AC/DC en studio et en concert le 9 décembre 1979

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AC/DC – Let there be rock !

AC/DC

En studio

Nous sommes à la fin de l’an 1978. « Let there be rock », « Powerage » et le live « If you want blood … you’ve got it », associés à d’intenses et incessantes tournées, commencent à porter leurs fruits. Le logo d’AC/DC fleurit peu à peu sur les musettes des lycéens pendant que les platines se familiarisent avec ce rock heavy … hard rock … rock rugueux … le sang du groupe. La volonté d’y « arriver » est bien présente chez les musiciens, l’envie d’en découdre tenaille leurs instruments. Une question se pose alors : Comment franchir le cap, passer en première division, conquérir le Monde ?

AC/DC – Let there be rock (live)

Les pontes d’Atlantic leur recommandent un producteur canadien : Robert John Lange. Jusque-là, il s’est fait l’oreille sur des formations comme les sudistes d’Outlaws, les bluesmen de Savoy Brown et le punk/post punk servi par The Boomtown Rats. Avec ces derniers, il vient de décrocher un hit : « I don’t like monday », une sorte de ballade, certes étoilée, mais située à des miles d’un ampli saturé. Vanda et Young, managers/producteurs « maisons », ne s’y opposant pas, le groupe et l’homme se réunissent en studio pour quelques essais jusqu’à ce que Malcolm lâche : « Assez d’essais, prenons l’autoroute pour l’Enfer ». Il grate alors le riff d’Highway to hell .

AC/DC – Highway to hell (live)

Les frères Young sortent des enchaînements de folie, Bon Scott dégaine ses cordes vocales, la section rythmique Rudd/Williams assure un beat titanesque. En fait, rien de nouveau sous le ciel australo écossais, tous leurs Lps précédents carburant à cette gniole. Seulement voilà, « Mutt » Lange se met à tripatouiller la console et ce qui sort des enceintes repousse les murs du studio ! Bon se marre, Malcolm ricane, Angus adopte son rictus de « petite frappe », les deux autres ouvrent les bières. Le reste appartient à l’Histoire …

AC/DC

En concert

Cette après-midi-là (oui, un concert l’après-midi !), le 9 décembre 1979 au Pavillon de Paris, ça n’est pas un mais deux KO que le public subit. Parfois, les premières parties, les « guests », sont d’un ennui monumental, d’une incongruité manifeste, d’un foutage de gueule intégral ! Parfois, c’est de l’or qui sort de la sono, un futur compagnon de voyage musical. Judas Priest assure le « chauffe salle » pour les Kangourous. Le combo Metal a sorti un album live deux mois plus tôt. En ce jour de décembre, l’occasion de « communiquer » avec un public « avertis » apparaît donc comme une véritable opportunité, surtout qu’il s’agit de lâcher deux concerts dans la même journée. Two live sessions a day ?! Yes ! Un à 16h, l’autre à 20h.

ACDC

Les lumières s’éteignent, tout le monde grimpe sur les sièges en plastique orange … et l’Enfer surgit en un éclair. Le son est tellement puissant qu’il génère un vertige suivi d’un déferlement de guitares ! Rob Halford, le chanteur suraigu du Priest, est inaudible, à l’étouffé derrière le mur de distorsion érigé par Tipton et Downing, les deux bretteurs. Quelle frayeur, quel bonheur !!! L’ingé-son règle ses potars et le son de façade rend enfin grâce aux cinq gladiateurs. Quelques jours plus tard, « Unleashed in the East » devient le live de chevet des chevelus présents dans la salle.

JUDAS PRIEST – Tyrant (live)

Le temps de retirer le matériel des Prêtres et le Dieu de forges s’abat sur Terre : un cataclysme ! AC/DC live en 1979, un concentré de fureur, d’engouement et de fun.

La fureur   : les fondations du Pavillon de Paris sont ébranlées sans que la précision du son en soit altérée : Voix, rythmique et solos déflagrent dans une netteté High Fi. La play list de rêve déchire donc les adeptes en « beauté » : « Live wire, Shot Down In Flames, Hell Ain’t a Bad Place To Be, Sin City, Walk All Over You, Bad Boy Boogie, The Jack, Highway to hell, High voltage, Whole lotta Rosie, Rocker, Let there be rock ». D’où vient ce son de guitare ? Comment règlent-ils les amplis ?

AC/DC – Walk all over you (live)

Le fun et l’engouement : Outre le korrigan déguisé en écolier british qui arpente la scène en se contorsionnant au pas du « duck walk », ne négligeant pas de se rouler parterre telle une toupie devenue dingue, le reste de la troupe « métronomise » comme un tir de DCA ! Rudd castagne ses peaux, le plus vieux des Young et son comparse à quatre cordes, chacun vissés de part et d’autre de la batterie, secouent leurs tignasses en rythme, tous tatouages dehors et sourire aux lèvres, ce bon Bon harangue la foule en bombant un torse qu’il tient dénudé.

ACDC

Pour le plaisir de tous, Angus expose son fondement pendant « The jack » puis s’offre un tour de salle sur les épaules de Bon, sueur contre sueur. Nul doute que chacun des musiciens a ressenti une énergisante giclée d’adrénaline juste avant de monter sur scène. Leur « plus », c’est l’effet « gang ». Unis comme les vertèbres d’un sacrum, ils communiquent leur engouement au public, l’inclus à la Bande en prémisse à l’orgasme.

Lorsque le Pavillon se rallume, là où d’autres auraient casé 20 chansons lénifiantes, AC/DC a « tsunamisé » fosse et gradin avec la moitié : 12 titres d’une débauche viscérale, le souvenir d’une vie. Trente-neuf ans, deux mois et quatre jours plus tard, le concert alimente toujours les mémoires de celles et ceux qui l’ont vécu. Pour les autres, reste le film : « Let there be rock » !

Thierry Dauge

AC/DC – Let there be rock (le film)