ROCK : Pour qui sonne le glas ?

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En prélude à la sortie d’un ouvrage supervisé par notre ex collaborateur sur Cultures Co, Daniel Lesueur, auteur et directeur de collection aux éditions du Camion Blanc, permettez cet extrait revu pour les besoins du « format ». Ce futur ouvrage devrait sortir courant 2020 et traiter des instruments de musique incongrus ou inhabituels utilisés dans le rock.

ROCK : Pour qui sonne le glas ?

Le glas

« Pour qui sonne le glas » ? (Ernest Hemingway) Mais pour les groupes de rock, bien sûr ! Inversement au sens communément admis lorsqu’on use de cette expression : « Glas », synonyme de « mort », « fin des haricots », certaines formations musicales ont régénéré leur carrière en jouant des cloches. L’ésotérisme régnant dans le milieu du rock, on associe souvent le son du glas et les portes de l’Enfer, comme si la sonnette avoisinait toujours les boites aux lettres.

AC/DC – Hells bells

Deux associés : une cloche et le glas

Si l’utilisation de la « cowbell », ou « cloche à vache », prend parfois un rythme syncopé à l’allure de Cha Cha Cha, CF Joe Jackson dans « Cha Cha loco » (album « Body and soul » – 1984) ou cet autre, rock & southern : « Sick for the cure », sur « Heartbreak station » (1990) de Cinderella (produit par John Paul Jones du Zeppelin, quand même !), l’avènement des groupes de heavy metal post punk, notamment anglophones, modifie la donne : la « cloche » augmente de volume. L’iconographie pseudo satanique fait le reste, provoquant ce parallèle entre l’utilisation d’une cloche, en fait, un véritable « bourdon », et l’Enfer d’où, hypothétiquement, elle ou il proviendrait.

CINDERELLA – Sick for the cure

Plutôt que d’inclure le son des cloches dans des titres enlevés, les musiciens concernés préfèrent en user à des fins « tristounettes », sonnant d’avantage le glas que tintinnabulant de gaieté. Le plus célèbre de ces glas, car écoulé dans le Monde à des millions d’exemplaires, est sans doute celui d’AC/DC sur « Back in black » (1980), dans l’intro de « Hells bells », lugubre célébration destinée à accompagner le départ de leur défunt chanteur, Bon Scott.

D’autres exemples ? Citons Metallica dans « From whom the bells toll » extrait d’une Face d’anthologie de son album le plus populaire : « Ride the lightning » (1984).

METALLICA – From whom the bell tolls

Deux ans plus tôt, Iron Maiden le devançait dans « The number of the beast » (1982), le brûlot qui accompagnait l’arrivée de son nouveau chanteur, Bruce Dickinson. La chanson en question est « Hallowed be thy name », une épopée heavy metal et progressive de plus de sept minutes. Dans un genre similaire, bien que moins speedé, on retrouve notre cloche dans le premier album solo du tronçonneur de chauve-souris : Ozzy Osbourne. Son « Blizzard of Ozz » (1980), outre les deux épées « Crazy train » et « Mr Crowley », lâche une « Revelation (mother Earth) » où résonne notre amie.

IRON MAIDEN – Hallowed be thy name

Pour en terminer avec le heavy metal, citons cette formation qualifiée de Hair Metal ou de Christian Metal qu’est Lillian Axe. Adepte du catholicisme, le groupe garnit ses textes de références bibliques, d’où son rangement sur l’étagère du christianisme métallurgique (!). Quoi de plus naturel, donc, que d’entendre une volée de cloche dans l’intro de : « Voices in my walls », titre dont la thématique rappelle une nouvelle de Stephen King : « Celui qui garde le ver », contenue dans le recueil « Danse macabre » (1978). Cela écrit, l’album « Psychoschizophrenia » (1993) est excellent et appréciable par un plus large public que les seuls croyants.

Ozzy OSBOURNE – Revelation (Mother Earth)

Hors HM, filons au Sud … de l’Ecosse. Avec « Summer son », sur « The Hush » (1999), Texas tient un hymne près 21ème siècle, le genre de chanson que l’on chante sous la douche, qui fait hurler les autoradios … et les voisins. Dans ce titre mondialement diffusé, il ne s’agit plus d’un glas, ni même d’une cloche, mais de tout un carillon. Et comme Sharleen Spiteri aime les choses « carrées », l’ensemble forgé d’airain suit la mélodie : « Here comes the summer son … ! ».

TEXAS – Summer son

On ne pouvait y échapper ! Le groupe le plus éclectique d’Angleterre, et dont la collection d’objets susceptibles de produire un son dépasse toutes celles des plus fondus, sort son dernier véritable Lp : « The division bell », en 1994. Inscrit dans le titre, le glas sonne tel un éloge funèbre, soulignant la fin de l’aventure Pink Floyd : « High hopes ». « Vole, mon flamant, rejoint ce Lac Rose sénégalais d’où tu tires ta couleur ». Amen.

PINK FLOYD – High hopes

Mais assez de ces funestes desseins ! Concluons à l’aube, et sur un autre son de cloche, la balade au pays des bourdons.

En 1978, les quatre membres de Kiss décident (?) de sortir concomitamment un album solo. Le service marketing conserve maquillages et iconographie, seule la couleur de fond des pochettes différent. Résultat ? Inégal. Le prix de la déception revient à Peter Criss, le batteur, pour un ensemble de partitions sans profondeur. Par contre, celui d’Ace Frehley, le bretteur en chef, expose tout le talent qu’on ne lui laisse pas exprimer au sein du groupe, freiné en cela par le duo d’affairistes éclairés, et principaux compositeurs : Paul Stanley et Gene Simmons.

Ace FREHLEY – Fractured mirror

Pour clore son affaire, Frehley enregistre un instrumental cristallin : « Fractured mirror ». La cloche esseulée qui l’annonce, unique résonance au milieu du silence, évoque un petit matin brumeux, de ceux qui laissent entrevoir la flèche d’une église dans le lointain, supposé clocher qui égraine son refrain. Sise au-dessus du cimetière, elle n’en chante pas moins l’avènement du jour et l’espoir d’un futur naissant.

Thierry Dauge