Clint Eastwood – Impitoyable

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Clint Eastwood – Impitoyable

Clint Eastwood Impitoyable

Avec chronologiquement L’Homme des Hautes Plaines (High Plains Drifter – 1973) et Pale Rider (Le Cavalier Solitaire – 1985), Clint Eastwood nous avait habitués aux westerns crépusculaires. D’un côté « l’ange » implacable de la vengeance, de l’autre la main de Dieu sur Terre, l’exécuteur ressuscité. Avec Impitoyable (1992), il clôt le triptyque de façon magistrale, créant un personnage dantesque à la recherche d’une impossible rédemption.

L’âme torturée de William Munny, tueur d’enfant, de femme et d’animaux, dynamiteur de banque et de train, le pousse à l’introspection. Cette démarche d’auto analyse ne résistera pas lorsque le cri de la vengeance prendra le pas.

Clint Eastwood, réalisateur, s’inspire davantage du western spaghetti que du western traditionnel à la John Ford. En cela, il a bénéficié des enseignements du plus grand des « direttores » italien, le grand Sergio Leone. Avec lui, il tourne un premier triptyque composé des films : Pour Une Poignée de Dollars (1964), Pour Quelques Dollars de Plus (1965) et Le Bon, La Brute et le Truand (1966), inusable brelan de séquences cultes en plans rapprochés. L’Homme Sans Nom, le « Blondin », n’est pas loin. La différence d’avec ce personnage, chasseur de prime taiseux, se situe dans la cupidité de l’un, l’italien, et les motivations incertaines de l’autre, le justicier. Pour ce dernier, la patte de Don Siegel (L’Inspecteur Harry – 1971) n’est pas loin.

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Clint eastwood Impitoyable

(Sur Youtube tous les extraits d’Impitoyable sont illisibles, noyés dans une pénombre envahissante)

Même lorsqu’il représente l’image du tueur sans scrupule, sa psyché n’échappe pas à un certain sens moral. La Loi du Talion, « œil pour œil, dent pour dent », semble un des éléments moteurs de sa détermination. A un moment clé du film, le personnage lâche un avertissement qui va dans ce sens :

« Vous avez intérêt à ne plus taillader ni faire aucun mal aux putains, ou je reviendrai et je vous tuerai tous, salopards »

Même si l’on estime la réponse / conséquence disproportionnée, le meurtre généralisé répond à une sanction quasi divine : « J’ai le devoir et/ou le pouvoir de sanctionner vos écarts de conduites ». A cet instant, le regard et le ton employé par l’acteur sont rien moins que « christiques », le châtiment de Dieu à l’égard de sa création. Sévèrement ? Les décisions du Divin ne supportent aucune critique.

Clint Eastwood - Impitoyable

Impitoyable est également ce qu’on pourrait nommer un « horse-movie », une ode à l’Ouest sauvage des Etats-Unis. Aucune scène d’action ne vient troubler la sérénité du voyage (de la croisade ?) de William Munny, Ned Logan et le Kid de Schofield vers Big Whiskey, la ville du péché. Les paysages traversés explosent de beauté, de pistes tracées dans les prés, des bois, de la nature en jachère.

Les échanges entre les trois hommes évoquent la simplicité du quotidien, des discutions autour d’un feu de camp à la tombée du jour. Cependant, des incertitudes apparaissent autour de la personnalité de William Munny. Alors que le Kid remet en question la réputation de « Tueur de l’Enfer » dont on l’affuble, Ned Logan relève son chapeau, le regarde et lui lâche : « Ah oui ? ». Dans cette simple remarque, et la façon dont Morgan Freeman (Logan) la délivre, on identifie une vérité profonde : « Mon garçon, tu n’as pas idée de la noirceur de l’âme de cet homme, les enfers n’en ont pas de plus sombre ».

Clint Eastwood Impitoyable

Le calme qui fait suite au déferlement d’une violence « biblique », la Bible n’a rien d’une balade de plaisir, tient tout autant de l’image que de la musique. Sous un ciel safrané barré de nuages noirs, sans que ces derniers n’augurent d’intempéries, William Munny se recueille sur la tombe de sa femme, son puits de sagesse, son ange de rédemption. Une guitare cristalline accompagne cette séquence d’une absolue paisibilité.

IMPITOYABLE – Thème final

On ne sort pas indemne de ce film. Certains seront marqués par la brutalité de Little Bill (magistral Gene Hackman !) ou encore impressionnés durablement par le personnage aux dimensions shakespeariennes auquel Clint Eastwood donne vie. Mais peut-être les images et l’histoire auront-elles révélées, réveillées en nous quelque chose d’enfoui et dont nous ignorions l’existence … la Foi ?

Quoi qu’il en soit, The Unforgiven ne laisse pas indifférent : la marque des Grands.

Thierry Dauge

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