Disintegration (1989), Robert Smith en quête d’éternité

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Disintegration, ou l’histoire d’un trip psychédélique

The Cure

En 1989, The Cure publie Disintegration, un huitième album très attendu. Et pour cause, le succès des deux disques précédents, The Head On The Door (1985) et Kiss Me, Kiss Me, Kiss Me (1987) les a propulsés parmi les géants de la pop. Auparavant, Robert Smith avait guidé le groupe sur un registre rock, puis expérimental. Le succès de leur période new wave le contraint à rééditer des productions lucratives telles que In Between Days ou Just Like Heaven

Dans les abîmes de Robert Smith

Le compositeur vit très mal cette popularité. Il déménage dans l’ouest de Londres avec l’espoir de se ressourcer, mais l’approche de son trentième anniversaire le plonge dans une nouvelle dépression.

Robert Smith

Conscient que la majorité des grands artistes de rock ont délivré leurs meilleurs titres avant cet âge, il commence à travailler sur de nouvelles compositions…

The Cure – Homesick

Robert Smith souhaite revenir à des oeuvres introspectives et des instrumentaux angoissants (album Pornography). Pour cela, sciemment, il plonge dans ses propres abîmes. Il cesse de communiquer et s’administre une dose massive et journalière de LSD.

“J’étais comme un moine. Je ne parlais plus. En y repensant, c’était très prétentieux de ma part. Mais j’avais besoin d’un environnement légèrement désagréable” Robert Smith

Soucieux de ne pas freiner son inspiration, les autres membres profitent de ces moments d’isolement pour se détendre dans la cabine. Les rires cessent dès que Robert fait son entrée. Chacun sait qu’un processus est en route, aussi créateur que destructeur…

The Cure – Disintegration

Peu de groupes des années 80 ont osé mélanger le rock psychédélique aux sonorités synthétiques. Après l’album The Top (1984) flirtant déjà avec le genre, The Cure exalte le trip total de son leader dans une symphonie majestueuse. Feu d’artifice de spirales aux couleurs sombres, Disintegration est une plongée dans les visions oniriques, et parfois monstrueuses de Robert Smith.

Le titre Lullaby, est directement puisé dans les traumatismes de l’enfance du chanteur. Pour ceux qui l’ignorent, le terme “lullaby” signifie “berceuse” en anglais. Encore un titre ironique de ce diable de Robert Smith. Car si l’instrumental de ce fameux standard de The Cure peut en effet s’avérer apaisant, le texte en revanche, relève plutôt du cauchemar.

Robert Smith évoque un homme-araignée bien moins sympathique que le célèbre tisseur (Spiderman). Tapi dans un coin de sa chambre, il semble vouloir faire du chanteur son repas du soir.

Robert Smith par José Correa
Robert Smith par José Correa

La basse pesante de Simon Gallup est soutenue par une basse six-cordes jouée par Robert Smith, ce qui explique le poids de la section rythmique. Le riff de guitare renforce le groove obsédant mais c’est bien le thème de violon joué aux claviers qui fait le succès de Lullaby. Des couplets interprétés en talk-over, un instrumental en guise de refrain. Ce titre a tout d’une œuvre expérimentale. Pourtant le sortilège opère, il devient un tube dans de nombreux pays.

The Cure – Lullaby

Les Etats-Unis lui préfèrent Lovesong. Un titre rythmé une nouvelle fois par Simon Gallup, avec une ligne de basse omniprésente, et bercé par le chant mélancolique de Robert Smith.

The Cure

C’est à sa fiancée et future épouse Mary Poole que cette compo est dédiée. Sa structure simple et son texte optimiste détonnent par rapport au reste de l’album.

“Ce titre n’essaie pas d’être intelligent. Il m’a fallu dix ans pour me sentir assez à l’aise et pouvoir chanter une simple chanson d’amour “.

The Cure – Lovesong

L’élaboration d’un tel album ne peut s’effectuer sans y laisser quelques plumes. Ici, on peut même parler de sacrifice…

Lol Tolhurst et Robert Smith se sont connus à l’école maternelle. Leur complicité a grandement contribué à façonner le style du groupe. Seulement, à l’approche de ce sixième album, la crainte de retomber dans l’oubli mine tellement le leader qu’il s’y attèle comme s’il s’agissait de son dernier. L’implication de Tolhurst est aux antipodes…

Lol Tolhurst & Robert Smith

Souffrant d’une forte dépendance à l’alcool, les claviers de Lol Tolhurst s’éclipsent souvent derrière ceux de Roger O’Donnell, membre de The Psychedelic Furs appelé à le rescousse. Aux prises avec ses propres démons (LSD et cocaïne), Robert Smith finira par congédier définitivement son ami d’enfance à l’issue de l’enregistrement.

The Cure – The Same Deep Water As You

Au final, 32 titres sont mis en boîte. Seulement douze d’entre eux voient le jour, dont l’excellent Fascination Street, publié en single. Un titre inspiré par une nuit de beuverie à la Nouvelle Orléans.

La basse de Gallup insuffle à nouveau son pouvoir hypnotique, soutenue par la batterie pesante de Boris Williams, pendant que les guitares de Robert Smith et Pearl Thomson s’entremêlent et libèrent des spirales de clair-obscur.

En effet, si le thème est stimulant, le message reste empli de désespoir…

“Because I feel it all fading and paling and I’m begging

To drag you down with me, to kick the last nail in”

The Cure – Fascination Street

A l’image des albums antérieurs Seventeen Seconds et Pornography, il émane de Disintegration une noirceur envoûtante. Telle une berceuse diabolique à laquelle on ne peut se soustraire. Une nouvelle fois, l’immersion dans le monde intérieur de Robert Smith est dénuée de monotonie, et se révèle être un voyage fascinant.

Robert Smith - Disintegration

Contre toute attente, Disintegration permet enfin à The Cure de se faire prophète en son pays. Pour la première fois, le groupe grimpe sur la troisième marche du podium des charts anglais. Au fil du temps, considéré comme un album majeur des années 80, son succès critique et sa notoriété grandissante sauraient apaiser les craintes de Robert Smith. The Cure n’est pas prêt d’être oublié.

Serge Debono

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