Bas les masques

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La culture se partage !

Bas les masques

Bas les masques

Sale journée…

… pour Ed Hutcheson, rédacteur en chef du journal The Day dont le fondateur vient de calancher. L’ancêtre à peine refroidi, un tabloïd saute sur l’occasion pour racheter la publication. Coup dur et véritable affront. Car Ed Hutcheson fait partie de ces journalistes pour qui la déontologie est quasiment une religion. On ne plaisante pas avec l’éthique et l’intégrité. Ni avec l’exigence que l’on demande aussi aux lecteurs. Respect mutuel pour une qualité de l’information toujours revendiquée. Alors se faire dévorer tout cru par un des spécimens douteux de cette presse populiste et putassière qui voit surtout dans l’opération l’élimination d’un concurrent… Ed voit rouge.

Bas les masques

15 jours…

… Pas un de plus. C’est le temps qui reste à l’équipe du Day pour remballer Remington et Rolleiflex et aller se faire voir ailleurs. Hutcheson, en coriace qu’il est, tentera bien de trouver une solution auprès de la veuve du fondateur qui, il le sait, partage ses valeurs. Mais c’est sans compter sur la progéniture de l’endeuillée. Kitty et Alice. Deux grandes fifilles un tantinet limitées qui, visiblement, n’ont pas grand chose à secouer de la presse honnête et comptent bien toucher le pactole pour se la couler douce jusqu’à leur dernier souffle. Pot de terre contre pot de fer. C’est plutôt mal barré pour The Day…

Bas les masques

Oui mais voilà…

… il a sa fierté notre fougueux chroniqueur. Crever ? D’accord, mais debout et bien droit dans ses bottes. Et c’est, ironie du sort, du côté de la gente pas très réglo que l’occasion de finir en beauté va se présenter. Une occaze nommée Tomas Rienzi. Caïd de la pègre blanchi naguère par la commission sénatoriale à grand renfort de fourberies diverses. Et voilà t’y pas qu’une de ses dernières, de fourberie, serait d’être mêlé au meurtre d’une jeune femme, Sally Gardiner. Ed Hutcheson vient de trouver la matière de son ultime combat. Se payer à tout prix le parrain de la ville. Une enquête mouvementée qui ne fait que commencer…

Bogart

Humphrey Bogart…

… est Ed Hutcheson. Bogey. Légende absolu d’Hollywood. Avec déjà, nous sommes en 1952, quelques kilomètres de pellicule cultissime à son actif. « Casablanca », « Le Faucon Maltais », « Le Grand Sommeil ». N’en jetez plus, les bobines sont pleines. Bogey. LE gangster, LE détective, LE prototype du personnage de Film Noir. Plus rien à prouver le Humphrey. Du moins dans ce domaine. Alors l’opportunité de jouer un journaliste, et de surcroît un journaliste indépendant et libre penseur, le séduit immédiatement. Un rôle original, à contre-emploi, qui pourrait être aussi l’occasion de passer à autre chose, de casser son image de dur à cuire. Troquer le flingue contre le stylo, arme non moins redoutable pour qui sait s’en servir.

Bogart

Le metteur en scène…

… en la personne de Richard Brooks, n’est pas non plus pour déplaire à Bogart. Brooks n’est pas un inconnu pour l’acteur car il avait bossé sur le scénario de « Key Largo » dans lequel Bogey et sa chérie Lauren Bacall affrontent le terrible Edward G. Robinson. Bogart sait que Brooks partage avec lui le même engagement contre le maccarthysme qui sévit plus que jamais à l’époque. De plus, l’ancien journaliste qu’est le cinéaste rend le projet crédible. Fort de cette expérience, il signe d’ailleurs les dialogues et le scénario.

Richard Brooks

Un scénario…

… qui va jouer sur trois tableaux. Le Film Noir, le documentaire et la romance. Évidence pour le premier, au vu de la descente dans les bas-fonds sordides de la mafia. Pourquoi le deuxième ? Car Brooks tenait aussi à décrire avec précision le bouillonnement et la frénésie du quotidien d’un journal. Le metteur en scène poussera d’ailleurs le bouchon jusqu’à tourner dans une vraie salle de rédaction. Et la romance, me direz vous ? Ceci dit, une romance au goût amer. Ed Hutcheson mène aussi un autre combat, beaucoup plus personnel, en essayant de recoller les morceaux avec Nora, son ex. Là encore Bogart met à mal son image, celle du séducteur irrésistible. En témoigne la scène où il sonne chez la belle, plutôt péteux et passablement bourré. On est bien loin des baisers enflammés avec Ingrid Bergman. Pas gagné Ed…

Bogart

Key Largo
Bogart et Lauren Bacall dans « Key Largo »

Alors, bien sûr…

… il y a Bogey. Qui crève l’écran tout au long du film. Comme d’hab. On retrouve sa voix nasillarde, son débit sulfateuse, son jeu sobre tout en tension. Mais il ne faudrait pas oublier le reste du casting car notre Tough Guy favori est très bien entouré. Que lisons-nous donc sur l’affiche…

Ed Bugley

Ed Bugley…

… Frank Allen, fidèle bras droit d’Hutcheson. Bugley c’est une filmo monumentale entre western, polar et film de guerre. Sa spécialité : les mecs durs, autoritaires, voire intolérants. Un de ses rôles les plus marquants fut celui d’un des jurés butés dans « 12 hommes en colère » où il donne la réplique à l’immense, et pas que par la taille, Henry Fonda.

Kim Hunter

Kim Hunter…

… Nora. Un parcours peut-être un peu mince si on compte 57 ans de carrière. Mais une actrice solide qui, à 25 balais, a tenu la route, dans « Un tramway nommé désir », face au monstre Marlon Brando. Actrice éclectique qui aborda aussi la SF puisque c’est elle qui incarnait Zora, la chimpanzé intello de « La planète des singes ». Pour finir en beauté, comme Ed, un de ses derniers films fut « Minuit dans le jardin du bien et du mal » du gigantesque, et pas que par la taille itou, Clint Eastwood.

Ethel Barrymore

Ethel Barrymore…

… Margaret Garrison, la veuve du fondateur du Day. Née en 1879, Ethel Barrymore a connu l’époque du muet. Beaucoup de seconds rôles mais sa longue carrière lui permit d’exprimer son talent sous la houlette de cadors du polar comme Alfred Hitchcock ou Robert Siodmak.

Casting alléchant…

… impeccablement dirigé par Richard Brooks. Qui ne se lance dans la réalisation qu’à l’âge de 38 ans. Ce qui ne l’empêche pas d’assimiler très vite toutes les ficelles du métier, même si, dans son cas, celles-ci restent classiques. Classiques mais foutrement efficaces, son passé de scénariste n’y étant certainement pas pour rien. Car si le bonhomme a ficelé, comme cité un peu plus haut, la trame de « Key Largo », il est aussi l’auteur des intrigues de « Les tueurs » avec Burt Lancaster et Ava Gardner, ou bien encore « Les démons de la liberté » avec toujours le costaud Burt, grande cuvée du film dit « de prison ». En trois mots, du beau linge…

Bas les masques – Bande-annonce

Et si la direction d’acteurs…

… est toujours juste, sans jamais en faire de trop, elle s’inscrit dans une mise en scène au cordeau. 87 minutes, pas une de plus. Brooks ne finasse pas avec des plans ou des parlotes inutiles. C’est sec. Tout en nerfs. Comme le jeu de Bogey. Le spectateur restera capté par la tension qui ne se relâchera qu’à l’apparition du mot « Fin » sur le grand écran de son petit cinoche de quartier (Oui, c’était l’époque des p’tits cinémas de quartier, comme dans la « Dernière séance » de Monsieur Eddy…).

Bogart

Pas dégueu, non ?

Pour un film qui n’est qu’en troisième position dans la filmographie du monsieur. Une filmographie qui compte également quelques pépites comme « Une chatte sur un toit brûlant », en 1958 avec un Paul Newman et une Élisabeth Taylor en pleine désintégration, « De sang froid », en 1967, adaptation du récit glaçant de Truman Capote ou bien encore « La chevauchée sauvage », chef d’oeuvre de l’Ouest indompté où galopent les géantissimes, et toujours pas que par la taille, Gene Hackman et James Coburn.

Bogart

« Bas les masques »…

… « Deadline USA » in amerlock in ze texte, pourtant produit par la Twenty Century Fox, est un peu délaissé dans la carrière d’Humphrey Bogart. Faut dire que le bad boy préféré de ces dames était lui aussi sur la deadline, dans le sens littéral de la chose… Dommage pour un film somme toute précurseur car il inspirera nombre de « journalism movies » comme, 24 ans plus tard, « Les Hommes du président » d’Alan J. Pakula, ardent défenseur, lui aussi, du quatrième pouvoir et de la liberté de la presse.

Hommes du président
Dustin Hoffman et Robert Redford dans « Les Hommes du président »
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POUP
Laurent Poupinais, alias Poup. Diverses aventures dans le monde du fanzine (Nestor Mag, La Chronique Du Vermifuge), dans le Rock Punk/Garage (Les Ambulances, Mystery Machine, Traffic Drone) en tant que batteur. Dessinateur addict au noir et blanc qui réalise des illustrations pour des fanzines (Rock Hardi , Cafzic) mais aussi des visuels pour des groupes (pochette de disque, T-shirt, affiche, flyers et toutes ces sortes de choses).

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