Quand j’ai eu un coup de cœur pour un artiste, j’ai toujours l’angoisse de la nouveauté. Est-ce que je vais autant aimer son nouvel album, son nouveau livre, sa nouvelle exposition, son nouveau seul-en-scène ?…

Avec Alex Vizorek, cette angoisse était à son paroxysme. Pourquoi est-ce que j’ai eu un aussi gros coup de cœur pour cet humoriste ? Difficile à expliquer. Mais la première fois que je l’ai vu sur scène, pour son premier spectacle « Alex Vizorek est une œuvre d’art », j’ai été conquise par son talent. Arriver à parler d’art pendant une heure et demie et à faire rire toute une salle avec un sujet aussi pointu et un propos aussi fin, il fallait le faire.

Alors quand, au bout de dix ans, il nous a annoncé que son nouveau spectacle était prêt, j’ai ressenti cette excitation mâtinée d’angoisse qui nous étreint lorsque l’on attend impatiemment quelque chose, mais qu’on a peur de l’avoir trop idéalisé. Puis, il a annoncé le titre : « Ad Vitam ». Moi : joie ! Et le thème : la mort. Moi : Angoisse !… La mort ?!… Au bout de dix ans à faire un spectacle sur l’art, il s’est dit que la mort, ce serait un super sujet, histoire de bien rigoler ?!…

Alex Vizorek – Ad Vitam

Affiche Ad Vitam Alex Vizorek

Et puis, il a eu un genre de pandémie qui s’est attaqué à nos théâtres, nos salles de concerts, nos lieux culturels en général et il a fallu prendre son mal en patience. Enfin, après quelques dates au TTO, à Bruxelles, Alex Vizorek a pu jouer son spectacle en jauge pleine, au festival d’Avignon. Et j’ai eu la chance de pouvoir assister à la deuxième représentation.

Ma fébrilité s’est rapidement envolée. Une fois n’est pas coutume, Alex est surprenant. Déjà, parce qu’il nous attaque directement avec du Baudelaire. Ça, c’est plus fort que lui ! Il faut qu’il se la pète (Le point positif, c’est qu’on sait directement qu’ « on n’est pas à un spectacle de Guillaume Meurice »)… La première fois, il nous attaquait déjà avec du Malraux.

Et comme il nous expliquait que l’art est le plus court chemin de l’homme vers l’homme, il nous explique ici que finalement, c’est un sujet que personne ne connaît vraiment, mais qui concerne tout le monde… Sur scène, entouré d’écrans sur lesquels il projette des images pour étayer ses propos, il s’attaque donc à la mort.

Et, finalement, après cette période compliquée, où beaucoup d’entre nous ont perdu des proches, quel bonheur de pouvoir rire de la mort et lui faire un pied-de-nez. Avec humour et finesse, il nous entraîne à travers tous ses aspects. Et en traitant de la mort, il nous parle surtout de la vie.

scène Ad Vitam Alex Vizorek

La mort, c’est la fin de la vie

Quel meilleur départ pour la traiter que de commencer par le début du processus qui nous entraîne vers la mort : la conception. Grâce à un petit détour du côté des animaux, Alex nous offre une petite leçon de reproduction. (NDLR : Si vous ne voulez pas expliquer quelques concepts à vos enfants le lendemain au petit-déjeuner, ne les emmenez pas !)

Puis, suite logique, se pose la question de l’enfant. Pourquoi se reproduit-on ?… Si vous êtes encore en pleine réflexion quant à une éventuelle progéniture, alors ne prenez surtout pas votre décision avant d’être allé voir ce spectacle. Grâce à une analyse précise et factuelle des avantages et des inconvénients, Alex vous donnera toutes les raisons objectives de ne surtout pas faire d’enfant.

Puis, comme à son habitude, il nous fait prendre un peu de hauteur.

Faut-il avoir peur de la mort ? Pourquoi la craignons-nous ?

Pour tenter de répondre, il s’appuie sur des philosophes, de Heidegger à Épicure, en passant par Jean-Claude Van Damme. Comme dans son spectacle sur l’art, on rit de bons cœurs, mais on apprend aussi des choses. C’est d’ailleurs son leitmotiv : au moins, si on ne rit pas, on sort de ses spectacles en ayant appris quelque chose. Et pas des moindres, puisqu’il s’attelle à nous expliquer le concept du dasein. Vous n’avez aucune idée de ce dont je vous parle ? Ne comptez pas sur moi pour divulgâcher ! Allez voir le spectacle (ou lisez Heidegger…) !

La biologie, la philosophie,… Il fallait bien qu’il aborde la petite mort… Le voilà qui se fait plus intime, qui se livre et nous livre les fantasmes de sa vie (NDLR : Si vous ne voulez pas expliquer quelques concepts à vos enfants le lendemain au petit-déjeuner, ne les emmenez pas !).

Il termine enfin sur les derniers moments de nos vies : l’enterrement, qu’il traite d’une manière dont lui seul est capable, nous faisant osciller entre rire et émotionAlex Vizorek

L’ode à la vie d’Alex Vizorek

Ce deuxième spectacle est une réussite sur tous les plans. La scénographie et la mise en scène viennent parfaitement servir un propos fin, intelligent et délicieusement incisif. Jonglant entre envolée philosophique et humour noir, brèves et analyses artistiques, jeux de mots et blagues graveleuses, Alex est partout où on l’attend, mais finalement surtout là où on ne l’attend pas.

Grâce à un texte ciselé et un rythme alternant entre vannes en cascades et moments plus calmes, il nous tient en haleine plus d’une heure. On rit à gorge déployée, mais on ne peut s’empêcher de ressortir de la salle en se posant quelques questions. Et qui sait, peut-être même avec l’envie de lire ou relire quelques philosophes.

Et surtout, on ressort avec une envie de vivre plus forte que jamais. A n’en pas douter, « Ad Vitam » est l’une des plus belles odes à la vie !

Delphine Hossa

 

« Ad Vitam » d’Alex Vizorek
Théâtre des Béliers à Avignon jusqu’au 31 juillet 2021.
Théâtre de l’œuvre à Paris du 13 octobre 2021 au 8 janvier 2022.
En tournée de septembre 2021 à juin 2022

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