Bob Marley & The Wailers, ou l’avenement du reggae

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Peu de musiques sont associées à un nom comme celui de Bob Marley au reggae. Pourtant, si 40 ans après sa disparition, il reste incontournable dans la culture populaire, c’est aussi que son empreinte sur la musique est bien plus large qu’on ne veut l’admettre et dépasse aisément le cadre du genre.

L’histoire de cette icône sacrée de la musique du 20ème siècle est celle d’un jamaïcain devenu lion des rastas, dont l’aura et le charisme supplantent aujourd’hui ceux des plus grandes stars du rock et de la pop.

Bob Marley & The Wailers : le monstre à trois têtes

Le 6 février 1945, quand Cedella et son mari Norval Marley voient naître leur fils Robert Nesta ils n’imaginent pas une seconde le phénomène qu’ils viennent d’enfanter. Son père, un blanc jamaïcain d’origine anglaise, souvent absent, décède alors qu’il n’a que 10 ans. Soutenu par l’affection de sa mère, Bob Marley grandit dans le quartier difficile de Trenchtown à Kingston (Jamaïque) où son tempérament et ses talents ne tardent pas à s’affirmer en compagnie de ses amis musiciens Bunny Wailer, et Peter McIntosh (Peter Tosh).

Bob Marley In the beginning
Bob Marley, Bunny Wailer et Peter Tosh (1965)

Epaulé par le jeune Jimmy Cliff, Bob et ses acolytes tentent de choper la vague ska qui inonde les Caraïbes en y mélant les influences américaines provenant de la station de radio de Miami. En 1962, il n’a que 17 ans lorsqu’il enregistre son premier single…

Bob Marley – Judge Not

En 1963, les Skatalites viennent soutenir le trio sur le label Studio One, pour le premier tube de ceux qu’on surnomme déjà, The Wailing Wailers

The Wailing Wailers – Simmer down

Chez Studio One, Bob fait la connaissance de Rita Anderson. Il l’épouse en 1966, juste avant son départ pour les Etats-Unis. En visite chez sa mère, il souhaite fonder son propre label. Il réalise très vite qu’il lui sera bien difficile de trouver un financement. Inspiré par son voyage et les musiques qu’il a entendu à Miami, il rentre néanmoins à Kingston avec quelques compositions, amenées à devenir des titres phares de son répertoire…

The Wailers – Trenchtown Rock

Il confie son travail à Lee Scratch Perry qui jouit d’une grande réputation avec son orchestre The Upsetters. De longues séances studios, vont émerger quelques joyaux comme la mélodie de Small Axe. Bob Marley affirme son grain de voix, si doux et particulier, ainsi que son appartenance au rastafarisme, faisant de son reggae skank un genre de gospel jamaicain. Dévot, mais résolument optimiste, et entraînant…

The Wailers – Small Axe

Au sein des Wailers, Bob Marley exprime déjà sa poésie révolutionnaire à travers des titres habités et lancinant. Ses interprétations sont si expressives que la soul semble soudain renaître sous des accents caribéens…

The Wailers – Soul Rebel

Comme sur ce titre étrange et inconnu de son vivant. Le temps clément, le soleil au zénith et l’écho splendide dans la voix du lion ne suffisent pas à masquer l’atmosphère inquiétante entretenue par le son ivre de l’orgue, et les miaulements obsédants d’un harmonica désespéré…

The Wailers – Sun is Shining

Malgré la qualité mélodique des morceaux, ainsi qu’une belle production assurée par Lee Scratch Perry et ses comparses, les Wailers ne rencontrent pas la réussite espérée.

Durant son séjour aux États-Unis, Bob a fait la connaissance de Johnny Nash, chanteur et guitariste cherchant à populariser le style rock-steady, et se montrant très intéressé par leur ska évolutif. Il leur permet de signer un contrat pour un album… qui ne verra jamais le jour ! En revanche, il adapte le titre Stir it up, dont il fera un succès…

Catch A Fire, un premier album abouti

Bob se décide alors à contacter Chris Blackwell fondateur des disques Island ( Nick Drake, U2, King Crimson, Jethro Tull). Ce dernier suit son évolution depuis des années et compte déjà quelques tubes à son actif en Jamaïque. Bob, Peter et Bunny restent méfiants, mais signent néanmoins un nouveau contrat.  L’enregistrement de l’album Catch a fire démarre en octobre 1972.

Bob Marley 1er album
Album Catch A Fire

Dans sa version destinée à l’exportation, le titre introductif est une musique totalement nouvelle. Un mélange de ska-pop et de rock psyché. Wayne Perkins, soliste appelé à la rescousse par Chris Blackwell, semble soudain avoir chaussé les sandales de Carlos Santana pour un riff aérien envoûtant. Il est soutenu par une section rythmique impeccable composée des frères Barrett ( Aston et Carlton). Tandis que Bob Marley, dans un chant somptueux, devise sur le sens de l’existence à travers les astres…

Bob Marley & The Wailers – Concrete Jungle

Cet opus est composé en Jamaique avec le concours de Lee Scratch Perry, puis mixé dans les studios Island de Londres. Le résultat impressionne les spécialistes. Chris Blackwell, convaincu d’avoir la main mise sur la poule aux oeufs d’or et la nouvelle tendance qui l’accompagne, prévoit de distribuer le disque en Europe et aux USA. Ce qui explique le style volontairement éclectique de l’oeuvre…

Bob Marley & The Wailers – Midnight Ravers

Bob Marley et son grain identifiable entre mille, Bunny Wailer et son chant gospel haut perché, ou Peter Tosh et sa voix de baryton, chacun fusionne avec une grande facilité la musique noire américaine et le style de Kingston. Pourtant, à aucun moment, le groupe ne renie sa culture, ni son histoire, comme dans ce titre écrit et interprété par Peter Tosh…

Bob Marley & The Wailers – 400 Years

Catch A Fire est publié en décembre 1972 au Royaume-Uni, et déboule quatre mois plus tard dans les bacs américains. Il remporte un succès d’estime, et devient un album fondateur pour toute une génération de musicien. Il est aujourd’hui, ce que le premier album d’Elvis Presley est au rock’n’roll, la pierre de rosette du reggae.

Linton Kwesi Johnson ( musicien et poète) :

«Catch a Fire a créé à lui tout seul un nouveau type de musique jamaïcaine. Au lieu de mettre l’accent sur le couple basse-batterie, le mixage de cet album est plus aigu, moins lourd. L’emphase est plutôt placée sur les guitares et autres instruments d’appoint. Jamais un enregistrement de reggae jamaïcain ne s’était si ouvertement approprié les sons électroniques de la musique moderne.»

Serge Debono

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