Partitions irlandaises – Vincent Bailly, Kris – Trois couplets

« Toutes les histoires sont soit des histoires d’amour, soit des histoires de guerre. À Belfast, elles sont les deux. »
Rien ne les prédestinait…
… à se rencontrer. Le hasard, c’est souvent lui le boss en matière de croisée des chemins. Mary travaille dans un pub. Tim, lui, aime bien de temps en temps s’envoyer une petite pinte peinard et c’est ce sacré hasard qui lui fait passer la porte de l’estaminet en question.

Mary…
… cheveux courts, des airs de punkette. Et le caractère et l’humour qui vont avec. Comme ça, pour tester ce nouveau client un peu taciturne, elle se lance, par dessus le comptoir, dans un petit jeu de séduction, mi sucré mi salé. Elle a le sens de la répartie, Mary, quand ça fuse ça fuse. Et puis elle se prend au jeu du petit jeu. Elle aime bien sa façon, à ce mec, de prendre les choses en stoïque, avec une sorte de fatalisme élégant. Et Tim, lui, n’est pas indifférent au charme insolent de cette belle fille mince aux yeux clairs.

Début d’idylle…
… comme tant d’autres, me direz-vous. Durable. Ou pas. Mais voilà les love stories, si elles doivent souvent à ce bon vieux hasard, toujours lui, sont aussi tributaires des caprices de la géographie qui vous fit voir le jour là, ici ou ailleurs. Car nous sommes à Belfast, année 2019. Mary est catholique, Tim est protestant…

Les accords de paix…
… du 10 avril 1998 entre les partisans de l’union avec la Grande-Bretagne et les nationalistes du Sinn Féin ont mis fin à trente ans d’une terrible guerre civile qui a laissé derrière elle un pays traumatisé. Mais, bien que la concorde semble être revenue, les deux communautés vivent encore repliées sur elles-mêmes. Les « Peace Lines », murs de séparation qui découpent les quartiers de la ville, sont bien là pour rappeler que les tensions sont toujours là et ne dorment que d’un œil.

Mary et Tim…
… même s’ils ne comprennent pas ces différents d’un autre temps, ne sont pas épargnés pour autant. Bien au contraire. Mary est la fille d’un ancien membre de l’IRA qui a certes déposé les armes mais garde au fond de lui une rancoeur tenace. Tim, lui, est le fils d’un héros de la cause unioniste « mort au combat ». Entre guillemets ? Oui, mais je n’en dirai pas plus, spoiler c’est mal…

Le jeune couple…
… est bien décidé à vivre sa vie et à sortir de l’engrenage qui a gâché le parcours de nombreuses générations avant eux. Oui mais. Pas facile d’échapper au passé, surtout quand celui-ci accuse un CV aussi lourd. Lourdeur qui ne l’empêche pas de courir vite, le bougre, et de vous rattraper fissa.
Ce que Tim va vivre…
… alors que Mary annonçait une embellie…
20 ans. 20 ans que le père de Tim est décédé. Pour marquer le coup et célébrer le héros, ses anciens camarades de lutte veulent organiser une cérémonie où ils comptent bien sur la participation et l’intervention du fiston. Celui-ci, à contre cœur, se décide tout de même à accepter. Mais, le jour de l’évènement, la teneur de son speech ne va pas vraiment correspondre aux attentes de ses aînés. Tim balance toute sa rage contre l’obscurantisme entretenu par les nationalistes. Considéré comme un traître à la cause, il comprend vite, suite à une tragique méprise, que même sa vie est en danger…
Commence alors…
… la fuite. Une cavale parsemée, tout au long des trois tomes, ou plutôt « couplets », de flash-backs où l’on va découvrir la véritable personnalité de son père, les circonstances de sa mort et l’envergure de la violence du conflit sous fond d’embrigadement, d’endoctrinement et d’éducation à la haine. La planque prendra fin lorsque Tim apprendra que Mary est enceinte de lui. L’heure des règlements de comptes a sonné…
Kris

Né à Brest en 1972, est au scénario. Les récits sur fond de guerre il connaît, ayant collaboré avec d’autres dessinateurs pour, notamment, « Un homme est mort » (2006) avec Étienne Davodeau, « Notre Mère la Guerre » (2009) avec Maël, ou encore « Nuit noire sur Brest (2016) avec Damien Cuvillier.
Pour ce qui est de Vincent Bailly, ce sont de vieux complices comptant à leur actif « Coupures irlandaises » en 2008, qui mettait déjà en scène le Belfast des tensions identitaires, l’adaptation du roman de Joseph Joffo, « Un sac de bille », en 2011, et « Mon père était boxeur » en 2016.
Pour « Partitions irlandaises » Kris voulait aborder le sujet du conflit irlandais d’un point de vue plus intime, plus personnel, à travers l’histoire d’un jeune couple pris dans la tourmente des rivalités séculaires.
Vincent Bailly

Pas un perdreau de l’année non plus. Né en 1967 à Nancy, il commence à publier en 1995. Sa patte est reconnaissable entre toutes. Un trait libre, parfois proche du croquis, très efficace dans les scènes de mouvement et d’action. Un dessin qu’il colorise en aquarelle avec une grande finesse et en «couleur directe », technique où l’encrage et la couleur ne sont pas séparés, faisant de chaque planche un véritable tableau prêt à être imprimé tel quel.
Une belle alchimie qui nous offre une aventure sensible, forte, avec pour toile de fond des thèmes universels comme la tolérance et le libre arbitre.

Partitions Irlandaises
3 tomes
Kris et Vincent Bailly
Éditeur : Futuropolis
2022 – 2025












