Shifting Sands – La Belle et la Bête

Limpide.
Voyons un peu ce qu’en dit le Larousse :
« Clair et transparent ». Exemple : « une eau limpide ».
« Dont rien ne vient troubler l’éclat, la pureté ». Exemple : « un regard limpide ».
Alors oui…
… ce mot, déjà doux et fluide dans sa sonorité, épouse parfaitement les contours de Shifting Sands. Shifting Sands ? Dans quelle contrée reposent-ils donc ces sables mouvants… Et quelle apparence ont-ils donc pris pour mieux nous piéger… C’est du côté de l’hémisphère sud qu’il va falloir se diriger , l’Australie pour être plus précis. Et c’est l’apparition de musiciens de notre bonne vieille Terre qui nous fera comprendre que derrière ce blaze énigmatique se niche un combo des plus envoûtants.

Approchons la loupe…
… de la carte. L’Australie c’est grand ma p’tite dame. Et positionnons la au-dessus de Brisbane, ville où fut déposé le bulletin de naissance du groupe. Et si on se rapproche encore un peu plus, quelques silhouettes se précisent peu à peu…
Abondante tignasse…
… et barbe poivre et sel, chemise digne d’un épisode de « Hawaï police d’État », Geoff Corbett, chanteur et parolier, affiche une cinquantaine apparemment bien remplie. C’est, comme on dit, « une gueule » le Geoff. Regard qui en a vu, peut-être trop, trogne riche en ravines existentielles. C’est clair, le lascar a déroulé du câble, et certainement au kilomètre.

Longue chevelure brune…
… visage délicat, Izzy Mellor, chant et clavier, trône derrière ses touches noires et blanches, beauté diaphane irradiant une sérénité communicative. Si Geoff Corbett est le Yang, Izzy incarne le Yin. Ou plutôt vice versa car ici c’est elle la lumière et lui les ténèbres, opposées mais inséparables.
Les présentations…
… pourraient s’arrêter là, tellement le duo représente déjà à lui seul la force du groupe. Mais ce serait un brin pas sympa de zapper l’excellent compositeur Dylan McCormack, guitare et basse, Ruby McGreser, Anna Clifford et Danielle Golding au chant, Dan Baebler et Darren Mudge à la six-cordes, et George (Browninth?) (Orthographe improbable, notes de pochette manuscrites pas toujours très lisibles) et Alex Dunlop aux fûts, nombreux compagnons de route et de studio tout au long de l’existence de la formation (Qui, hélas, semble aujourd’hui avoir disparue des radars).

Nombre de talents…
… pour l’élaboration d’une musique hantée par un Folk sombre dont l’apparente coolitude cache des tourments parfois violents. Ce qui se trame dans l’esprit de Geoff Corbett est tout sauf un long fleuve tranquille. Amours impossibles, désespérées, constituent la trame des récits que les cordes vocales cabossées de l’australien remontent d’un puits sans fond de désenchantement.
« Girl In The Sinking Canoe« , « Dead Memory« , « Terror Of Love« , « We Would Have Killed Each Other« , « Disaster Response« … Par ici, mesdames et messieurs, pour une promenade au bord du gouffre…
Shifting Sands – Other Girls
… Dans lequel…
… vous ne tomberez pas, rassurez-vous, sauvés que vous serez au moment fatidique par la voix d’Izzy Mellor, en total contraste avec le torrent rocailleux jaillissant des lèvres de notre troubadour déglingué, brûlées par une fréquentation assidue de breuvage à forte teneur en malt. Céleste est le mot qui viendrait facilement à l’esprit mais qui resterait néanmoins faiblard pour décrire une telle pureté. Si je n’étais point mécréant, je crois bien que je me laisserais aller à quelques dévotes génuflexions…

Reste le théâtre…
… pour accueillir l’atypique combat. Le piano et l’orgue légers d’Izzy, une section rythmique sans basse (Du moins sur scène) où la guitare acoustique soutient les interventions discrètes de la guitare électrique sur un beat impeccable de sobriété.
Une sobriété qui contribue également à la force aussi tranquille qu’implacable de Shifting Sands. L’épure semble être la règle absolue qui élabore chaque chanson. Comme si la ligne claire des dessinateurs trouvait son équivalent en musique. Et si la production, mijotée aux petits oignons par le décidément incontournable Dylan McCormack, vient en plus apporter un surplus de clarté, alors là…
En un mot, limpide…
Shifting Sands – Boyfriend
Nos Sables Mouvants…
… ont cependant un gros défaut. Ils n’ont sorti que deux albums. « Beach Coma » en 2015 et « Crystal Cuts » en 2019, chez le label rennais Beast Records qui, une fois de plus, fait preuve d’un goût des plus sûrs. En privilégier un ? Mission impossible. Même avec la meilleure volonté je me sentirais totalement incapable d’avoir un petit faible pour l’une ou l’autre de ces deux tueries intégrales.


Si jamais…
… le hasard faisant quelques fois bien les choses, vous tombiez sur un petit entrefilet donnant ne serait-ce que quelques menues nouvelles fraîches, faites moi signe ! Même si virtuelle, je me fendrai d’une bise.













