Quand le blues se trouve un nouveau roi…

Stevie Ray Vaughan & Double Trouble

Au printemps 1984, Stevie Ray Vaughan vit sur un nuage. Contre toute attente, alors que la New Wave et le Rock FM règnent sans partage sur les ondes radio, le guitariste est en train de donner au blues un nouvel élan.

Opérons un léger retour en arrière. Deux ans plus tôt, après un passage remarqué au Festival de Montreux, David Bowie l’invite à jouer sur son album Let’s Dance.

« La façon dont les gens entrent dans votre vie lorsque vous en avez besoin, c’est merveilleux, et cela se produit de tant de façons. C’est comme avoir un ange. Quelqu’un vient et vous aide à aller de l’avant. » Stevie Ray Vaughan

Dans la foulée, John Hammond, parrain du blues blanc, décide de transmettre la maquette de Stevie Ray Vaughan & Double Trouble, à Epic Records. En juin 1983, Texas Flood, premier album du groupe, voit le jour.

Stevie Ray Vaughan & Double Trouble – Pride and Joy

Mais décembre arrive, et Stevie Ray Vaughan a déjà des fourmis dans les doigts. La tournée faisant la promotion de l’album a engendré de nouvelles compositions que le texan souhaite graver sur microsillon. En l’espace de huit titres, ce virtuose de la six cordes va sortir le blues et le rock’n’roll de la tanière où ils se sont enfermés.

Couldn’t Stand The Weather

SRV retrouve ses deux acolytes Tommy Shannon (basse) et Chris Layton (batterie). Dès l’entame, on comprend tout de suite, que l’on est face à un phénomène rappelant les grandes heures des guitar-heros.

Stevie Ray Vaughan

On revoit Jimi Hendrix, jeune prodige anonyme, mettre Eric Clapton dans l’embarras sur un titre de Howlin’ Wolf. D’ailleurs, même si la comparaison avec le Divin Gaucher ne commencera à fleurir dans les esprits qu’après la sortie de Couldn’t Stand the Weather, Stevie Ray démontre une telle audace, qu’il façonne son propre Killing Floor, inspiré par le guitariste Lonnie Mack…

Stevie Ray Vaughan & Double Trouble – Scuttle Buttin’

Dans sa première édition, l’album comporte quatre compositions originales, et quatre reprises de blues. Dans la continuité de son précédent exercice, ce bluesman pur jus laisse parler le feed-back. Ses envolées sonnent comme du Buddy Guy dynamité, et les solos pleuvent sur le boogie. Comme dit son frère Jimmie Vaughan, qui vient lui prêter main forte sur deux titres :

“ Stevie joue comme s’il venait de sortir de prison. ”

A 30 ans, totalement décomplexé, le guitariste semble au sommet de son art.

Stevie Ray Vaughan & Double Trouble – Cold Shot

Et si les comparaisons un peu trop systématiques avec le fameux Hendrix, contribueront bientôt à le plonger dans une profonde dépression, il est pour l’heure en état de grâce, s’offrant même le luxe d’une reprise de l’intouchable Voodoo Child. A ce jour, la seule qui rende justice à son créateur…

Stevie Ray Vaughan & Double Trouble – Voodoo Child

Stevie Ray dépoussière quelques standards, comme cette reprise de Little Milton, qu’il sublime en l’étirant dans un blues pesant, quasi mystique. Délaissant la puissance des riffs et le feed back, il exhibe la finesse de son toucher, et démontre un grand talent d’interprète.

Tin Pan Alley (l’allée des casseroles en métal) est le surnom donné à la musique populaire américaine de la fin du 20ème siècle. Durant l’entre deux guerres, elle finit par désigner un quartier de New York, la 28eme rue ouest. Un gigantesque marché s’y tenait chaque jour, sur lequel les artistes venaient vendre leurs partitions, et pratiquer une musique, qui allait par la suite, favoriser l’émergence du blues et du rock’n’roll…

Stevie Ray Vaughan & Double Trouble – Tin Pan Alley

Affublé d’un chapeau et d’un poncho, ce pistolero de la six-cordes se fiche royalement des étiquettes. Lancé telle une flèche destinée à embrasser le ciel, le maestro s’offre même une virée sur les terres du jazz. Un domaine que son aîné Hendrix n’avait pas eu le temps d’explorer. Pour l’occasion, Chris Layton cède sa place derrière les fûts à Fran Christina (The Fabulous Thunderbirds).

Stang’s Swang

Couldn’t Stand the Weather, un album à l’énergie contagieuse. Une œuvre trop souvent réservée à un public d’initiés et rendue confidentielle par les “spécialistes”. Pourtant, le génie ne s’explique pas, en particulier lorsqu’il émane de l’art populaire. Comme c’est le cas pour l’œuvre de Jimi Hendrix, surtout ne jamais laisser les critiques intellectualiser une musique qui parle directement au cœur. Celle de Stevie Ray Vaughan n’avait pas d’autre dessein.

Serge Debono

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