie. Des briscardes qui n’ont certainement pas attendu les dernières pluies australiennes pour exercer leurs talents. Car Hana et Jessie-Lee écumèrent pendant pas mal de temps les repaires de la scène Punk d’Adélaïde tandis que Kate et Julia prêtèrent cordes et baguettes au sein de Party Pest, sans oublier Moody Beaches, Power Trio explosif où la même Julia maltraita efficacement ses fûts.

Fortes d’un premier album…
… auto-produit mais néanmoins remarqué, « Southlands », en 2017, le gang remet le couvert avec « Say What You Mean » sur l’indispensable label rennais Beast Records. Autant mettre les choses au clair tout de suite, une fois l’objet extrait de la très belle pochette (Dont l’auteur n’est hélas pas crédité) et exposé à la subtile caresse du saphir, vous savez immédiatement que vous tenez là une petite pépite.

Il est en effet…
… de ces groupes qui tutoient… La perfection.. Oui oui, j’ose. Rien à enlever. Rien à ajouter. Équilibre impeccable servi par des musiciennes au top de leur art. À commencer par la frontwoman, Hana Brenecki, voix d’exception puissante, sensible, soutenue par sa guitare rythmique sans faille. Histoire de ne pas s’arrêter en si bon chemin, voici ensuite Jessie-Lee Zubkevich, guitariste bluffante au jeu d’une richesse rare, jamais démonstratif, entre notes pures et férocité Rock ‘n Roll. Et puis, pour finir, cette putana de section rythmique. Recette du cocktail : basse jouée au médiator, tranchante et précise pour Kate Alexander, que cela n’empêche point d’assurer des choeurs impeccables, talonnant la frappe dynamique, tout en relief, de Julia Watt (Formation Jazz ? Ce ne serait pas étonnant…).
Hana and Jessie-Lee’s Bad Habits – The Tallest Of Tales
Pour les avoir vu…
… au festival de Binic*, dans les Côtes-d’Armor, je peux vous garantir que la sauce, en live, garde toute sa saveur. Celle d’une Country du 21ème siècle, absolument moderne, résolument éclectique, biberonnée au Rock and Roll, au Blues, mais aussi à une Soul si bien portée par la voix d’Hana Brenecki. On pense parfois au Jayhawks et sans conteste, c’est à la hauteur de la référence.
* Faudra que je vous en cause un de ces quatre…

Si d’aventure…
…elles posaient leurs amplis par chez vous, sellez illico votre mustang et galopez-y.
Les ombres s’allongent…
… Le soleil rougeoie sur la pampa. Pu qu’à ranger le projo et balancer la pelloche à la poubelle, déboucher un p’tit Jack et me refaire les deux faces de « Say What You Mean » par Hana and Jessie-Lee’s Bad Habits. Comme quoi les mauvaises habitudes ont parfois du bon…
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