Passions australes

On en a connu des acharnés qui guettaient chaque semaine les sorties de labels australiens à l’instar de Citadel. La Boucherie Moderne – le meilleur disquaire indépendant à Lille dans les années 80 / 90 – était devenue leur repère, leur caverne d’Ali Baba, où ils se ressourçaient en maxis et albums de Died Pretty, The Stems, The Church, The New Christs…. Avant de les ramener fièrement, la pupille dilaté comme des matous tombés dans une marmite d’herbe à chat, pour les écouter et les partager dans des émissions alternatives branchées telle La Folie à Radio Campus Lille… Pourquoi cette passion pour ces groupuscules australiens ? Par snobisme ? Pas vraiment le genre de la maison mais plutôt parce qu’en ce milieu des années 80, ces formations, souvent à guitares, retrouvaient une flamme sacrée, un grain de dinguerie, une énergie qui parfois manquaient ailleurs…
Died Pretty – Just Skin – Free Dirt (1986)
L’auteur de ce livre, Emmanuel Chirache, appartient à ce club d’exaltés, surtout dernièrement par le gang King Gizzard And The Lizard Wizard. Il a donc décidé de saluer avec passion et érudition le Rock australien. Dans une première partie, avec un essai couvrant 150 pages, il analyse et raconte l’histoire, les lieux, les scènes, les artistes sur plusieurs décennies. Il rappelle l’isolement, les complexes par rapport à la Grande-Bretagne et les États-Unis – il faudra d’ailleurs un certain temps pour que les médias anglais ne dédaignent plus les formations australiennes -, les modes artistiques sous influences.

Rajoutons la spécificité du Cultural Cringe, autrement dit le fait que la public australien lui-même n’écoute pas les groupes locaux, ce jusqu’aux années 70, puis avec intermittences. L’auteur décrit la naissance d’un Rock autochtone, avec différentes tendances et époques, le Surf Rock, la Pop, le Psychédélisme, le Prog Rock et le Rock Heavy, rappelant l’importance des pubs – notamment pour l’émergence de ACDC ou Rose Tattoo – et la reconnaissance internationale.
Rose Tattoo – Astra Wally – Rose Tattoo (1978)
L’immensité du territoire et le particularisme local vont expliquer aussi l’apparition de courants et groupes spécifiques, Punk, Post-punk, New Wave, Alternatif, Grunge dans certaines villes plutôt que d’autres, tandis que paradoxalement, certains choisissent l’exil pour trouver encore une autre audience : Nick Cave, les cousins Crime And The City Solution, The Triffids par exemple. Enfin, Emmanuel Chirache aborde avec pertinence la défense de la cause aborigène dans la musique australienne…
The Triffids – Wide Open Road – Born Sandy Devotionnal (1986)
Dans la seconde partie, il présente et dissèque 100 albums représentatifs de l’histoire du Rock australien, des années 50 aux années 2020. Quelques noms pour saliver ? The Purple Hearts, The Seekers, Skyhooks, The Saints, The Hitmen, Dead Can Dance, The Go-Betweens, Hoodoo Gurus, The Celibate Rifles, Wolfmother… Une rétrospective idéale pour les novices et pertinente pour les dingos de la cause australe. Même si personnellement, pour les dernières années, on aurait aimé aussi une citation d’un disque de RVG (Romy Vager Group), ou de Suzie Stapleton, pour montrer qu’en 2026, on peut également faire du Rock’n’roll au féminin en Australie sans forcément tirer la langue et montrer ses nichons. Remercions en tout cas Emmanuel Chirache pour une telle somme d’informations et de conseils, un livre déjà indispensable !
King Gizzard & The Lizard Vizard – Robot Stop – Nonagon Infinity (2016)
Bruno Polaroïd / Illustration par POUP
ROCK AUSTRALIEN un continent en 100 disques par Emmanuel Chirache – Éditions Le Mot et le reste (Leur site)- 368 pages – 26,00 Euros – Disponible depuis le 20 Février 2026.












