Mimi, un batteur pas comme les autres

D’abord, il y a les gants…
… Noirs.
Des mecs qui joue avec des gants, ça court pas les scènes.
Ca impressionne.
Après tu te dis que le gus il frime peut-être un peu.
Et puis non. Quand tu vois comment il joue il peut se permettre.
C’est pas de la frime. Juste de la classe.
Too much for the neigbourhood.

Et puis cette attitude…
… Classe aussi. Ce qu’il faut. Pas plus.
>Pas des tonnes. Pas le showman qui se prend pour une majorette.
À se décrocher les bras, lancer les baguettes en l’air.
Non non. On n’est pas au cirque. Stoïque le gars. Tout dans les poignets.
Et puis c’est pas fini, vise cette trombine.
Une « gueule ». Comme au cinoche.
Tu l’imagines dans un polar à l’ancienne.
Sculpté par un noir et blanc violent. Sbire porte-flingue mutique.

Flegmatique dans le jeu….
… Tel un Charlie Watts.
Regard planqué derrière les lunettes noires.
La bouche comme un trait nerveux.
Les joues creusées comme si il se les mangeait de l’intérieur.
Merde ! Capté que j’étais à vous narrer l’énigmatique figure j’ai failli zappé les maracas.
Agités d’une main, fouettant l’air, tandis que l’autre règle son compte à la caisse claire.
Pulsion profonde sous la canopée. La jungle est toute proche.
Rock and Roll des origines. Gros cœur qui bat, menaçant, au loin.
Et ça aussi ça en jette.

Rouen….
… Dogs.
Précieux. Élégant. Racé jusqu’au bout effilé des boots sixties.
Plus Rock and Roll tu trouveras pas.
Personnifié par un certain Laboubée. Dominique et son gang.
Tous aussi diablement doués pour le bel énervement électrique.
Paul, François, Jean-Yves, Hugues, Antoine, Laurent, Bruno, Christian, Gene.
Compagnons indéfectibles.

Et puis…
… il y a Michel Gross, alias Mimi pour les intimes et les fans.
La Seine a charrié quelques mètres cubes sous le pont Corneille depuis l’époque des pâtés de sable sur la plage de Saint-Valéry-en-Caux avec son pote Dominique. Laboubée, déjà lui. Amitié d’enfance inaltérable, solide comme le roc et comme le Rock, leur passion commune, lien indestructible.

Mimi fit partie de l’aventure…
… dès le tout début, en 1973. Pour le meilleur et pour le… Meilleur…
Parce que voilà, les Dogs, comme tout combo Rock and Rollien qui se respecte, a un batteur. Mais les Dogs n’ont pas un batteur. Ils ont un batteur pas comme les autres. Avec un son. Et là ça fait une sacrée différence. Car ils font partie d’un club très privé ces « batteurs avec un son ». Alors, le comment du pourquoi ? Les analyses et autres décorticages savants casseront leurs dents sur le sujet et, au passage, nos pieds, pour rester révérencieux. Bien sûr il y a la technique, le « métier », les heures passées à marteler les peaux. Mais il y a aussi des choses qui ne s’expliquent pas et c’est très bien comme ça. « Il a le p’tit truc en plus », « C’est en lui, c’est comme ça » pourra-t-on dire.
Dogs – Algomania
Les Dogs
… avaient baptisé leur premier album « Different ». Définition qui seyait nickel à Mimi, comme ses gants noirs. Quand il s’installait derrière ses fûts, c’était une pulsation particulière, unique. Qui ne se contentait pas de suivre. Qui emmenait basse et guitares toujours plus en avant. Ca frappait dur aussi. Très dur même. Mais ça savait jouer fin. Rapide. Précis. Concis. Avec un sens du beat impeccable. Mimi gardien du tempo. Et il était bien gardé, aucun doute là-dessus.

Personnage discret…
… Mimi était un taiseux. Se mettre en avant n’était pas au programme. Lui qui pourtant aurait pu trinquer sans rougir au comptoir de la Great Rock Drummers Tavern.

Michel Gross
1956 – 2018












