David BOWIE – Time

David Bowie

En 1973, sur une plage dAladdin Sane, David Bowie parvient à maîtriser le temps. La chanson ? « Time ». A son écoute, les pendules s’arrêtent. Cette chose impalpable qui rythme notre vie sur Terre, qui découpe nos activités en tranches : agitation, sommeil, travail, farniente, p’tit déj, apéro … n’a plus cours, dissout dans l’éther de la composition.

A seulement 26 ans, après Hunky Dory (1971), The Rise And Fall Of Ziggy Stardust And The Spiders From Mars (1972), Bowie livre une nouvelle merveille aux oreilles de la multitude. L’offrande commence par une guirlande de piano bastringue, s’envole vers des mélodies improbables avant de s’effacer à nouveau sous les doigts déroutants de Mike Garson. Tout au long des cinq minutes et quinze secondes que dure le morceau, on n’a jamais connu pareil camaïeu de couleurs, véritable travail d’expressionniste transféré de la toile à la portée.

David BOWIE – Time (version studio)

David Bowie coproduit Aladdin Sane avec Ken Scott. Il fomente les arrangements avec Mick Ronson puis lui délègue le mixage en compagnie du producteur. Niveau son et « habillage », l’œuvre résulte donc des bienfaits du trinôme. Ce qui relève de l’énigme, c’est qu’un musicien tel que « Ronno » n’ait pas artistiquement survécu à la fin de l’épopée Spiders From Mars.

Sur « Time », il fait rire sardoniquement sa guitare avant d’échafauder un solo d’une finesse incroyable. Pas de « mitraillage », de « speederie » dans cette ligne qui ennoblit la mélodie, une ciselure d’orfèvre, chaque note au bon endroit, au bon moment. Lorsque la poussière d’étoile retombe, sa Les Paul Blonde Beauty miroite encore. Pour son interprétation live, Mick durcit le ton tout en restant céleste.

Time (live 1973 – Ziggy Stardust the Motion Picture)

Au contraire des chansons aux paroles pleines de rien où les onomatopées remplissent des vides, les « La, la, la … » élaborés par l’auteur s’unissent aux autres instruments. Ils rythment ce « Temps » dont la maîtrise nous échappe. Sur le final, une flûte traversière virevolte entre les touches d’un piano en vol libre. La musique clone l’apesanteur, l’auditeur décolle. Halloween Jack pointe au loin son œil bandé qui contraint Ziggy à s’effacer.

Qu’à l’issue de ce Voyage Au Bout De La Nuit, Bowie est sabordé son projet, sa « chose », n’a rien d’étonnant. L’usure des tournées, le temps qui s’écoule en creusant une veine de lassitude dans le marbre des psychés : « The Band was altogether, the song went on forever » … « Time ».

Thierry Dauge

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